Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type






Avril 2014

07/04/2014
Tournez Manèges

Finie… ? La guerre serait finie ?! Voilà le seul et unique renseignement qu’a daigné lui offrir sa hiérarchie. Quid des morts, des pertes, des dégâts ? Ils n’ont pas jugé bon de l’en informer. Mais Glärb doit garder la foi : l’armée Mwandishi est puissante, les victimes doivent être rares, les relais de communications semblent encore en excellent état et… et… pourquoi s’en préoccupe-t-il, au juste ? Tout s’est bien passé, il n’a aucune inquiétude à avoir. Pour la quarante-quatrième fois, l’observateur ouvre son logiciel extra-terrestre de traitement de texte.

Vahrüt n°44. 31 Mars 2014 au 6 Avril 2014. Calendrier Terrien.

À nouvelle année, nouveau gouvernement ! Enfin la nouvelle année est passée, mais ceci était une blague. Le 1er avril, les humains ont coutume de se raconter n'importe quoi. Je ne suis pas encore doué à ça. Bref. Suite au fiasco des élections municipales, le président François Hollande a semble-t-il compris qu’il était temps de changer de gouvernement pour satisfaire la masse populaire et mécontente. C’est ainsi l’ex-ministre de l’Intérieur Manuel Valls qui prend la place de Jean-Marc Ayrault à Matignon, en choisissant Bernard Cazeneuve comme successeur place Beauvau (qui avait lui-même remplacé Jérôme Cahuzac au Budget). Le Premier ministre à la droite de la gauche a opéré quelques changements notables, notamment avec deux nouveaux-venus : Ségolène Royal, l’ex-candidate de 2008 (mais jusque là écartée pour son passé avec le président qui lui aurait valu des accusations de népotisme) a été nommée à l’Écologie et François Rebsamen, maire de Dijon, devient ministre du Travail. Malgré l’orientation de M. Valls, plusieurs ministres plus à sa gauche prennent du galon, comme Arnaud Montebourg, du Redressement Productif à l’Économie ou Benoît Hamon, de l’Économie solidaire à l’Éducation et l’Enseignement supérieur, ou Najat Vallaud-Belkacem, qui après les droits des femmes, hérite du « ministère de Tout le Reste » (Droits des femmes, Sports, Ville et Jeunesse), mais abandonne son rôle de porte-parole du gouvernement à Stéphane Le Foll, qui reste à l’agriculture. Défiant les pronostics, Christiane Taubira reste ministre de la Justice, tout comme Laurent Fabius reste ministre des Affaires étrangères et Jean-Yves Le Drian reste à la Défense, ce qui dans ces deux cas n'est guère surprenant (bien que leur nom aient tous deux été proposés, un temps, pour mener le nouveau gouvernement). La ministre du Parti Radical de Gauche, Sylvia Pinel, passe de l’artisanat au Logement, mais les deux Verts – Cécile Duflot et Pascal Canfin – qui étaient respectivement ministres du Logement et du Développement ont refusé de rejoindre le gouvernement de M. Valls. Ce dernier est comparé à Matteo Renzi, le nouveau Président du Conseil italien qui, comme lui, est jeune, vif et « à gauche mais pas trop ».

Pendant ce temps, dans l’opposition, Nicolas Sarkozy est une fois de plus malmené : un article du Monde a en effet révélé mercredi que le chef de la Direction Centrale des Renseignements Intérieurs, Patrick Calvar, avait témoigné auprès de deux juges d’instructions en expliquant que l’ex-président lui avait téléphoné en juillet 2013 puis en janvier 2014. Il souhaitait connaître l’avancement de l’enquête portant sur le financement présumé de sa campagne présidentielle de 2007 par le dictateur libyen déchu Mouammar Kadhafi – dont la DCRI devait interroger l’intermédiaire, nommé Moftah Missouri. Malheureusement, personne n’a songé à avertir M. Sarkozy qu’à l’exception de son ami Bernard Squarcini, les chefs des renseignements sont peu enchantés à l’idée de révéler des informations au tout-venant. L’actuel directeur, nommé par le président en 2012, se serait montré « prudent » dans ses réponses, mais on ignore s’il lui a fourni les informations attendues. Tout au plus aura-t-il davantage persuadé l’UMP d’être victime d’un odieux complot.

