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17/03/2014
Deux Beaux Écrans de Fumée

La boule qui s’est logée dans le creux de son estomac ne veut pas partir. À ce stade, ce n’est plus seulement de l’inquiétude. En général, il reçoit toujours de sa hiérarchie une réponse succincte à ses rapports, de « Merci pour votre travail » à « Continuez ainsi ». Parfois, même, ils commentent les actualités terriennes d’un œil naïf, extérieur, ou demandent des précisions, comme pour ce dossier sur la religion qu’il avait rédigé à leur demande. Mais cette fois-ci, rien. Il n’a pas même reçu d’accusé de réception. Que se passe-t-il donc ? Doit-il travailler malgré tout ? Après une longue réflexion, il finit par s’y résoudre. C’est, dans un sens, le seul moyen de se détourner de ses idées noires.

Vahrüt n°41. 10 Mars 2014 au 16 Mars 2014. Calendrier Terrien.

Nous y sommes. La Crimée est rattachée à la Russie. 1 534 815 électeurs étaient attendus dans 1 250 bureaux de vote, pour un résultat de 96,6%. Ce n’est pas une surprise, puisque les seuls qui ne s’y attendaient sont ceux qui n’étaient pas au courant de la tenue de ce référendum dans ce qui fut une région autonome de l’Ukraine. Je ne reviendrai pas sur les raisons, déjà abordées, qui font de cette péninsule bordant la Mer Noire une région essentielle pour Moscou. On s’interrogera en tout cas sur la légitimité d’un scrutin organisé en dix jours top chrono dans une région occupée par l'armée russe qui assiège les militaires ukrainiens. Les dirigeants des pays occidentaux avaient d’ailleurs plusieurs fois prévenu qu’ils ne reconnaîtraient pas le rattachement voté, ainsi ils ont pris soin de se boucher les oreilles en criant très très fort pour que les cris des nombreux pro-russes de la région ne leur parviennent pas. De toute manière, ils estimaient déjà la Crimée « perdue » ; ce qui importe à présent, c’est surtout de savoir ce que fera Vladimir Poutine. Après tout, les villes de Donetsk et Kharkiv, dans l’Est du pays, sont elles aussi menacées par le méchant gouvernement néonazi. Mis à part quelques agents américains, une poignée de nationalistes nostalgiques de Stepan Bandera (ukrainien qui a collaboré avec Hitler lors de l’occupation) et un amas de comploteurs qui s’évertuent à manifester, ces villes ne demandent que l’arrivée salvatrice de la nouvelle Armée Rouge.

Mais revenons, comme d’habitude, dans l’Hexagone pour découvrir les péripéties de la vie politique française, et quelles péripéties ! Finalement, tout ce qu’il s’est passé ces dernières semaines est de la faute de Christiane Taubira. Enfin pas tout à fait. Mais un petit peu quand même. En effet, l’UMP a réussi l’exploit de retourner le scandale vers le gouvernement : interrogée sur les écoutes dont a fait l’objet Nicolas Sarkozy, la ministre de la Justice a affirmé qu’elle n’était au courant que depuis le 28 février, et le reste du gouvernement, en particulier son chef Jean-Marc Ayrault, ont dit de même pour ne pas émettre de voix discordantes. Sauf qu’en réalité, elle était au courant depuis le 26 février, et c’est d’une gravité extrême. Les Français ont en effet en horreur les hommes et femmes politiques qui mentent, et ne chercheraient jamais à voter pour eux. Ainsi la Garde des Sceaux, qui s’était construit une image de politicienne intègre, voit cette image s’effondrer au profit de rivaux bien plus honnêtes, au premier rang desquels Jean-François Copé, dont tout le monde a oublié la relation privilégiée – mais anecdotique – avec la société Bygmalion. Quant au ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, il continue à affirmer qu’il n’a appris l’affaire qu’en lisant le journal, ce qui lui vaut le qualificatif de « l’homme le moins bien renseigné de France ».

