Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type






Aout 2013

05/08/2013
Parlons de Religion

Enfoncé dans le cuir de son fauteuil, Glärb songe à ses premiers rapports, à son arrivée dans ce système solaire, et du désespoir qu’il avait d’abord ressenti. Toutefois, ce qui l’avait le plus peiné, c’était cette sensation d’inutilité, le sentiment que les rapports qu’il envoyait ne comblaient pas les attentes de ses pairs ; sans parler du manque de retours, favorables ou non. Mais voilà qu’il reçoit ce message de l’un de ses destinataires lui demandant des précisions. Alors certes, ce travail supplémentaire lui coûtera davantage d’efforts, et aura pour effet d’allonger son rapport, mais qui s’en soucie ? Allez, il est temps de s’y mettre !

29 Juillet 2013 au 4 Aout 2013. Calendrier Terrien.

Débutons ce rapport par une petite visite en Italie. J’étais sur le point de parler de cet accident de car survenu aux environs de Naples, dans la lignée des accidents de transport de ces dernières semaines, mais je n’ai somme toute pas grand-chose à en dire, alors je vais plutôt m’attarder sur des actualités politico-judiciaires, avec la sentence prononcée jeudi 1er aout contre Silvio Berlusconi, l’ex-Président du Conseil. Ce dernier a été condamné pour fraude fiscale pour avoir « artificiellement "gonflé" le prix des droits de diffusion de films, achetés par des sociétés écrans lui appartenant, au moment de leur revente à son empire audiovisuel Mediaset. » (Le Monde). Ce procès met un terme à deux décennies d’impunité : sur la vingtaine de procès qu’a affronté celui que l’on nomme le « Cavaliere », c’est le premier qui aboutit à une condamnation. En revanche, si le chef du Parti du Peuple (Partito del Popolo) a été ébranlé, il n’est toutefois pas certain que les sanctions soient significatives : sur les quatre ans de prison, trois sont amnistiés ; le condamné est trop âgé (77 ans) pour aller en prison, et il a déjà exprimé son refus de faire des travaux d’intérêt généraux : de ce fait, il purgera sa peine dans la résidence privée de son choix (pauvre homme). En ce qui concerne la peine d’inéligibilité, qui frapperait sa carrière politique de plein fouet, la question est étudiée par la Cour de Cassation.

De son côté, la France a connu le braquage le plus important de son histoire : ce sont pas moins de 103 millions d’euros qui ont été dérobés à l’hôtel Carlton de Cannes sous la forme de 72 bijoux. Ceux-ci étaient en cours de transfert vers une salle de l’hôtel où ils devaient être exposés lorsqu’un homme a fait irruption une arme à la main pour s’en emparer. Le vol s’est déroulé en un temps record et sans la moindre violence. Son auteur ayant pénétré les lieux au moyen d’une fenêtre entrouverte, on peut imaginer qu’il a reçu l’aide d’un complice, mais l’exploit n’en est pas moins grand. Son seul obstacle, à présent, sera de revendre son butin sans que les autorités en retrouve la trace. Il est également à noter que trois jours plus tard, un autre braquage avait lieu dans le même quartier, cette fois-ci chez un horloger.

Toujours en France, le Conseil d’État s’est cette semaine attiré les foudres des écologistes ainsi que des agriculteurs en levant l’interdiction faite sur la culture du maïs transgénique MON810 de la société Monsanto (controversée pour sa promotion de produits nocifs, ses falsifications de résultats scientifiques ou son lobbysme agressif). Ces mesures avaient été prises en mars 2012, et le président François Hollande, ainsi que le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll - s’étaient engagé à combattre les OGM (Organismes Génétiquement Modifiés). Le gouvernement, qui n’a pas changé sa position, se retrouve ainsi en fâcheuse posture et promet une décision rapide. L’annulation du moratoire repose sur le droit européen : une telle mesure ne peut être adoptée qu’en cas d’urgence ou de risque important pour la santé humaine, animale, ou l’environnement ; ce qui ne semble pas encore prouvé. Si cela ne tenait qu’à moi, je pourrais leur apporter mille preuves provenant de l’histoire désastreuse de notre agriculture, mais comme j’ai fait le serment de ne pas entrer en contact avec les Terriens, je m’abstiendrai toute intervention.