De l’autre côté de l’océan, aux États-Unis, il est devenu obligatoire mercredi d’être couvert par une assurance maladie. Cette mesure, déjà présente dans de nombreux pays, a été une énorme épine dans le pied du président Barrack Obama : décriée par les Républicains qui rechignent à payer – avec leurs impôts – pour la santé de leurs pairs, elle a également été très mal mise en œuvre avec un site mal conçu qui a eu de nombreux problèmes. L’ « Obamacare » est ainsi devenue l’un des meilleurs arguments de la campagne de l’opposition. Mardi soir, à minuit, date d’échéance, on comptait 7,1 millions d’Américains assurés gratuitement, ce qui signifierait que 40 millions de personnes aptes à y souscrire ont préféré risquer une amende. Malgré tout, le chef d’État démocrate est confiant : l’objectif des 7 millions est atteint.

Traversons un nouvel océan pour sauter vers le Japon. Régulièrement pointé du doigt, le pays du Soleil Levant semble disposé à calmer ses ardeurs. Interdite depuis 1986, la pêche à la baleine y est, comme en Norvège et en Islande, malgré tout ancrée dans les mœurs, et le pays la poursuivait en prétextant prélever « à des fins scientifiques ». Par un curieux phénomène à ce jour inexpliqué, lesdits spécimens se retrouvaient en vente dans les marchés. Les baleiniers s’aventuraient jusque dans l’Océan Antarctique, où les accrochages avec les navires de Sea Shepherd, défenseurs des cétacés, n’étaient pas rares. Cette semaine, la Cour Internationale, saisie par l’Australie, a froncé les sourcils de façon suffisamment prononcée pour faire reculer le gouvernement conservateur nippon, qui a promis des efforts. Reste à savoir si ceux-ci suffiront, en particulier si les pêcheurs poursuivent clandestinement – ou non – leurs activités.

Allez, retour en France. Jeudi soir a eu lieu un grand événement : Sylvie Maligorne a pris sa retraite. Apparemment, cette ancienne chef du service politique de l’Agence France Presse est extrêmement populaire. Comment expliquer, sinon, qu’on ait vu le président François Hollande, le Premier ministre Manuel Valls, les ex-ministres UMP Valérie Pécresse, Jean-Louis Debré et Christian Jacob ou encore le leader du Parti de Gauche Jean-Luc Mélenchon et celui du Parti Communiste Pierre Laurent ? Tout ce petit monde s’est retrouvé à boire un verre entre deux poignées de cacahuètes grillées. S’agissant d’une fête privée, l’agence de presse a passé l’information sous silence, ce qui lui donne un petit aspect secret qui n’est pas des plus sains. La chef du Front National Marine Le Pen ne manquera pas de railler la connivence des partis et du système « UMPS », mais c’est probablement parce qu’elle est vexée de n’avoir pas été invitée.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


14/04/2014
Le Cœur à Vif

Ses cœurs battent frénétiquement lorsque Glärb entrevoit le titre du message tout juste reçu : « À propos de la guerre ». Il prend une bouffée d’air, puis clique. « Le secret-défense venant d’être levé, nous pouvons à présent vous informer de la situation. Après un assaut-éclair sur Ulbal, qui a tué plusieurs dizaines de milliers de colons, les Jaakens ont été mis en déroute après trois vahrüt et demi. Notre armée est actuellement en train de les poursuivre jusqu’aux portes de leur empire. » Par bonheur, aucun de ses proches ou amis ne se trouvait, à sa connaissance, sur la première colonie Mwandishi de l’histoire. Les pertes sont malgré tout conséquentes, et l’heure n’est pas aux réjouissances. En réalité, l’heure est avant tout à la rédaction de rapport.

Vahrüt n°45. 7 Avril 2014 au 13 Avril 2014. Calendrier Terrien.

