Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type







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03/02/2015
Un Rapport Peu Joyeux

Cette nuit encore, Boglib s’est privé de sommeil pour regarder l’une de ces séries terriennes devant lesquelles il reste immobile toute la journée. L’attitude de son camarade commence à l’inquiéter en même temps qu’elle l’agace. Aussi intéressant qu’il soit de s’informer sur la culture locale à travers ses arts, il n’est pas tout à fait certain qu’en abuser de la sorte soit la meilleure des idées. Il a bien essayé, plusieurs fois, de le tirer de sa torpeur spectatrice, mais son ami s’en est vivement irrité, préférant suivre une sombre affaire de vente de « méthamphétamine ». Dépité, Glärb n’a donc plus qu’à hausser les épaules et retourner à l’écriture de son rapport.

Vahrüt n°76. 26 Janvier 2014 au 1er Février 2014. Calendrier Terrien.

L’un des faits majeurs, ce vahrüt, c’est la fin du siège de Kobané. Cela faisait des mois que cette ville kurde, située sur la frontière entre la Syrie et la Turquie, était disputée entre l’État Islamique et les forces Kurdes du HPG (branche armée du PKK), assistées par les puissances occidentales. Autrefois peuplée de 70 000 âmes, Kobané est aujourd’hui en ruines. Après cinq mois et demi de combats acharnés et environ deux mille morts, dont un millier d’islamistes, Daech s’est retiré de la ville. Officiellement, il s’agit d’une défaite pour le groupe terroriste, mais ce serait oublier que les terroristes ont réussi à tenir tête des mois durant à une puissante coalition. Ajoutons à cela que Kobané n’était pas un objectif vital pour eux : tout au plus aurait-elle permis de contrôler un large pan de la frontière turco-syrienne pour assurer ses ventes de pétrole et l’afflux de candidats au jihad, mais ils disposent déjà de plusieurs points-clés sur cette même frontière. Aussi bénéfique que soit cette victoire occidentale contre Daech, ses répercussions restent ténues et le groupe détient toujours un territoire de la taille de la Belgique, à cheval entre la Syrie et l’Irak.

Cap en France, à présent, où la loi Macron a fait de nouveau parler d’elle. Cette loi, qui doit son nom au nouveau ministre de l’Économie Emmanuel Macron, est une espèce de fourre-tout où cohabitent les réglementations sur les tarifs de notaire ou le travail du dimanche. Dernière disposition en date : un volet sur le « secret des affaires » pour protéger les industries. À en croire le gouvernement, il s’agit de prévenir contre l’espionnage industriel, mais les journalistes français ne l’ont pas entendu de cette oreille, et la plupart a fait front contre ce qu’ils estiment être une atteinte à la liberté de la presse. Un « lanceur d’alerte » qui trahit son entreprise pour livrer des informations essentielles à la démocratie peut-il être condamné en vertu de cette loi ? Les législateurs assurent que non, d’autant plus que le statut de « lanceur d’alerte » est protégé par la loi européenne. Cela n’empêche pas la profession d’être sceptique : François Hollande a promis d’avancer sur la loi du secret des sources – toujours en développement – et les autorités semblent moins promptes à protéger les affaires françaises lorsqu’il s’agit de laisser les États-Unis espionner les communications. On peut bien sûr qualifier la réaction des journaux de « réflexe corporatiste », mais la chose semble tout de même suspecte. Le ministre, afin de faire avancer la loi sans blocage, est finalement revenu en arrière comme pour plusieurs autres volets du texte.

Ces trois derniers paragraphes ne seront guère gais, puisque j’aborderai trois morts. Le premier d'entre eux est le roi saoudien Abdelaziz Al-Saoud, qui s’est éteint le 23 janvier à l’âge de 90 ans. Son enterrement a été l’occasion pour de nombreuses personnalités politiques occidentales de rendre hommage à l’un de leurs alliés les plus controversés (l’Arabie Saoudite est le seul État au monde où les femmes n’ont pas le droit de conduire, bien qu’elles aient obtenu le droit de vote en 2011). Ainsi, John Kerry a salué un « dirigeant respecté », « homme de sagesse et de vision », Tony Blair l’a loué pour avoir « modernisé son pays » et « œuvré avec acharnement pour le dialogue interconfessionnel » et Christine Lagarde a regretté ce « grand défenseur des femmes ». À présent, en tout cas, c’est son « jeune » demi-frère Salmane, âgé de quelque 79 ans et sans doute un démocrate et un féministe tout aussi acharné, qui a pris sa succession.

Un autre décès est survenu la semaine dernière en Argentine, et c’était une erreur de ma part d’avoir tant tardé à le mentionner. L’étrange « suicide » d’Alberto Nisman est en train de secouer le pays. Ce procureur se serait tiré une balle dans la tête dimanche 18 janvier, soit un jour avant de rendre son rapport sur les attentats meurtriers de 1994 au siège d’une association juive à Buenos Aires. Ce rapport, dit-on, était pour le moins accablant vis-à-vis de l’actuelle présidente Cristina Kirchner et de son entourage : les responsables iraniens de l’attentat auraient ainsi été couverts afin que le pays puisse bénéficier d’un pétrole à bon prix. Par ailleurs, il se trouve que l’arme du « suicide » est prisée par les services secrets. À noter également que Mme. Kirchner a elle-même fait part de sa surprise sur sa page Facebook : affirmant d’abord qu’il s’agissait d’un suicide, elle a ensuite été convaincue d’un assassinat orchestré dans le cadre d’un complot des anciens services de sécurité, d’une partie de la justice, des groupes économistes et des médias de l’opposition ; le tout dirigé contre elle. Une chef d’État perspicace, cette Cristina.

Enfin, le Japon a été à son tour ciblé par l’État Islamique : après Haruna Yukawa , c’est le journaliste Kenji Goto qui a été assassiné dans une vidéo mise en ligne. Ces meurtres font suite à la demande de libération de la kamikaze irakienne Sajida al-Rishawi, condamnée à mort en Jordanie, et à une tournée du Premier ministre Shinzo Abe au Moyen-Orient, où il avait promis une aide civile de 2,5 milliards de dollars. D’un point de vue militaire, les Japonais ne représentent pourtant pas une menace pour Daech, puisque leur Constitution rédigée au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale leur interdit d’avoir une armée digne de ce nom (tout au plus concède-t-elle une force d’autodéfense). Cela n’a pas empêché certains Japonais de riposter à leur manière, et ce sur Internet. En effet, puisque les terroristes ont les caricatures en horreur, les internautes ont décidé depuis le vahrüt dernier de représenter l’État Islamique sous les traits d’ISIS-Chan d’une (très) jeune femme (très) légèrement vêtue. Leur sens de la répartie n’a d’égale que leur finesse.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.




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