Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type







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24/02/2014
Des Révolutionnaires et des Conservateurs

Une fois de plus, Glärb est face à un vaste panel d’informations parmi lesquelles choisir. Il est censé en sélectionner cinq. Cinq événements représentatifs de la situation dans le monde, de continents différents et de tons variés. Encore de nouveaux sacrifices à faire… Qu’elle semble lointaine, l’époque où il devait batailler pour trouver de quoi parler ! Il s’est considérablement amélioré depuis. Le Mwandishi ferme les yeux. Il a trouvé ses cinq sujets. Tant pis pour les quatre nouveaux corps transférés au Panthéon français, tant pis pour la petite crise politique allemande, tant pis pour les manifestations bosniaques, tant pis pour la fin des JO de Sotchi. Il se demande s'il ne pourrait pas évoquer d'une manière ou d'une autre ces quatre sujets, mais finit par hausser les épaules en se mettant au travail.

Vahrüt n°38. 17 Février 2014 au 23 Février 2014. Calendrier Terrien.

Mon choix, pour ouvrir le texte de ce vahrüt, était tout trouvé. La situation en Ukraine a tant évolué en l’espace de quelques jours que le pays mériterait un rapport à lui seul. Les choses semblaient se tasser peu à peu, lundi, mais c’était sans compter l’assaut « anti-terroriste » lancé le lendemain soir par le président Viktor Ianoukovitch contre les manifestants. La place Maïdan, parsemée de barricades de pneus en flammes, s’est transformée en champ de bataille. Des chars d’assaut ont été envoyés (dont deux paralysés par les insurgés). Bilan humain : au moins 26 tués. Cet assaut n’a fait que renforcer la détermination des opposants, qui ont affronté à nouveau les forces de l’ordre, pour des pertes s’étalant (des deux côtés) à 60 morts jeudi. Les États-Unis et l’Union Européenne s’en sont offusqués, brandissant une nouvelle fois la menace de sanctions, tandis que la Russie dénonçait une ingérence européenne. Mais cela n’a pas duré : après avoir annoncé des élections présidentielles anticipées (définies le jour suivant au 25 mai) et la libération de l’opposante Ioulia Timochenko, ex-première ministre condamnée pour « abus de pouvoir » (ayant signé un traité avec le russe Gazprom, jugé défavorable pour l’Ukraine), le président en place a fui Kiev vers l’est du pays, pro-russe. Grand mal lui a pris, puisque la Rada (le Parlement) l’a destitué samedi, car il « ne remplit plus ses fonctions ». La leader de la Révolution Orange de 2004 est sortie de prison le soir même et a prononcé un discours ému devant 50 000 Ukrainiens. Dimanche, aux dernières nouvelles, le nouveau président de l’Assemblée, Olexandre Tourtchinov, ancien bras-droit de cette dernière, a été élu président par intérim. Ianoukovitch, quant à lui, dénonce « un coup d’Etat ». Qu’on apprécie ou non l’ancien chef d’Etat, au passé de délinquant (condamné pour vol et tentative de viol collectif, des « erreurs de jeunesse »), corrompu et renié par son parti ; qu’on approuve ou non cette prise de pouvoir par une opposition où se côtoient démocrates sincèrement pro-européens et nationalistes violents et xénophobes, force est de constater que ce fut bel et bien un coup d’Etat.

La situation est encore un peu différente de l’autre côté de l’océan Atlantique. Je sais que j’utilise souvent cette expression pour évoquer les États-Unis, mais je vais m’intéresser à un pays un peu plus en deçà sur la carte : le Venezuela. On ne peut pas dire que Nicolas Maduro, le successeur d’Hugo Chavez, soit des plus populaires. Voilà plus d’une semaine que la population descend dans les rues pour protester contre l’inflation, la vie chère, la criminalité, la corruption ou la répression policière… et sur ce dernier point, on ne peut pas dire qu’ils aient tort. Si le pays « possède le meilleur système électoral du monde » (selon l’ancien président américain Jimmy Carter), le droit à la manifestation n’a pas l’air d’actualité. Le chef de l’Etat a accusé les étudiants dans les rues de fomenter un complot fasciste sous la houlette des États-Unis. Les médias de cet ennemi impérialiste très commode sont d’ailleurs dans son viseur, car il accuse la chaîne CNN de montrer une « guerre civile ». Les États-Unis auraient en effet un intérêt très concret à voir ce pays communiste changer de tête pour un dirigeant assez aimable pour partager ses ressources pétrolières. Pourtant, blâmer les influences étrangères pour tous les problèmes nationaux est une stratégie qu’on voit se reproduire dans tous les pays en difficulté, qui ont en commun le refus de faire face à leurs responsabilités.