De l’autre côté de la Mer Méditerranée, le mécontentement gronde dans les rues. Non, je ne parle pas de la Tunisie que j’évoquais au dernier vahrüt, mais du Maroc, où un geste de rapprochement avec l’Espagne s’est transformé en affaire nationale. Il faut dire que dans les 48 prisonniers espagnols dont le roi Juan Carlos demandait la libération figurait Daniel Galvan Viña, un sexagénaire condamné en 2011 à 30 ans de prison pour avoir violé onze enfants. Le peuple est aussitôt descendu dans les rues pour manifester, malgré la répression policière, contre ce qu’ils considèrent comme une injustice incompréhensible. Quant à Mohammed VI, qui a accordé sa grâce royale aux prisonniers, il a jugé bon de faire savoir qu’il n’avait pas été mis au courant des antécédents du pédophile (dont certaines sources affirment qu’il a fait partie des services secrets espagnols). Comment a-t-il pu penser un seul instant qu’en admettant avoir libéré quelqu’un sans s’être renseigné un minimum, il allait rassurer les Marocains ? Le roi a finalement décidé de retirer cette grâce dimanche soir, mais le mal est fait ; et en admettant qu’il soit possible de revenir en arrière sachant que le principal concerné a déjà quitté le territoire, la crédibilité du roi en a pris un coup.

Enfin, parlons une nouvelle fois du Pape François, qui a fait une conférence de presse, la première de l’histoire du pontificat, à son retour de Rio. Il a entre autres déclaré qu’il ne lui appartenait pas de juger les croyants homosexuels ; des mots qui marquent une évolution progressive par rapport à son prédécesseur. Inutile toutefois de se faire des idées : il ne s’agit en aucun cas d’une révolution, en réalité l’Église éprouve toujours une haine viscérale à l’égard du « péché » que constitue l’homosexualité, mais appelle à la tolérance envers les pécheurs eux-mêmes. Par ailleurs, il a fortement condamné le lobby gay (tout comme les autres formes de lobbies) et s’est même montré plus sec en ce qui concerne le mariage homosexuel, auquel il est bien entendu farouchement opposé.

Et puisque je parle du Pape, il s’agit du moment idéal pour répondre à Klägor qui me pressait, suite à mon précédent rapport, d’apporter des précisions en ce qui concerne la religion, une notion qui en effet n’a aucun équivalent dans notre société moderne.

La Religion en Quelques Mots

Tout d’abord, il faut savoir qu’il existe sur Terre une multitude de religions, elles-mêmes composées de différents courants (catholiques et protestants, sunnites et chiites, etc.) ; tout comme il y a de très nombreuses façons de vivre sa religion. Celles qui étaient constituées d’un panthéon de nombreux dieux (chacun incarnant un aspect de la vie et du monde) ont fini par devenir obsolètes et ont été progressivement remplacées par trois religions majeures : le christianisme, l’islam et le judaïsme. Malgré les conflits qui les opposent, elles ne sont pas si différentes car elles vénèrent toutes trois un être omniscient et omnipotent, et condamnent sensiblement les mêmes péchés (en particulier l’homosexualité, pour faire écho au paragraphe ci-dessus).

L’idée qu’un être suprême ait crée l’univers dans son intégralité peut en effet être tentante, mais figurez-vous que la religion n’a pas seulement pour rôle d’expliquer l’origine de toute chose : son objectif principal est d’ordre moral. Non seulement Dieu, Allah ou Yahvé est omniscient, mais il a également un rôle de juge : quiconque se comporte de façon exemplaire serait récompensé par une existence agréable au paradis après samort, tandis que les autres, les infidèles, hérétiques ou pécheurs, souffriront pour l’éternité en Enfer, un endroit chaud où l’on est sans cesse tourmenté – un peu comme le quartier dans lequel j’ai grandi, mais je m’égare. La religion devient ainsi toute une façon de vivre, faite de traditions : il faut manger du poisson tel jour chez les chrétiens, jeûner tel mois chez les musulmans, découper de la peau au bout de sa zigounette chez les juifs… les exemples ne manquent pas. Tout cela fait partie du folklore : on ne se pose pas la question de savoir si Dieu en a quelque chose à faire de notre régime alimentaire, on le fait, c’est comme ça.