J’évoquerai également un autre couac, plus léger, du gouvernement, mais qui ne concerne pas les mêmes protagonistes. Rappelons d’abord le contexte : Martin Bouygues, patron de l’entreprise éponyme, qui s'étend de l’industrie du bâtiment jusqu’à la téléphonie mobile, projette de racheter son rival SFR, détenu par Vivendi (pour un prix de 10,5 puis 11,3 milliards d’euros), mais un autre concurrent est en lice pour cet achat : Numericable, de Patrick Drahi, qui n’est pas encore implanté dans le marché du mobile. De ce fait, si Bouygues rachète SFR, le nombre d’opérateurs passerait de 4 à 3 (les deux autres étant Free et Orange) et se retrouverait en position de force, c’est pourquoi afin de ne pas avoir de monopole, M. Bouygues a proposé un marché à Xavier Niel, fondateur de Free, dans le but de lui vendre l’infrastructure de réseau de SFR pour 1,8 milliards d’euros (le geste n’est pas désintéressé, puisqu’il ne l’avait pas fait, l’Autorité de la concurrence aurait jugé ce rachat trop déloyal). Tout semblait acquis au groupe Bouygues, et le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg avait même eu la brillante idée d’en faire son favori, mais Vivendi a fini par s’en détourner pour se lancer dans des « négociations exclusives » avec Altice, la maison-mère de Numericable. Celle-ci a le fâcheux défaut d’avoir sa côte en bourse aux Pays-Bas, son siège au Luxembourg et son patron en Suisse, ce qui a poussé une autre ministre, Fleur Pellerin, déléguée à l’Économie numérique, à le sermonner pour qu’il rapatrie ses avoirs, et que ça saute.

Pendant ce temps, à l’autre bout du monde, la recherche du Boeing 777 disparu entre Kuala Lumpur et Pékin est toujours d’actualité, et l’union sacrée entre les pays qui enquêtent dessus (y compris les deux ennemis, les États-Unis et la Chine) ne s’est pas encore disloquée. En revanche, les chances de trouver les débris de l’appareil s’éloignent toujours plus : en effet, des enquêteurs américains, en retraçant le signal des moteurs Rolls Royce (indépendants des autres signaux de transmission) ont découvert que l’avion avait volé plusieurs heures après sa disparition des radars (le chiffre de sept heures est même avancé). Vu la vitesse de l’engin, une telle théorie agrandit considérablement l’aire de recherche. Quant à l’hypothèse d’un détournement, elle n’est jamais loin. Si elle s’est réduite lorsqu’il a été découvert que les deux voleurs de passeport étaient des migrants Iraniens cherchant à rejoindre l’Europe, les soupçons se portent à présent sur les pilotes, les seuls à pouvoir désactiver les signaux. Si le mystère continue à s’épaissir, on me soupçonnera bientôt de les avoir enlevés pour étudier l’espèce humaine.

Enfin, retournons en France, et plus précisément à Paris, où la campagne municipale fait toujours rage entre la socialiste Anne Hidalgo, actuelle première adjointe au maire Bertrand Delanoë, et l’UMP Nathalie Kosciusko-Morizet, ex-ministre de l’Écologie puis de l’Économie numérique sous le gouvernement Fillon. Face à la campagne inintéressante entre deux candidates somme toute assez semblables, le destin a jugé bon de faire intervenir un nouveau protagoniste : le smog. Cet épais brouillard de pollution a enveloppé la capitale et alerté les autorités par une concentration de plus de 50 microgrammes par mètre cube d’air au point de pousser la mairie à rendre les transports gratuits pendant trois jours (pour un coût total estimé à 12 millions d’euros). Ce phénomène inopportun pourrait profiter au candidat écologiste Christophe Najdovski. En tout cas, Mme. Kosciusko-Morizet n’a pas manqué de s’emparer du problème pour fustiger l’inaction du maire socialiste sortant. J’en viens d’ailleurs à me demander s’il s’agit bien de la même Nathalie Kosciusko-Morizet qui, ministre de l’Écologie de 2007 à 2009, avait été accusée de mettre des bâtons dans les roues des filières d’énergies renouvelables, de s’accrocher au nucléaire malgré la catastrophe de Fukushima, d’être un peu trop hésitante à propos du gaz de schiste et d’avoir abandonné la taxe carbone. Le tout tandis que son président affirmait que « l’environnement, ça commence à bien faire ». Sa jumelle maléfique, sans doute.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.




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