Comme vous le savez, Manuel Valls est le nouveau chef du gouvernement français. Dans le traditionnel discours sur la politique générale très attendu mardi 8, il a exposé ses objectifs, notamment les pactes de responsabilité et de solidarité, la poursuite de la transition énergétique (malgré le départ des ministres Verts) ; ou un assouplissement de la réforme des rythmes scolaires. Ce qui a toutefois provoqué un séisme au sein d’une partie de la classe politique, c’est sa volonté de diviser par deux le nombre de régions et supprimé les départements pour réduire le « millefeuille territorial ». Cette mesure, qui était déjà en projet sous le gouvernement d’Edouard Balladur de 1993 à 1995, est régulièrement mise sur le tapis avant d’être abandonnée car difficile à mettre en œuvre. La réduction des régions se ferait d’ici à 2017, puis la suppression des conseils départementaux « à l’horizon 2021 ». Le premier ministre a ainsi reçu le vote de confiance du Parlement, à 306 voix contre 239. De plus les secrétaires d’État ont également été annoncés : on note plusieurs changements, comme Fleur Pellerin, qui était appréciée à l’Économie numérique, passant au Commerce extérieur. Mais surtout, parmi les nouveaux-venus, outre Jean-Marie Le Guen, Thierry Braillard, Axelle Lemaire (respectivement désignés aux relations au Parlement, aux Sports et au Numérique) et bien d’autres, c’est l’entrée au gouvernement, aux Affaires européennes d’Harlem Désir qui a crée la polémique. Le secrétaire général du Parti Socialiste, ancien président de SOS Racisme, est régulièrement pointé du doigt pour son inefficacité et tient une partie de la responsabilité dans l’échec du PS aux élections municipales, ce qui fait évoquer au député Pascal Terrace une « prime au mauvais ». Maintenant, il ne reste plus qu’à savoir qui le remplacera à la tête du Parti Socialiste.

Puisque je parlais d’élections, ce mois-ci est décidément riche en scrutins. Outre la France et la Turquie que j’ai évoqué ou le Salvador et sans doute d’autres que j’ai tu, beaucoup de Terriens ont voté dimanche dernier. En Indonésie, le parti d’opposition de Joko Widodo a gagné un grand nombre de sièges au Parlement ; en Hongrie, le président Viktor Orban et son parti Fidesz ont remporté les législatives malgré une poussée du parti extrémiste Jobbik, que le pouvoir a aidé en s’excentrant vers la droite. Mais ce sont deux autres pays ayant voté aux présidentielles qui nous intéressent. Au Costa Rica, le président sortant Johnny Araya s’est désisté dans l’entre-deux tour en voyant l’immense écart des intentions de vote qui le donnait perdant. C’est ainsi le candidat centriste Luis Guillermo Solis du parti Action Citoyenne, qu’aucun sondage n’avait prédit vainqueur il y a quelques mois, qui l’a unanimement remporté. Ce second tour manquant cruellement de suspens fait tâche d’huile dans un pays d’Amérique centrale souvent vanté comme un exemple de démocratie. À l’autre bout du monde, on trouve un tout autre modèle : l’Afghanistan. Ce pays pauvre miné par le terrorisme a voté le 1er tour dimanche 6 avril, et s’il y a une chose que les premiers dépouillements ont pu révéler, c’est que les électeurs étaient nombreux : la participation était de 60% (dont 35% de femmes) malgré les menaces d’attentats et les risques de fraude (en France, au premier tour des présidentielles 2012, il était de 78%, avec comme seul danger de se casser une jambe en sortant de l’isoloir). Le président élu aura fort à faire : les troupes américaines, stationnées depuis 2001, sont peu à peu en train de quitter le territoire, et le président sortant Hamid Karzaï a entamé des négociations avec les talibans. Et comme les humains aiment les élections, ce sera bien le tour des scrutins algérien, indien, ou encore européen.

Après ce petit tour du monde, revenons en France, où l’un des volets d’une vieille affaire vient de s’achever. En octobre 1977 disparaissait Agnès Le Roux, héritière du Palais de la Méditerranée, un casino niçois. Son amant de l’époque, (Jean-)Maurice Agnelet, qui a transféré l’argent de la disparue sur un compte en Suisse, est placé en garde à vue puis libéré lorsque son autre maîtresse affirme qu’il était avec elle en Suisse au moment des faits. Jugé en 1983, il bénéficie d’un non-lieu. Ce n’est qu’en 1999, que ladite maîtresse avoue avoir menti : Agnelet comparaît devant le tribunal des Alpes-Maritimes en 2006 puis est acquitté, mais le ministère public fait appel et l’année suivante, au tribunal d’Aix-en-Provence, il est condamné à 20 ans de prison. Il se pourvoit en cassation, mais la peine reste intacte ; donc il saisit en 2009 la Cour européenne des droits de l’homme, qui quatre ans plus tard condamne la France et ordonne un 3e procès. C’est ce dernier qui s’est ouvert le mardi 18 mars. On y notera par exemple l’aveu, lundi 7, de Guillaume Agnelet, se disant le confident de son père, qui a affirmé la culpabilité de celui-ci. Le dernier jour du procès, vendredi 11 avril, l’accusé a également souhaité « demander pardon à la famille Le Roux ». Il a été condamné à 20 ans de prison (dont il a purgé 5 années) et compte bien se pourvoir en cassation, ce qui laisserait présager un quatrième procès.

