Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type






Avril 2015

07/04/2015
Une Alternance

Une fois n’est pas coutume, ce matin Glärb a surpris son jeune camarade devant autre chose qu’un film. Mieux, il s’apprêtait à écrire son rapport. L’observateur, l’espace d’un instant, a cru rêver : alors que Boglib d’ordinaire passe sa vie suspendu à son écran, voilà qu’il se met réellement au travail ; et se paie même le luxe de faire celui qui est dévolu à son aîné. Non pas que Glärb s’en plaigne. Interrogé là-dessus, Boglib se contente de hausser les épaules, expliquant qu’il ne savait pas quoi faire. Tout au plus Glärb s'assure-t-il que son style d’écriture soit similaire au sien, puis retourne se coucher en sifflotant.

Vahrüt n°85. 30 Mars 2015 au 5 Avril 2015. Calendrier Terrien.

Nous rêvons tous deux d’un vahrüt où il n’y aurait aucune tragédie à déplorer, mais il semblerait que depuis plusieurs semaines, le mauvais sort s’acharne contre les Terriens. Un attentat terroriste a frappé jeudi l'université de Garissa, au Kenya. Cette fois-ci, c’est le groupe islamiste somalien des Al-Chabab qui a sévi, massacrant 148 étudiants sur le campus et blessant 79 autres. Un commando de quelques combattants n’a eu aucun mal à tuer les deux gardes et à pénétrer dans l’établissement. Ils ont d’abord tiré sans distinction, puis se sont mis à exécuter en priorité les chrétiens en fonction de leurs habits. Selon les témoins, l’un d’eux aurait même crié « Nous ne craignons pas la mort, cela va être de bonnes vacances de Pâques pour nous ». Les forces de sécurité ne sont intervenues que dix heures après les faits, tuant quatre hommes armés. Un cinquième aurait été arrêté en tentant de s’enfuir. Les Al-Chabab s’étaient déjà faits connaître par l’attaque d’un centre commercial à Nairobi, capitale kényane, qui avait fait 68 morts. Ce groupe affilié à Al-Qaïda a revendiqué et justifié l’attaque en arguant que le Kenya était en guerre contre la Somalie . Trois jours de deuil national ont été décrétés par le président Uhuru Kenyatta.

Le groupe Al-Chabab a ravi la place dans les médias à un autre groupe terroriste dont la disparition ne semble plus si illusoire. Depuis que la campagne électorale nigériane a été repoussée d’un mois et que le président sortant Goodluck Jonathan a découvert qu’il n’était pas en position favorable, les efforts de guerre contre Boko Haram ont été intensifiés. Combattu conjointement par le Nigéria, le Tchad, le Niger et le Cameroun, la secte d’Aboubakar Shekau perd du terrain. Preuve de leur affaiblissement : le 28 mars, les 70 000 électeurs Nigérians ont pu voter aux présidentielles malgré des violences. Le président Jonathan, chrétien du Sud du pays, affrontait Muhammadi Buhari, musulmans du Nord du pays (Boko Haram sévit dans le Nord-Est). Ce militaire autoritaire qui a été au pouvoir pendant un an et demi de 1984 à 1985 et depuis converti à l’islam avait axé sa compagne sur la lutte contre Boko Haram et contre la corruption record du gouvernement de son rival. Il a finalement gagné en obtenant 53,9% des voix. Chose remarquable : le président sortant l’a appelé pour le féliciter, officialisant ainsi sa défaite. On est loin des violences post-électorales qui avaient marqué les présidentielles de 2010, faisant plus d’un millier de morts. La route est longue, mais le Nigéria, première économie d’Afrique, semble marcher dans la bonne direction malgré des pas hésitants.