Et à présent, je vais évoquer les deux Corées, qui ont focalisé l'attention des médias cette semaine. Non, je ne parlerai pas du rapport de la commission d’enquête de l’ONU qui évoque des centaines de milliers de prisonniers politiques morts dans les 50 dernières années en Corée du Nord, et les « exterminations, meurtres, esclavages, tortures, viols, les avortements forcés et autres violences sexuelles ». Je n’évoquerai pas non plus la condamnation pour « trahison » en Corée du Sud de Lee Seok-ki, militant révolutionnaire d’extrême-gauche qui aurait voulu réunifier les deux Corées sous la domination du Nord, ce qui a valu à la président Park Geun-hye une comparaison peu louable avec son père Park Chung-hee, qui a dirigé le pays en dictateur de 1961 à 1979. Non, je vais parler de quelque chose d’un peu plus joyeux. Ou triste. Émouvant, en tout cas. Cette semaine, des familles de chacun des deux pays ont pu se revoir après 50 ans sans nouvelles. Des frères et des sœurs, des amis séparés par la guerre qui s’est achevé en 1953 avec la séparation du pays, ont pu se retrouver. 82 Sud-coréens étaient partis répartis en dix bus (certains en ambulance, à cause de leur âge avancé) pour retrouver 180 Nord-coréens pour trois jours. Dimanche, c'était au tour de 88 autres Nord-coréens tirés au sort de retrouver 361 proches du Sud. Cette rencontre, dont la dernière occurrence remonte à 2010, avait pourtant failli être annulée, le président Kim Jong-un ayant ordonné à la Corée du Sud et aux États-Unis de cesser toute manœuvre militaire.

Je poursuivrai avec une très habile tactique de publicité que j’ai pu constater en France. En effet, en pleine hystérie sur ce concept quelque peu fumeux qu’est la « théorie du genre », la chaîne franco-allemande Arte avait prévu de diffuser le film Tomboy, de Cécile Sciamma (sorti sans remous en 2011 à l’exception des critiques élogieuses) dans sa programmation de mercredi soir, soit un film à propos d’une petite fille se sentant garçon et faisant tout pour ressembler au sexe opposé. Naturellement soucieux de se faire de l’audience, le service marketing de la chaîne a eu la brillante idée de payer l’Institut Civitas, un petit groupuscule crée de toutes pièces pour qu’il lui demande publiquement de retirer le film de sa programmation à cause de son « prosélytisme en faveur de l’idéologie du genre » et à appeler les parents inquiets de harceler « poliment mais fermement » la chaîne culturelle. Cette demande de censure a fait beaucoup de bruit, et résultat : le film a été vu par 1,3 millions de personnes (bien plus que l’audience habituelle de la chaîne). Une tactique déjà utilisée par les Éditions du Rouerge pour faire la promotion de son livre Tous à poil à travers le président de l’UMP, Jean-François Copé. Une autre hypothèse serait que la demande de ce groupe d’intégristes chrétiens soit authentique et qu’elle émane d’eux seuls, mais c’est un peu trop gros pour être vrai.

Enfin, je finirai par parler d’un pays queje n’ai probablement pas encore abordé. Vous vous souvenez de l’Australie ? Eh bien c’est juste à côté. La Nouvelle-Zélande ne fait pas beaucoup parler d’elle, et pourtant une annonce de son Premier ministre John Key a fait le tour du monde. En effet, un citoyen néozélandais, Shane Warbrooke , a formellement envoyé un courrier pour demander des preuves démentant l’appartenance du chef du gouvernement à la race des Reptiliens, extraterrestres métamorphes qui viseraient à asservir l’humanité (et que combat furieusement l’écrivain conspirationniste David Icke). Malgré l’« official information act » qui permet la transparence des élus, le premier ministre n’était pas obligé de répondre à cette demande peu commune, mais il a malgré tout tenu à réagir, expliquant « J'ai vu un médecin ainsi qu'un vétérinaire et tous deux ont confirmé que je ne suis pas un reptile ». Ce citoyen s’est donc vu rassuré (quand bien même la démarche était d’ordre humoristique). Ce fait mineur me permet donc de vous prévenir : vous pourrez expliquer à la branche radicale du parti Harägaleb, qui voudraient s’emparer de la Terre en se déguisant en humains, qu’ils risquent fort d’échouer tant les autochtones semblent vigilants.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.




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