Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type







Erreur : Votre commentaire a été refusé.
21/10/2013
C\'est donc ça, une « Affaire » ?

Aujourd’hui, Glärb est heureux. L’extraterrestre a intégralement rédigé son rapport en avance, mû par un zèle aussi surprenant qu’efficace. Le texte est relu, débarrassé de ses fautes les plus insignifiantes, et l’observateur s’est même payé le luxe d’y mettre plus d’esprit qu’à l’accoutumée. Á présent, il ne lui reste plus qu’à presser la touche « Envoi » qui se trouve, le hasard fait bien mal les choses, à côté de la touche « Effacer le message ». Faut-il préciser laquelle des deux s'est affaissée sous le poids de son doigt ? Non sans un cri d’effroi, le Mwandishi tente immédiatement de faire machine arrière, mais la démarche semble impossible. Il semblerait qu’il n’ait plus qu’à tout retaper. Encore une fois. Malgré les larmes.

Vahrüt n°22. 14 Octobre 2013 au 20 Octobre 2013. Calendrier Terrien.

Après un dernier vahrüt fort calme, nous voilà de retour à l’agitation bien caractéristique d’une semaine marquée par un événement qui fait couler des ruisseaux d’encre en bien peu de temps. L’ « Affaire Leonarda », comme on l’appelle déjà, a toute la semaine divisé les Français. D'un côté, droite veut un durcissement de la répression à l’égard des immigrés illégaux, qu’il faut reconduire chez eux ; et de l'autre, la gauche y voit une rigueur glaçante face à des êtres humains qui considèrent la France comme leur seule patrie ; le tout mêlé à une xénophobie et un racisme anti-Rom qui suinte par tous les pores de la société depuis plusieurs semaines. Le scandale a éclaté lorsque la jeune Leonarda Dibrani, collégienne Rom italo-kosovare de 15 ans, s’est vue arrêtée par la Police Aux Frontières dans un bus en sortie scolaire dans le but d’être expulsée avec sa famille au Kosovo. Ce fait presque banal, qui résume à lui seul la politique menée par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, a aussitôt était saisi au vol par toute la société et les médias, qui l’ont élevé au rang d’ « Affaire ». Le parti majoritaire est tout aussi divisé que le bas peuple, puisque outre l'indignation de Harlem Désir (premier secrétaire du PS) et Claude Bartolone (président de l'Assemblée Nationale), le ministre de l’Éducation Vincent Peillon n’a pas manqué de critiquer cette intervention en milieu scolaire, appelant à « sanctuariser l’école », tandis que dans les rues défilaient lycéens et professeurs pour lutter contre ce qu’ils dénoncent être une injustice. Les enjeux sont tels que le président François Hollande a jugé bon d’intervenir pour évoquer une éventuelle législation, lui qui dénonçait la propension de son prédécesseur à créer une nouvelle loi à chaque fait divers. Il a en outre proposé à la jeune fille de revenir en France sans sa famille, ce qu’elle a refusé. Entre temps, il a été découvert que l’adolescente fréquentait peu l’école et que son père a allègrement enjolivé la réalité pour servir sa cause, puisque seul ce dernier est originaire du Kosovo, pays où la famille a été expulsée et où les médias se sont rués pour saisir un fragment du feuilleton de la semaine. Á présent, je m’interroge. Si je perdais la tête au point de me manifester au sein de ce peuple fier et prudent, poussera-t-il l’amabilité jusqu’à me reconduire vers Krantavis avec le même empressement ?

Mais si la xénophobie se fait de plus en plus entendre, nous sommes loin du climat qui règne en ce moment en Russie. En effet, suite au meurtre d’un jeune Russe par un individu « d’origine non slave », le racisme latent a laissé place à de véritables émeutes dans un quartier pauvre au Sud de Moscou, exploitées par les ultranationalistes. Des voitures ont été renversées, des bouteilles jetées, et des personnes au « faciès non slave » ont été menacées au couteau. Quant aux autorités, celles-ci semblent bien moins enclines à agir que lorsque c’est l’opposition qui défile dans les rues. La « criminalité ethnique », expression selon laquelle la majorité des criminels seraient des migrants, est aussi répandue que fausse. Pour la majeure partie de la population, jeunes et vieux, extrémistes ou libéraux, qu’il s’agisse du pouvoir en place, ou du fameux héros de l’Occident et leader de l’opposition Alexei Navalny ; les immigrés sont responsables de tous les maux. Tout un pays soudé, uni, rassemblé autour d’un thème commun et fédérateur : la haine de l’Autre.

