Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type







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15/09/2014
La Vie à Deux

Chaque jour apporte son lot d’invectives. La cohabitation heureuse qui s’annonçait à l’arrivée de Glärb et Boglib sur l’orbite de la Terre a volé en éclats aux premiers débats entre les deux extraterrestres. Comment expliquer au nouveau-venu que le concept de religion terrienne n’est pas indissociable de haine et de violence ou qu’il n’est pas acceptable de hiérarchiser les ethnies entre elles en fonction de leur agressivité. Sitôt les actualités de l’extrême-droite laissées derrière lui, l’observateur doit affronter le constat de son collègue qui en reprend les idées. Son cadet n’est pourtant pas idiot, mais il est vrai que le moment est mal choisi pour avoir une bonne opinion des humains, entre l’Irak, la Syrie, la Centrafrique ou l’Ukraine. Glärb garde l’espoir que quelques actualités éparses, plus positives, redoreront le blason de cette curieuse race aux yeux de son congénère. En attendant, il continuera à se disputer avec lui entre deux rapports.

Vahrüt n°64. 8 Septembre 2014 au 14 Septembre 2014. Calendrier Terrien.

La menace que pose l’État Islamique a le mérite d’entériner certaines rivalités pour faire front face à un ennemi commun. Il n’est pas impossible que les États-Unis et l’Iran soient forcés de coopérer pour affronter les djihadistes qui ont pris le contrôle d’un territoire à cheval sur la Syrie et l’Irak. Le Secrétaire d’État américain John Kerry est d’ailleurs en tournée au Moyen-Orient, en Turquie, en Égypte ou en Jordanie, à la recherche d’une coalition de plus de 40 pays. La France a promis d’apporter sa pierre à l’édifice, menacée comme d’autres pays occidentaux par l’établissement d’un « paradis du djihad ». La Grande-Bretagne a durement payé son soutien avec la mort sanglante de l’otage britannique David Haines , samedi 13, qui n’a fait qu’enflammer les ardeurs de son pays natal. Mais l’hypothèse d’une intervention en Irak continue à poser problème, quand bien même les raisons seraient bien distinctes de celles qui ont poussé les États-Unis à attaquer Saddam Hussein en 2003. De même, la France veut adopter un nouveau projet de lois antiterroristes pour enrayer le départ de djihadistes français. Les Français sont les plus représentés parmi les combattants islamistes en Syrie, avec 349 personnes, et le recrutement se fait principalement via Internet. Le gouvernement a entrepris de renforcer la loi avec des mesures soutenues par l’opposition, comme par exemple la création du délit d’ « entreprise terroriste individuelle ». Mais toute mesure qui restreint la liberté sur Internet, avec l’espoir illusoire que le blocage empêche les sites d’exister, soulève toujours des problématiques du même type que celles posées par la lutte anti-pédopornographie lors du mandat de Nicolas Sarkozy. Le « Patriot Act » américain, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, a servi de prétexte à une surveillance démesurée et des abus de la part des agences de renseignement. Au-delà du danger que pose l’État Islamique et les groupes djihadistes, qui concerne bien plus la France que ne l’estiment certains politiques, le gouvernement doit donc trouver un juste milieu entre lutte antiterroriste et préservation des libertés.

Pendant ce temps, la nouvelle Commission Européenne a été formée sous l’égide de Jean-Claude Juncker, ancien Premier ministre luxembourgeois. Il a adopté pour ce faire une stratégie plutôt étrange, consistant à nommer aux postes-clé du gouvernement européen des représentants des pays qui semblent les moins efficaces sur ce point. Le commissaire à l’immigration est le Grec Dimitri Avramopoulos, originaire d’un pays qui gère de façon calamiteuse la question. Le portefeuille de l’économie, très prisé, revient au Français Pierre Moscovici, alors que son bilan au sein du gouvernement Ayrault est très mitigé. La régulation des services financiers est confiée au conservateur Jonathan Hill, ambassadeur de la City londonienne. La cerise revient malgré tout à l’Espagnol Miguel Arias Canete, commissaire à l’énergie et à l’action climatique qui se trouve avoir des parts dans deux sociétés pétrolières. Conséquence de la crise d’Ukraine, les pays d’Europe de l’Est se trouvent bien plus représentés que sous la précédente équipe : le nouveau président du Conseil Européen étant par exemple le Premier ministre Polonais Donald Tusk. D’autres pays ont pu tirer leur épingle du jeu, comme l’Italie en plaçant Federica Mogherini aux affaires étrangères, le poste-clé qu’occupait Catherine Ashton. Et ce alors qu’elle est soupçonnée d’être un petit peu trop russophile pour sa fonction. Aux critiques qui lui sont adressées pour ses choix problématiques, le Président de la Commission se contente de répondre que « les opinions nationales comprendront peut-être mieux les problèmes s'ils sont exposés dans leur langue ». Et lorsque les électeurs européens voteront pour l’extrême-droite dans cinq ans, on blâmera des défauts de communication, la mauvaise volonté des pays pauvres et la météo exécrable.