Cette semaine a également été l’occasion pour bon nombre de Terriens connectés à Internet de paniquer suite aux révélations sur ce qui a été nommé « Heartbleed » par ceux qui l'ont découvert, une équipe de sécurité Google et la société finlandaise Codenomicon. Il ne s’agit nullement d’un virus ou d’une attaque informatique, mais d’une faille dans le référentiel OpenSSL qui aurait été causée par inadvertance par un codeur bénévole allemand lors d’une correction de bugs. Le problème majeur de cette faille est qu’elle permet à des pirates expérimentés de voler des données sans laisser la moindre trace, et l’une des données les plus prisées des hackers, ce sont les mots de passe des utilisateurs. C’est pour cette raison que de nombreux sites comme Google, Yahoo, Facebook, Twitter ou Instagram, sitôt la faille corrigée, ont appelé leurs utilisateurs à changer de mot de passe, au cas où le précédent aurait été volé. La NSA, la fameuse agence américaine responsable des écoutes dans le monde entier, a par ailleurs été accusée par Bloomberg d’en avoir profité pour mener ses activités sans informer le public de cette faille. Ce qu’elle a, sans surprise, nié.

Je conclurai ce rapport avec un fait qui m’intrigue au plus haut point : le chinois Liang Kegang est parvenu à vendre aux enchères à Pékin un pot rempli d’air à Pékin pour 5 250 yuans, soit 609 euros. Cet oxygène de luxe enfermé dans un pot de confiture était français, originaire du village de Forcalquier, en Provence. Le phénomène n’est pour l’instant que marginal, mais au vu de l’important filon économique à exploiter, je peux, sans être économiste, prévoir l’apparition progressive d’entreprises spécialisées dans le commerce de l’air et des associations de malfaiteurs spécialisées dans le trafic d’oxygène. Ou bien peut-être cela avait-t-il à voir avec la pollution chinoise, la valeur de l’air pur, et le métier d’artiste de M. Kegang, je ne sais pas vraiment. Dix mois et demi après mon arrivée, les humains n’ont pas fini de me rendre perplexe.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


21/04/2014
La Nuit du Président Vivant

Aujourd’hui, chose inhabituelle, Glärb a reçu un message d’un autre destinataire que ses supérieurs : son frère Gelaps. Il y relate la guerre contre les Jaakens du point de vue de sa famille. Difficile de ne pas se remémorer le traumatisme des terroristes de Bligem et l’attaque chimique sur Halöbgha qui leur a pris leur sœur. Cette fois-ci, tous sont saufs, mais l’évacuation dans les abris, par mesure de précaution, n’a pas été de tout repos. Son petit frère lui pose de nombreuses questions sur la Terre et ses habitants avec cette naïveté qui caractérise ceux qui n’ont aucune idée de ce dont ils parlent. Non, il n’a encore vu aucun tentacule, les humains ne mangent pas le béton et leur sang est rouge quelque soit leur ethnie et leur rang social. Après avoir répondu, un sourire niais aux lèvres, à ces interrogations, le seul Mwandishi à réellement connaître les terriens se met au travail.

Vahrüt n°46. 14 Avril 2014 au 20 Avril 2014. Calendrier Terrien.

Si l’ombre de la guerre s’éloigne de notre Krantavis, elle s’étend toujours plus sur l’Ukraine, sur Terre. L’appétit de Vladimir Poutine ne se limite pas à la Crimée, qu’il a annexée voilà plusieurs semaines. C’est, depuis une semaine, sur l’Est pro-russe (plus riche que l’Ouest) de son voisin que ses yeux sont tournés. Comme sur la péninsule, des soldats sans insignes, mais étrangement bien entraînés et armés se sont retrouvés – perdus, probablement – au sein de villes comme Louviantsk ou Donetsk. Les habitants, en faveur d’une union avec la Russie, ou plus simplement une fédéralisation qui leur permettrait de se rapprocher de l’ami Poutine, se sont joints à eux et dans le cas de cette dernière ville, ont proclamé la « République de Donetsk ». Les autorités de Kiev, elles, sont face à un dilemme : laisser le pays se désagréger ou réprimer les insurgés en donnant raison aux séparatistes qui honnissent le « gouvernement nazi et bandériste ». Leur « opération antiterroriste » a pendant plusieurs jours consisté à faire la sieste dans les bois et à se faire voler des chars d’assauts par les milices pro-russes. Une fusillade a toutefois éclaté à Slaviansk le 20 avril ; avec un bilan de 1 mort et 3 blessés pour Kiev contre 4 morts dont 3 insurgés à Moscou. Quelques soient les pertes, le résultat a été le couvre-feu imposé par le maire autoproclamé de la ville. En tout cas, les élections présidentielles du 25 mai (qui légitimeraient le nouveau gouvernement) paraissent bien compromises.