Pendant ce temps, leurs ennemis de longue date que sont les États-Unis semblent sortir de la crise qui les a secoués deux semaines durant. En effet, c’en est fini du fameux « shutdown » qui a court-circuité les services publics et mis des centaines de milliers de fonctionnaires au chômage technique. Mercredi 16 octobre, démocrates et républicains ont été forcés de se mettre d’accord (à 285 voix contre 144) car un défaut de paiement aurait empêché le Trésor américain d’emprunter sur les marchés pour rembourser ses dettes, ce qui aurait constitué une catastrophe économique mondiale sans précédent. Si les conservateurs ont pu obtenir des concessions, ils n’en ont pas moins perdu la bataille puisque la réforme de santé d’Obama a fini par être acceptée. Notons que cet épisode a coûté au pays de l’Oncle Sam la rondelette somme de 24 milliards de dollars selon une estimation de Standard and Poor’s. Est-ce bien terminé, alors ? Pas vraiment, puisque le plafond de la dette (de 16 700 milliards de dollars) a été relevé jusqu’au 7 février, date à laquelle il faudra de nouveau débattre, avec peut-être les mêmes conséquences.

De l’autre côté de l’Océan Atlantique, c’est la réforme des retraites qui a été adoptée à l’Assemblée Nationale le 15 octobre, mais dans un calme relatif. Qu’est-ce que la retraite, me demanderez-vous ? Eh bien à l’instar des vacances, il s’agit d’un concept typiquement terrien qui consiste à arrêter de travailler dès lors que l’on est trop vieux, en subsistant grâce à l’argent qu’on a cotisé des décennies durant. Sauf que face à l’augmentation des retraités, le système devient trop cher et qu’il est envisagé depuis plusieurs années de reculer l’âge légal de départ. Bien sûr, les syndicats n’ont pas manqué de défiler devant l’Assemblée nationale et partout en France pour dénoncer ce qu’ils qualifient « d’erreur historique », mais noyés dans le vacarme assourdissant de « l’Affaire Leonarda », ils n’ont eu que peu de poids. Toujours est-il que malgré l'abstention des écologistes et d'une partie des socialistes, ainsi que l'opposition le Front de Gauche ainsi que la droite, elle n’en a pas moins été adoptée à 270 voix contre 249, soit de pas grand-chose. Mais que change-t-elle, concrètement ? Elle maintient l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans pour les personnes nées après 1955, tout en assouplissant les conditions de départs à 60 ans pour les travailleurs qui ont eu une carrière longue. Ceux nés en 1957 devront toujours cotiser pendant 166 semestres (41 ans et ½), puis ce nombre augmentera pour ceux nés plus tard, d’un trimestre tous les trois ans : ainsi, quelqu’un né en 1966 devra cotiser pendant 169 trimestres (soit 42 ans et ¼) pour avoir droit à une pension complète. Notons que la validation d’un trimestre de cotisation se fera non plus en comptabilisant 200 heures de travail (payées au smic) mais 150. A également été inclus un « compte » pénibilité sur lequel s’ajouteront des points par trimestre travaillé dans des conditions éprouvantes : tous les dix points, le travailleur gagne ainsi un trimestre. Quant aux « majorations enfants », augmentations des pensions pour ceux ayant élevé au moins trois enfants, elles seront fiscalisées dès 2014. Enfin, les « revalorisations » des pensions de base se feront non plus au 1er avril mais au 1er octobre, au détriment de leurs bénéficiaires. Voilà qui est bien complexe. Mais les jeunes Français et Françaises n’ont aucune inquiétude à avoir si jamais ils ne comprennent pas tout à ce système, car d’ici à ce qu’ils y parviennent, celui-ci sera probablement devenu obsolète, tout comme la notion même de retraite.

Enfin, toujours en France, pendant que le Parti Socialiste pataugeait dans les marécages de son impopularité toujours croissante, le Front National quant à lui n’a pas pu se réjouir longtemps de la situation, car un événement imprévu est venu rappeler au parti sa position d’extrême-droite qu’il cherche pourtant à faire oublier. En effet, Anne-Sophie Leclère, la candidate FN aux municipales dans les Ardennes a eu l’excellente idée de poster sur sa page Facebook un montage montrant d’un côté un bébé singe, de l’autre la Garde des Sceaux Christiane Taubira. Singes et humains sont, anatomiquement parlant, assez similaires puisqu’il s’agit de lointains cousins, mais la comparaison est plutôt mal venue lorsque c’est un représentant ethnique du continent africain qui est visé. La jeune femme s’est défendue des accusations de racisme (elle a « des amis qui sont noirs » ) tout en assumant ses propos en décrivant la ministre de la Justice comme « une sauvage » dont la place est « dans un arbre ». La principale intéressée n’a pas mâché ses mots pour réagir, fustigeant « la pensée mortifère et meurtrière de ce parti ». Ce dernier, qui a renvoyé la femme de 33 ans, n’a pas apprécié l’attaque et a immédiatement porté plainte contre la ministre pour diffamation suite à cette « violente et outrancière saillie de Mme Taubira ». En d’autres termes, « nous vous interdisons de nous insulter lorsque nous vous insultons ».

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.




Commentaires



Écrivez un commentaire pour être parmi les premiers de votre espèce à communiquer avec un extra-terrestre.












Il n'y a pas de commentaires pour le moment