Mais quittons l’Europe le temps d’un petit paragraphe. En Afrique du Sud s’est achevé l’un des procès-phares de l’année 2014, déjà entamé l’an dernier. Oscar Pistorius est célèbre pour être le premier athlète handicapé à courir parmi les valides – même si ses prothèses en carbone lui donnent des avantages que les jambes de chair n’ont pas. Il s’agissait d’un héros national, en Afrique du Sud, jusqu’au jour, le 14 février 2013, où il a tué sa petite amie, la mannequin Reeva Steenkamp. Après une nuit de dispute (à en croire les voisins alertés par des cris), la jeune femme s’est réfugiée dans les toilettes, où elle a été abattue par quatre tirs à travers la porte. Pour sa défense, il a assuré avoir cru à l’intrusion d’un cambrioleur (l’Afrique du Sud étant rongée par l’insécurité). Cette défense a touché au but, puisqu’en dépit de l’échange de SMS loin de l’idylle décrite ou bien la propension de l’accusé à utiliser son arme (sur le sol d’un restaurant sans le faire exprès ou par le toit de sa voiture pour manifester sa colère), il a finalement été reconnu coupable d’homicide involontaire. La peine décidée par la juge Thokozile Masipa, qui sera annoncée à la mi-octobre, pourrait aller d’un sursis avec amende à une peine de prison ferme. La suite au moment du verdict, puis des procès en appel.

Et comme on ne passe pas une semaine sans évoquer la crise ukrainienne, allons faire un tour en Europe de l’Est. Un peu plus haut qu’à l’accoutumée, en fait, puisque c’est au niveau des pays baltes que ça se passe. La télévision russe a montré samedi un homme menotté, arrêté par le FSB (le service de renseignement russe) accusé d’être un espion. Eston Kohver, policier estonien membre du service de sécurité intérieur (KAPO), était responsable de la surveillance des groupes criminels responsables de trafics de contrebande autour de la frontière russo-estonienne. La Russie assure l’avoir arrêté sur son territoire, en possession de « matériel apparemment destiné à une mission d’espionnage ». La version de Talinn diffère quelque peu, puisque selon l’Estonie, les communications radio autour du poste-frontière ont été brouillées et un commando protégé par un écran de fumigènes est entré dans le bâtiment pour kidnapper le policier. À ce stade de divergence, on ne peut même plus parler de différences d'interprétation. On ignore encore laquelle des deux versions s’approche le plus de la vérité, mais notons seulement que l’évènement a eu lieu deux jours après que le président américain Barack Obama s’est rendu en Estonie pour rappeler que l’OTAN viendrait en aide à tout état-membre agressé.

Finissons ce rapport au Japon. Trois ans et demi après la catastrophe nucléaire de Fukushima qui a causé plus de 20 000 morts, le gouvernement japonais a rendu public le contenu des auditions de protagonistes. Y figurent celles de l’ancien Premier ministre Naoto Kan, du ministre de l’industrie de l’époque, du porte-parole du gouvernement, ainsi que de Masao Yoshida, qui dirigeait la centrale de Fukushima Daiichi. Mort d’un cancer en 2013, il avait désobéi aux ordres de sa hiérarchie et du gouvernement en faisant arroser les réacteurs avec de l’eau de mer, évitant que la situation empire malgré la menace de sanctions. Déclarant « Je veux juste laisser tomber ce pays et ses politiciens idiots », il avait plusieurs fois mis en garde les hauts responsables de Tepco, qui gère la centrale. Un employé assure même que « la situation était si grave que, s'il n'avait pas été là, on ne s'en serait pas sorti. » Un autre passage du témoignage dit : « Quand a explosé le bâtiment du réacteur 3, nous n'avions, sur le coup, plus de nouvelles de quarante personnes. A cet instant, je me suis dit que, s'il leur arrivait quelque chose, je me trancherais le ventre sur place. » Le gouvernement a été contraint de diffuser ce rapport car des fuites étaient parvenues à la presse et alimentaient les rumeurs. Pourquoi la publication de ce rapport est-elle importante ? Parce que mercredi 10, l’Autorité de régulation du nucléaire a validé le dossier sur la sécurité des deux réacteurs de la centrale de Sendai : le nucléaire a été mis en pause après la catastrophe, mais sous l’égide du Premier ministre très conservateur Shinzo Abe, le Japon renoue avec l’uranium. Du moins jusqu’à la prochaine catastrophe.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.




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