Si ce sont des centaines de morts que l’on cherche, ce n’est pas encore en Europe de l’Est qu’il faut regarder, mais malheureusement en Asie, et plus particulièrement en Corée du Sud. Le Sewol, un ferry transportant majoritairement des lycéens de l’école Danwon à l’île de Jindo, près de la côte Sud-ouest, a chaviré le 16 avril après avoir – pense-t-on – heurté le fond marin. Des 476 passagers, les secours tardifs n'ont pu sauver que 174 personnes. 64 corps ont été retrouvés jusqu’ici, ce qui signifie que 238 autres sont toujours portés disparus. La présidente conservatrice Geun Park-hye s’est dite bouleversée et a publiquement accusé l’équipage du navire, dont l’attitude n’est pas sans rappeler le naufrage du Costa Concordia en Italie, en janvier 2012. En effet, non seulement le chef de l’équipage Lee Joon-seok a demandé aux passagers de ne pas bouger pendant quarante minutes pendant que le bateau sombrait, mais qui plus est, il a ensuite fui l’épave en laissant les lycéens se débrouiller. Il a été arrêté, comme d’autres de ses collègues, pour négligence et carence dans la sécurité des passagers.

Pendant ce temps, en Afrique, se jouait une nouvelle forme d’élections. Là où dans certains pays, fraude oblige, les morts donnent leur voix à un vivant ; en Algérie les vivants donnaient la leur à un mort en devenir. Certes, nous sommes tous des morts en devenir, mais Abdelaziz Bouteflika paraît particulièrement peu disposé à mener son quatrième mandat à son terme. Le chef du FLN, qui avait modifié la Constitution en 2008 pour briguer un troisième mandat, est en bien piètre santé et n’en est pas à sa première hospitalisation d’urgence en France. Les Algériens n'avaient plus vu leur président pendant 80 jours jusqu’en juillet 2013, et ses absences n’ont pas cessé après cela. Lorsqu’il a été en état de s’exprimer, tout au plus l'a-t-il fait d’une voix faible à la radio, assurant que c’était pour répondre aux attentes de son peuple qu’il repartait en lice. Faute de concurrents de poids et aidé par le boycott d’Algériens aussi furieux qu’impuissants, il a été réélu sans surprise avec 81,53% des voix (Ali Benflis est arrivé deuxième avec 12,18% des voix). Si l’opposition n’a cessé de crier à la fraude, il y a peu de chances que cela ait été indispensable à la victoire du président. La participation n’était que de 51,7% (contre 74% en 2009). Le plus important est probablement de savoir quel homme politique sera amené à le remplacer en cas de décès.

Un peu plus à l’Est, en Syrie, quatre journalistes français otages du groupe terroriste État Islamique en Irak et au Levant ont retrouvé leur liberté et ont pu regagner la France dimanche 20 avril au petit matin. Édouard Elias, Didier François, Nicolas Hénin et Pierre Torres, détenus jusqu'à 10 mois et demi, sont peu à peu sortis de leur silence. L'un d'eux a commencé à raconter les conditions de sa détention : dangereusement proches des combats, en sous-sols, menottés ils subissaient des simulations d’exécution, « pistolets posés sur la tempe », ne pouvaient se laver pendant plusieurs mois, étaient régulièrement déplacés, etc. Le groupe EIIL est réputé pour être très radical, tellement d’ailleurs que les autres groupes rebelles hostiles au régime de Bachar El-Assad se sont ligués contre lui pour que ses exactions cessent. Le président français François Hollande a assuré que « l’État ne paie pas de rançon » ; qu’il mente ou non, il serait difficile de le prouver, et encore plus difficile de lui en vouloir de dissimuler les efforts des services de renseignements français.