Pour veiller à tout cela, la religion est chaperonnée par une institution à part entière, faite de prêtres, d'imams ou de rabbins selon la foi : ces derniers sont investis d'une mission divine et sont là pour faire le pont entre le croyant et le ciel. Chez les catholiques, cette institution est particulièrement importante (bien qu'elle le soit moins que par le passé), et est dirigée par le Pape, que j'ai déjà évoqué.

Toutefois, si la grande majorité des croyants, toutes confessions confondues, n’aspire qu’à vivre en paix, il existe pour chacune d’entre elle une importante communauté belliqueuse et vindicative qui n’hésite pas à se déclarer au-dessus des autres (c’est particulièrement vrai au sein de l’islam, où ces derniers sont les plus bruyants et décrédibilisent leurs pairs). La religion a beaucoup fait souffrir par le passé, et continue à faire souffrir encore aujourd’hui. D’ailleurs, curieux paradoxe, même les membres de religions censées être spirituelles et pacifiques peuvent se montrer excessivement violents, comme en témoignent les moines Birmans du mouvement bouddhiste 969 qui persécutent les musulmans.

En somme, le concept de religion sur Terre est immensément vaste, et même si je consacrais les deux prochains vahrüt à écrire sur ce sujet, je ne ferais qu’effleurer ce concept. Il paraît tentant de regarder la foi humaine d’un œil condescendant, car nous sommes quant à nous habitués à une vision beaucoup plus logique, scientifique, et ne pourrions jamais admettre la présence d’un dieu sans preuves tangibles ; mais chez les Terriens, la foi et la science sont loin d’être incompatibles (nombre de scientifiques étaient croyants). D’une façon caricaturale (et peu représentative du fonctionnement réel de l’anatomie humaine), on pourrait dire qu’ils suivent leur cœur tout autant que leur raison. Certains sont convaincus de l’existence de leur dieu, d’autres y croient faute de mieux, une partie a de sérieux doutes, et de plus en plus de personnes n’y croient pas du tout – jusqu’à parfois développer un sentiment hostile qui n’est pas plus sain que l’extrémisme religieux. Fictifs ou non, ces dieux ont eu une influence bien plus importante sur ce monde que n’importe quel être réel ayant véritablement foulé son sol, et c’est sans doute pour cette raison que la religion a toujours un si grand poids dans la société.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


12/08/2013
L’Attaque des Terriens IV – Des Fleuves de Sang Rouge

Bam ! Boum ! Badaboum ! Avachi sur l’écran de bord, Glärb joue à l’un des nombreux jeux-vidéo qu’il a amené loin de chez lui (pendant longtemps, il s’est retenu de s’adonner à une occupation aussi peu professionnelle, mais après tout, ça ne l’est pas plus que de faire la sieste au moment de rendre le rapport). Sorti au moment de la découverte de la race humaine, à une époque où l’on ne savait rien des petits hommes roses (la preuve, on ignorait qu’il y en avait d’autres couleurs) il se permet beaucoup de fantaisies, notamment sur une invasion de Krantavis par ces derniers. Il s’agit ainsi de repousser les envahisseurs en tirant sur des ennemis à l’anatomie peu réaliste (sérieusement… des tentacules ?!). Après s’être fait tuer pour la septième fois dans un passage ardu, l’observateur enragé quitte son jeu avant de constater avec surprise qu’il lui faudra bientôt écrire son rapport. Bah ! Autant s’y mettre tout de suite.