Quittons à présent l’Afrique pour nous diriger en France. Dimanche soir, cela faisait 18 jours que durait la grogne à Radio France, un record pour l’audiovisuel public. À l’origine motivées par la menace de licenciements, les grèves se sont intensifiées avec les révélations du Canard enchaîné sur les somptueux (et très coûteux) travaux pour le bureau de Mathieu Gallet qui ont mis le feu aux poudres : 105 000 euros sur les frais de l’entreprise. Ce jeunot de 38 ans, ancien directeur de cabinet adjoint de Frédéric Mitterrand n’en est pas à sa première facture salée, puisque son bureau avait fait l’objet de travaux similaires lorsqu’il était directeur de l’INA. Mais ce fait a surtout servi de catalyseur car les revendications des salariés mobilisés par cinq syndicats sont nombreuses : l’entreprise est en délicate situation financière et les salariés craignent que les économies se fassent sur leur dos ; le Contrat d’Objectifs et de Moyens (COM), en négociation entre la direction de Radio France et l’État français, cristallise ces craintes. À cela s’ajoutent les révélations sur le train de vie de M. Gallet. Par ailleurs, un récent rapport de la Cour des comptes proposait de fusionner les rédactions de France Info (100 journalistes), de France Inter (140 journalistes) et de France Culture (40 journalistes), une initiative qui ne plaît ni aux syndicats, ni au directeur. Plusieurs négociations ont déjà été menées entre les syndicats et l’institution publique. Toutes des échecs, jusqu’à présent.

Enfin, je dois vous parler d’une étrange créature terrienne qu’il nous a été donné de découvrir à travers un article anthropologique du Figaro Madame. En effet, nous connaissions de nombreuses espèces d’humains, comme les humains blancs les humains non-blancs, les humains en fauteuil roulant et les végétaliens. Cet article scientifique nous a permis de découvrir l’existence des stagiaires. Il s’agit là d’une espèce plus commune que nous ne l’aurions cru : ils se distinguent selon la journaliste-anthropologue par leur flegme, leur fainéantise, leurs ambitions démesurées et leur jeunesse. Cet article sur le « monstre de la génération Y » (il ressemble pourtant à ses congénères, preuve que les humains eux-mêmes se trouvent un air vaguement monstrueux) n’a pourtant pas été apprécié par le reste de la communauté scientifique – ou de la communauté tout court. Face à la levée de boucliers, l’auteure de l’article a défendu « le ton de l’article [qui] se voulait décalé, humoristique, et caricatural sur le personnage en question ». Pas sûr que cela convainque le lobby des stagiaires, qui prépare déjà sa monstrueuse revanche.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


14/04/2015
Un Rapport 100% Français

Cette fois encore, Boglib s’est proposé d’office pour écrire le rapport à la place de son compagnon. L’hésitation était plus longue encore que la fois précédente, mais Glärb a fini par accepter. Ce n’est pas si mal que cela, se dit-il en s’asseyant sur son fauteuil, d’avoir quelques vacances. Plutôt que de passer plusieurs heures sur ce long et fastidieux texte, l’aîné des deux observateurs entreprend de lire un livre Terrien qu’il a ramené d’un lointain voyage et n’avait jamais eu le temps de lire. Des vacances, quel bonheur ! Du coin de l’œil, il vérifia tout de même que Boglib s’attelait à la tâche.

Vahrüt n°86. 6 Avril 2015 au 12 Avril 2015. Calendrier Terrien.

Ce vahrüt, l’État Islamique a de nouveau fait parler de lui en Occident. Pas pour un attentat dévastateur, mais pour une attaque sans morts ni blessés qui n’en est pas moins glaçante. Dans la nuit de mercredi à jeudi, la chaîne de télévision française TV5 Monde a cessé d’émettre, victime d’une attaque pirate préparée de longue date. Le site du média ainsi que ses pages Facebook et Twitter ont également été touchées, mais le lendemain matin, l’antenne était toujours suspendue. L’attaque vient de « Cyber Caliphate », qui selon les experts n’est pas tant un groupe mais une mouvance apparemment liée à Daech. Le plus inquiétant dans ce piratage, c’est qu’il s’agit du premier fait d’aussi grande envergure : le groupe qui en est à l’origine peut frapper n’importe où dans le monde, et empêcher une télévision mondiale d’émettre pendant presque une journée, c’est une prouesse bien plus importante qu’on ne le croirait. Les Français connaissent peu la chaîne TV5 Monde, mais il s’agit d’une chaîne internationale vue chaque semaine par 55 millions de téléspectateurs, notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. En tant qu'atout culturel français à l’étranger, il s’agit d’une cible symbolique.