Restons en France pour une dernière information, qui traite d’Aquilino Morelle, le conseiller de François Hollante ; ou du moins l'était-il jusqu’à sa démission le vendredi 18 suite aux révélations de Mediapart. Le site d’information d’Edwy Plenel a enquêté sur un possible conflit d’intérêts lorsque M. Morelle était en poste à l’IGAS, chargé des affaires sanitaires et sociales. En effet, il n'aurait pas demandé l’autorisation de l’Inspection générale des affaires sociales avant de prodiguer ses conseils à un (ou plusieurs ?) laboratoire(s) pharmaceutique(s). Selon Mediapart, il a effectué une mission de consultant pour le laboratoire danois Lundbeck. Un contrôleur conseillant les sociétés qu’il est censé contrôler, voilà l’une des définitions possibles du conflit d’intérêts. À l’Élysée depuis deux ans, M. Morelle était resté en retrait jusqu’au départ de la compagne du chef de l’État Valérie Trierweiller en janvier puis à la démission de l’ex-Premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui tous deux ne le portaient pas dans leur cœur. Grand ami du nouveau chef du gouvernement Manuel Valls, il dénonce, comme ses proches, une attaque qui le cible juste au moment où il prend du pouvoir. Malgré trois tentatives ratées, cet énarque de 51 ans n’avait aucun mandat électif. Et ce n'est plus maintenant qu'il risque d'en avoir.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


28/04/2014
Difficiles Réconciliations

Après ces temps troublés d’incertitude, voilà Glärb revenu à sa routine. La guerre chez lui est finie et sa seule inquiétude, à présent, est de savoir comment compléter intégralement le jeu vidéo qu’il a dérobé voilà des mois. Il persévère, mais perd son sang-froid, à la recherche de nouvelles choses à faire pour que ce 99% de complétion se transforme en 100%. Il arrête, vexé. Il valait mieux cesser son loisir, de toute manière. Les médias terriens scandent que jouer à Grand Theft Auto transforme les gens en brutes sanguinaires, alors c'est sûrement vrai. Écrire un rapport, en revanche, ça n’a jamais rendu personne fou. Lassé, peut-être, mais pas fou.

Vahrüt n°47. 21 Avril 2014 au 27 Avril 2014. Calendrier Terrien.

Passons, pour une fois, sur l’Ukraine où des premiers morts séparatistes sont à dénombrer. C’est en Palestine que je veux commencer ce rapport. Si le pays n’est pas reconnu par une bonne partie de la communauté internationale, son voisin et occupant Israël en tête, elle n’en a pas une existence concrète. Les tiraillements entre le Hamas, groupe terroriste armé et l’OLP – Organisation de Libération de la Palestine, entité politique visant à la reconnaissance de la nation, sont peut-être en voie de se dissiper après sept ans de conflits avec l’accord qui a été signé cette semaine. Celui-ci prévoit entre autre la formation d’un gouvernement d’union conciliant les deux entités, avec une élection organisée dans les six mois qui viennent. Ce gouvernement sera mené par Mahmoud Abbas, actuel président de l’Autorité Palestinienne. Inutile de dire que l’extrême-droite israélienne au pouvoir n’est pas des plus réjouies de voir son voisin uni. Benyamin Netanyahou a ainsi déclaré « Le cabinet a décidé à l'unanimité que le gouvernement israélien ne négociera pas avec un gouvernement palestinien s'appuyant sur le Hamas, une organisation terroriste qui appelle à la destruction d'Israël ». Une paix dont lui-même n’est pas un farouche partisan, comme en témoignent les efforts stériles du secrétaire d’État américain John Kerry, qui s’échine depuis des mois à réconcilier juifs et arabes.