Vahrüt n°13. 5 Aout 2013 au 11 Aout 2013. Calendrier Terrien

Commençons par un nouveau scandale en France, et par « scandale », j’entends « une affaire anodine qui a pris des proportions démesurées ». J’ai déjà évoqué les critiques de l’opposition contre le gouvernement socialiste jugé trop laxiste ; ainsi pour les auteurs de ces reproches, les événements de cette semaine sont une bénédiction. Tout part de la décision du parquet de Chartres de relâcher trois délinquants arrêtés pour des faits mineurs (respectivement rébellion contre un policier, violence avec arme et non-exécution travaux d’intérêt général). Lorsque le commissariat de Dreux s’en est plaint par le biais d’un rapport, ensuite rendu public, l’affaire a fait des remous politiques et même au sein du gouvernement, les avis sont partagés : Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, soutient les policiers face à Christiane Taubira qui ne désavoue pas les magistrats. Leur décision a été influencée par une circulaire de la Garde des Sceaux datant de septembre 2012 indiquant qu’il fallait prendre compte de la surpopulation carcérale : de ce fait, parce que la prison de Chartres est pleine pour le moment, le procureur de la République a ordonné de reporter l’exécution de la peine jusqu’au 1er septembre, et je mets l’accent sur « reporter », car il ne s’agit en aucun cas d’une remise en liberté. Qui plus est, 80 000 à 100 000 peines sont reportées de la sorte chaque année. La procédure n’est pas rare, et ne date pas non plus d’hier, n’en déplaise à ceux qui hurlent au scandale et vers qui la ministre de la Justice rejette (peut-être de façon trop insistante) la responsabilité de la situation désastreuse des prisons françaises.

La semaine a également été ponctuée de rebondissements dans une affaire de disparition du côté de Perpignan dont le mystère s’éclaircit petit à petit, mais laborieusement. Marie-Josée Benitez et Alison Benitez, une mère et sa fille, sont disparues depuis le 14 juillet, soit bientôt un mois. Le mari, Francisco, un légionnaire en instance de divorce, avait signalé la disparition onze jours après et était le principal témoin dans l’affaire… du moins jusqu’à son suicide, le lundi 5 aout sur son lieu de travail. Il avait laissé plusieurs messages avant sa mort : une vidéo où il exprimait les larmes aux yeux son amour filial, ainsi que des emails à d’autres personnes. Ce n’est que dans les jours suivants que l’on a découvert que ce père aimant, sociable et impliqué dans les activités associatives, comme le présentent ses connaissances, avait déjà été entendu en novembre 2004 lors de la disparition de sa maîtresse Simone de Oliveira, qui présente bien des similitudes. Qu’il soit coupable ou non, l’affaire est des plus étranges, mais selon le principe de présomption d’innocence, il ne peut être considéré comme coupable tant qu’il n’y a pas de preuves solides, et ce même s’il est décédé.

Quittons le domaine criminel pour nous intéresser à une remarquable avancée scientifique : le 5 aout a été dégusté à Londres le premier « burger » réalisé de façon artificielle, en laboratoire. Son prix : 290 000€. Pour vous donner une idée, cela correspond à 12 500 yobz. Oui, c’est énorme. Pourtant, si de nombreux Terriens sont encore réticents à l’idée de manger de la viande faite à partir de cellules souche de bœuf, ils devront finir par s’y habituer, car l’élevage est excessivement gourmand (200 grammes de bœuf nécessitent 3500 litres d’eau, et 2/3 de la production mondiale de maïs sert à nourrir les élevages). Qui plus est, cette méthode réduit la production de méthane, propice à la pollution, et surtout : il pourrait s’agit d’une manière de nourrir les habitants d’une planète qui se retrouvera, un jour ou l’autre, surpeuplée (comme nous le fûmes avant le Grand Cataclysme). Le « Frankenburger », comme on l’appelle (d’après Frankenstein, le scientifique façonnant une créature artificielle dans le roman éponyme de Mary Shelley) provoque l’ire des éleveurs, déjà en difficulté croissante à cause des restrictions de l’Union Européenne. Cela dit, il y a encore du chemin à faire pour égaler nos promotions « 6 steaks de hôrbarv pour 50 centimes de Yobz ».

Vous ai-je déjà parlé du FMI ? Il me semble que oui, mais pour rappel, il s’agit du Fonds Monétaire International. Son rôle, selon son site officiel, est de « promouvoir la coopération monétaire internationale, de garantir la stabilité financière, de faciliter les échanges internationaux, de contribuer à un niveau élevé d’emploi, à la stabilité économique et de faire reculer la pauvreté ». De bien grands projets, donc. Cette institution dirigée par la française Christine Lagarde était jusqu’à il n’y a pas si longtemps le chantre de l’austérité, cette méthode miracle censée enrayer la crise avec des coupes budgétaires, qui n’a finalement servi qu’à la creuser un peu plus (ses promoteurs se sont d’ailleurs aperçu que l’étude qui en faisait l’éloge était erronée – de quoi plaire aux Grecs ruinés). Et alors que tout le monde s’était habitué à les voir sans cesse rappeler à l’ordre les États pas assez austères, voilà qu’ils créent la surprise en appelant à France à freiner sa réduction des dépenses afin de favoriser la reprise économique. Je ne sais ce qui est le plus surprenant : ce revirement dans la position traditionnellement adoptée par le FMI ; ou bien le fait que le président François Hollande puisse être perçu comme trop zélé.

Enfin, ce rapport va s’achever un peu de sport puisque cette semaine ont débuté les Mondiaux d’athlétisme à Moscou. Il ne faut pas se fier à la cérémonie d’ouverture plutôt médiocre, car il s’agit d’un événement sportif majeur (qui en outre sert d’échauffement aux Jeux Olympiques d’hiver à Sotchi, l’an prochain). Qu’est-ce que l’athlétisme, me demanderez-vous ? Eh bien il s’agit d’un terme désignant un large éventail de disciplines tels que la course, le saut, le lancer, ou encore la marche (une marche peu gracieuse, d'ailleurs). Mais on ne court pas avec une balle pour marquer des points, on court juste pour… courir ; et ce de différentes manières, car on ne court pas le 100 mètres de la même manière que le marathon (42 195 km, soit environ 422 fois plus longue). 100 mètres, c’est court, et les temps se situent aux alentours de dix secondes. Rendez-vous compte : des mois, des années de préparation pour dix petites secondes ! Voilà qui me rappelle ce que me disait ma cousine à propos de son ex-petit ami.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


18/08/2013
Sur Terre, fais comme font les Terriens

La tête posée sur son poing, Glärb s’attarde une fois de plus sur plusieurs sites d’information terriens. Voilà le douzième article sur le sujet qu’il trouve en à peine deux semaines et il lui semble, à bien y réfléchir, que cela dure depuis la fin du mois de juin. Il a cerné cette thématique sous de nombreux angles et commence à comprendre le concept qui se cache derrière cette notion. Depuis plusieurs jours, il n’a qu’une envie, et c’est d’en faire l’expérience. La partie délicate, ce sera de convaincre ses supérieurs. L’observateur prend son inspiration, clôt ses paupières quelques secondes et se lance à l’eau.

Vahrüt n°14. 12 Aout 2013 au 18 Aout 2013. Calendrier Terrien.

Ce rapport-ci, je le crains, sera court, très court. Non pas qu’il n’y ait rien à dire à propos de l’actualité ; loin de là (je reviendrai là-dessus un peu plus loin), mais il me faut expérimenter une chose que j’ai pu découvrir ces derniers temps chez les humains. Il s’agit de la notion de « vacances ». Il s’agit de faire une pause dans son travail en s’absentant quelques temps (certains voyagent, d’autres se prélassent…), l’idée est ainsi de s’éloigner des vicissitudes du labeur pour se détendre avant de revenir plus en forme que jamais. Nous n’en avons pas besoin sur Krantavis étant donné que nos conditions de travail sont aménagées pour ne pas être trop épuisantes, mais surtout parce que nous sommes bien moins sensibles au « stress », ce Mal invisible qui ravage l’esprit humain. Vous comprendrez donc aisément que pour mieux comprendre la race que j’ai pour vocation d’observer, il faut que je tente de me mettre à leur place, pour voir les choses de leur points de vue, en quelques sortes. Cela n’est en rien dû à une prétendue fainéantise, ou quoi que ce soit : vous n’êtes pas sans savoir que je suis incroyablement dévoué à mon travail et que je n’aspire qu’à une chose : servir mes pairs.

Je vais cependant m’efforcer de rapidement faire le tour des actualités de cette semaine afin que vous ne soyez pas perdu : en Égypte, où le Coup d’État qui a destitué Mohammed Morsi a crée de nombreux mécontents, l’aile dure et sécuritaire du gouvernement transitoire a réprimé dans le sang les manifestations, pacifiques ou violentes, des sympathisants des Frères Musulmans. Le vice-président et Prix Nobel de la Paix Mohamed El-Baradei a d’ailleurs démissionné pour protester contre cette politique qu’il ne soutient pas.