Et puisque l’on parle d’Américains débarquant au milieu de tensions entre voisins, parlons de la tournée de Barack Obama en Asie, le « pivot mondial » de sa diplomatie depuis qu’il a quitté le Moyen-Orient. L’ambiance, dans cette région du monde, est explosive. La Chine croît toujours plus et renforce son armée, tandis que le nationalisme s’exacerbe en Corée du Sud. Les deux pays, théoriquement ennemis, sont pourtant unis par un puissant ressentiment à l’égard du Japon, dont le gouvernement conservateur de Shinzo Abe s’est découvert une passion pour le négationnisme concernant les atrocités commises au cours la Seconde guerre mondiale. Ainsi, mardi 22, la veille de la visite du président américain, 150 parlementaires, dont le ministre des Affaires étrangères Yoshitaka Shindo, se sont rendus au sanctuaire shintoïste de Yakusuni pour honorer la mémoire des 2,5 millions d’anciens combattants, parmi lesquels 14 criminels de guerre. Le sujet n’a pas été mentionné par l’Américain en chef, qui a tenu à éviter les remous. Tout au plus a-t-il réaffirmé que les îles Senkaku (Diaoyu en chinois) appartenaient au Japon et non à la Chine. Puis il s’est envolé vers la Corée du Sud le 25 (en se faisant au passage traiter par son turbulent voisin du nord de « maquereau » de la présidente « prostituée » Park Geun-hye). À ces visites se succèderont la Malaisie et les Philippines, mais pas l’incontournable Empire du Milieu.

Braquons maintenant le regard vers l’Europe, et plus particulièrement le plus petit État au monde : le Vatican. Le pays papal vient de fêter le « Dimanche des Quatre Papes ». En effet, quatre souverains pontifes passés ou présent, deux morts et deux vivants, étaient présent pour cette double-canonisation : Jean XXIII (Pape de 1958 à 1963) et Jean-Paul II (Pape de 1978 à 2005) sont devenus des Saints, un statut plutôt envié dans les religions terriennes, et a fortiori chez les catholiques (mais qui nécessite d’avoir œuvré pour le bien et effectué un ou deux miracles, ce qui réduit drastiquement le nombre de CV recevables pour ce poste). Le Pape François, accompagné de son prédécesseur Benoît XVI, a présidé cette célébration qui n’a presque rien coûté au Vatican : les dons des entreprises et des riches particuliers ont permis à l’Église de n’avoir à débourser que 500 000 euros. Une bonne affaire, surtout au vu des recettes engendrées par les millions de fidèles qui n’ont pas voulu rater l’événement. La voilà, la solution-miracle pour renflouer les caisses de la première religion au monde.

À deux pas de là, la Corse fait à nouveau parler d’elle. Cette belle île est une destination prisée des touristes, y compris les riches qui ont les moyens de s’offrir une maison de campagne. Sauf que le plaisir d’habiter quelques semaines par an une petit villa a des conséquences fâcheuses sur la spéculation, et il en résulte une hausse des prix immobiliers qui pousse à la rue les autochtones qui n’ont pas les moyens de suivre. Réflexe d’autodéfense : l’Assemblée de Corse a voté une loi n’autorisant la propriété qu’à ceux qui sont capables de justifier un statut de résident pendant cinq ans. Difficile de ne pas y voir une volonté d’exclusion des étrangers – même les Français étant perçus comme tels. La mesure a de toute manière aucune chance d’aboutir, car elle est considérée comme anticonstitutionnelle. Ainsi, selon Didier Maus, expert en droit constitutionnel, « Il y a une rupture de l'égalité des Français devant l'accès à la propriété qui est contraire à la Constitution ».

Pendant ce temps, sur le continent, les maires du Front National récemment élus font déjà parler d’eux. Le plus médiatisé, Steeve Briois, avait déjà attiré les projecteurs au début d’avril en expulsant la Ligue des Droits de l’Homme d’Hénin-Beaumont, trop politisée pour mériter la gratuité de son local. Mais cette semaine a aussi été chargée. Ainsi Franck Briffaut, à Villers-Cotterêts, a souhaité en finir avec le sentiment d’ « auto-culpabilisation permanente » qui accompagne la commémoration de l’abolition de l’esclavage, et a donc refusé la participation de la mairie. À Mantes-la-Ville, Cyril Nauth n’a guère envie de vendre à l’Association des Musulmans de Mantes-Sud la nouvelle salle de prière qu’ils réclament depuis 15 ans et qu’ils avaient obtenue de la précédente mairie. En stoppant le projet initié par le précédent maire, il s’expose à devoir verser des dommages et intérêts, mais après tout, « pour respecter l'électorat mantevillois, on est prêts à payer cette somme, qui ne sera pas indécente, je pense ». Un peu plus au sud, deux maires ont été frappés d’amnésie en ce qui concerne l’éthique irréprochable de leur parti et les leçons scandées du temps de la campagne : à peine assis dans le confortable siège de maires respectifs de Luc et Cogolin dans le Var, Philippe de la Grande et Marc-Étienne Lansade ont entrepris d’augmenter leurs indemnités de 15%. Un complot de l’UMPS, assurément.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.