En France, le bras de fer se poursuit entre Manuel Valls et Christiane Taubira, non plus au sujet du faux-scandale de Chartres, mais en ce qui concerne la prochaine réforme pénale voulue par la Garde des Sceaux. Le ministre de l’Intérieur a envoyé une lettre de plainte au président de la République, que sa collègue n’a guère apprécié. Afin de calmer le jeu, tous deux ont fini par se montrer unis en refusant de parler de désaccord – mais personne n’est dupe.

Enfin, on notera également en France une affaire qui a fait grand bruit avant de bien se finir : l’athlète handicapé Philippe Croizon, qui avait traversé la Manche à la nage malgré l’amputation de ses quatre membres, s’est fait voler, le 11 aout, son fauteuil roulant conçu spécialement pour lui (d’une valeur de 24 000€). Le fauteuil a fini par être retrouvé intact par un chauffeur de bus sur un parking vide.

Sur ce, à moi les « vacances » terriennes !

Je vous recontacterai dans deux vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


02/09/2013
Sur le Pied de Guerre

C’est une bonne chose que les Mwandishi ne transpirent pas, car si tel était le cas, Glärb se serait déjà noyé sous ces moites excrétions. Attelé à la laborieuse rédaction d’un message d’excuse sur lequel il sue à grosses gouttes métaphoriques depuis maintenant plusieurs heures, il jure et rejure contre le cerveau farceur qui lui a donné l’idée de ces vacances malvenues. Non pas que le séjour qu’il a passé en bord de mer Terrienne lui ait été désagréable, mais la vue des cinq messages de ses supérieurs, plus furieux à chaque avertissement, avaient de quoi lui faire regretter son initiative peu avisée. Après avoir achevé une longue introduction expliquant qu’il ne recommencerait plus et qu’il serait désormais tout à fait sérieux, Glärb s’attèle à la rédaction du rapport à proprement parler.

Vahrüt n°15. 26 Aout 2013 au 1er Septembre 2013. Calendrier Terrien.

Par chance, l’actualité ne s’est pas faite foisonnante pendant mon absence – que je regrette malgré tout, soyez-en sûrs. En revanche, j’ai pu constater cette semaine un regain des tensions au niveau du conflit syrien. En effet, il semblerait que samedi dernier, le 21 aout, ait eu lieu une nouvelle attaque chimique dans la banlieue de Damas avec pour bilan au moins 1429 morts dont 426 enfants. La zone a ensuite été balayée par des bombardements d’artillerie d’origine gouvernementale, soucieuse d’effacer ses traces, ce qui laisse penser que le régime syrien en est responsable. Cette fois-ci, la réaction internationale ne s’est pas faite attendre puisque les États-Unis ont promis de punir le dictateur Bachar El-Assad pour cet affront aux droits de l’homme. L’ONU étant toujours aussi divisée, notamment en raison du soutien russe au pouvoir syrien, cette action militaire, si elle se fait, sera placée sous l’égide des États-Unis et de ses alliés, au premier rang desquels la France, qui a apporté son soutien malgré une opinion publique majoritairement défavorable à une intervention. Barrack Obama a décidé de faire voter le Parlement américain avant de lancer l’intervention, et l’opposition française souhaite qu’Hollande en fasse de même.

Outre-Manche, le « Prime Minister » britannique David Cameron a également fait voter le Parlement le 26 avec pour résultat le refus d’assister les États-Unis. Une décision que leur reprochent leurs alliés habituels, à qui ils avaient affiché un soutien indéfectible au cours de la Guerre en Irak, en 2003. Le Secrétaire d’État américain John Kerry a été jusqu’à leur infliger un camouflet en omettant de les mentionner dans la liste d’alliés potentiels qu’ils dressaient ; tandis que la France était décrite comme « le plus vieil allié des États-Unis », faisant référence à la Guerre d’Indépendance de 1775 à 1783 lorsque Louis XVI, à travers le général La Fayette, est venu leur porter assistance contre la couronne britannique. Si ce qualificatif est historiquement exact, il n’en est pas moins vexant pour les sujets de Sa Majesté – bien que Barrack Obama ait par la suite tenté de réparer les pots cassés en assurant son homologue que leur « relation spéciale » perdurait toujours. La France, quant à elle, est loin de sa situation d’il y a dix ans lorsque, suite au refus de Jacques Chirac de s’engager en Irak, s’est retrouvée la cible d’une quasi-propagande visant à la décrire comme une nation de froussards se rendant au moindre accroc. Les États-Unis, selon certains, ont changé de caniche servile, et la politique étrangère de François Hollande à cet égard ne diffère pas beaucoup de celle qu’adoptait Nicolas Sarkozy.

Ce dossier conséquent a rassemblé deux paragraphes de ce rapport à lui seul, mais il est temps de passer à d’autres sujets moins tendus. Cette semaine, et en particulier le 28 aout, les Terriens ont célébré un anniversaire, non pas d’une personne, mais d’un événement, ou plutôt un discours. Le 28 aout 1963 a eu lieu le célébrissime discours de Martin Luther King, pasteur noir qui a lutté pour la reconnaissance des droits des Afro-américains. Cette commémoration s’inscrit dans un contexte où ce souvenir est plein de sens, car il y a seulement un mois et demi, le 14 juillet, George Zimmerman a été acquitté pour le meurtre du jeune « black » Trayvon Martin qu’il avait pris pour un voyou en 2012. Voilà précisément le genre d’événement qui était absent du rêve que faisait le pasteur. Pour information, chez les humains la couleur de peau ne sert pas à distinguer les différents sexes, mais les ethnies. Chacune est originaire d’une région géographique qui au fil des âges a influé sur leur apparence physique. Dans de nombreux endroits, cette caractéristique est un facteur de discrimination raciale, et c'est justement ce contre quoi luttait Luther King.

Restons aux États-Unis. Je ne crois pas vous avoir parlé de Bradley Manning, ce soldat mécontent des agissements militaires de son pays qui a divulgué des informations confidentielles à Julian Assange, fondateur de Wikileaks. Considéré comme un traître au même titre que le désormais célèbre Edward Snowden, le soldat a été inculpé le 21 aout pour sa trahison et condamné à trente-cinq ans de prison (bien qu’il ait échappé à l’inculpation pour « collusion avec l’ennemi »). Pourquoi est-ce que je vous en parle si tout cela s’est déjà passé, vous demandez-vous sans doute ? Eh bien parce que « lanceur d’alerte » s’est lancé dans un nouveau combat : changer de sexe. Oui, les humains peuvent faire ça. Ce doit être drôlement pratique, même si le processus n’a pas l’air des plus faciles : il s’agirait semble-t-il de changer l’équilibre hormonal entre œstrogène et progestérone. En revanche, si vous avez bien suivi, vous devriez avoir compris qu’il n’avait pas besoin de changer sa couleur de peau (un célèbre chanteur l’a fait, mais pour des raisons tout à fait différentes). La décision ne date pas d’hier et « Chelsea » Manning souhaite d’ores et déjà qu’on se réfère à elle au féminin. La question qui se pose, à présent, est de savoir si celle-ci ira dans une prison pour femmes ou une prison pour hommes.

Enfin, il y a des sujets qui reviennent tous les ans à la même période : les journalistes les nomment « marronniers ». En ce début de septembre, on en trouve deux, dont le second fera l’objet d’un paragraphe dans le vahrüt prochain. Quant au premier, il s’agit de la braderie de Lille, la plus grande du monde. L’espace d’un week-end, la majeure partie de la ville se retrouve ainsi couverte d’étals amateurs proposant des objets de toutes sortes, de tous prix, attirant aussi bien le chaland lambda que l’antiquaire à l’œil expert. N’importe qui peut vendre ses biens en y fixant le prix qu’il veut, et il y a fort à parier que l’on puisse y trouver à peu près n’importe quoi en cherchant bien. Toutefois, la ville est si pleine qu’il en devient difficile d’y circuler en voiture – sauf si l’on force le passage à travers la foule. C’est cette solution alternative qu’a choisi une automobiliste ivre samedi 31, mais manque de chance pour elle : c’est illégal. Le bilan est de 23 blessés légers et une grosse frayeur pour beaucoup de monde.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.