L’autre grande surprise de la semaine, c’est le suicide très médiatique de Jean Germain. L’ancien maire social-démocrate de Tours de 1995 à 2014, adepte du compromis, devait comparaître mardi 7 dans l’affaire des « mariages chinois », mais s’est donné la mort le matin même. À l’origine de cette affaire, une tentative de Germain pour relancer le tourisme en Touraine : il organise des « noces romantiques » pour séduire le marché chinois. Visite de châteaux, dégustation de vins, shoppings dans des magasins de luxe… et bien sûr le renouvellement de mariages déjà contractés en Chine. Au total, 2 000 couples chinois en ont profité. Sauf que l’affaire n’est pas tout à fait transparente : Lise Han, responsable des relations France-Chine dans son cabinet, organisait ces noces à travers la société Time-Lotus-Bleu, qui n’était autre que son ancienne entreprise. Un conflit d’intérêts qui a remonté jusqu’au maire, poursuivi pour « complicité de prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics ». Jean Germain avait toujours clamé son innocence, et ce suicide en constitue une preuve flagrante selon ses proches et ses alliés politiques .

Drame familial ou tactique savamment maîtrisée ? La France a assisté ces derniers jours à une rupture dans le clan Le Pen. Après de nouvelles déclarations de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz qu’il considère être des « détails de l’Histoire » et sa volonté affichée de se porter candidat en Provence-Alpes-Côte-D’azur, sa fille Marine Le Pen a vivement protesté. Tant et si bien que se posait, mercredi 8 avril, la question d’une éviction du Front National. Selon Florian Philippot, député européen et vice-président du mouvement, « Jean-Marie Le Pen a fondé ce mouvement, mais aujourd'hui il devrait en démissionner ». Le lendemain, le président d’honneur du parti répliquait : « Marine Le Pen souhaite ma mort, peut-être, c'est possible, mais elle ne doit pas compter sur ma collaboration ». La brouille n’est pas terminée et on ignore comment elle se terminera pour l’ancien leader de l’extrême-droite, remplacé en 2011. En attendant, c’est la petite-fille du clan et nièce de Marine, Marion-Maréchal Le Pen, qui se présentera en « PACA ». Il est en tout cas intéressant de constater que cette question se pose alors que Marine Le Pen tente de dédiaboliser son parti en le débarrassant de la ligne antisémite qu’elle n’a, elle, jamais suivi. Bref, comme le disait César, un vieux Terrien aux lauriers que ses pairs révèrent toujours comme une source de citations intelligentes, « tu quoque, me fili ».

Terminons avec toujours de la politique. Je pourrais parler du fait que la démocrate Américaine Hillary Clinton a enfin (et de façon peu surprenante) annoncé sa candidature aux présidentielles de 2016, mais j’avais promis un rapport français (mais notez comme j’en parle tout de même). Non, à la place, je vais plutôt évoquer le très prochain changement de nom de l’UMP. Car oui, bientôt, le parti de droite français ne s’appellera plus l’Union pour un Mouvement Populaire mais… Les Républicains. Ce qui n’est guère inspiré. Cette initiative de Nicolas Sarkozy vise à faire oublier ce parti un peu trop lié aux affaires, sauf que lorsque l’ancien président Jacques Chirac avait changé le RPR en UMP en 2002, il avait également changé d’équipe et apporté un peu de neuf. Tandis que Les Républicains garderont exactement les mêmes têtes, ainsi que les affaires qui les suivent. En plus, c’est plus long à écrire.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


19/04/2015
Grand Frère les Regarde

Ce qui s’annonçait comme d’agréables vacances commence tout doucement à se transformer en source inépuisable de stress. Boglib est bien charmant de vouloir l’aider, mais Glärb s’aperçoit à présent que la plume virtuelle de son jeune collègue n’est pas aussi affutée que la sienne, et il a dû intercepter in extremis le dernier rapport pour y corriger de nombreuses fautes et approximations. Voilà qui ne sied pas au prestige d’un observateur. Cette fois encore, son cadet s’est placé sans lui demander son avis devant l’ordinateur de bord, mais le Mwandishi préfère garder un œil sur lui. Et sur le texte qu’il est en train de rédiger.

Vahrüt n°87. 13 Avril 2015 au 19 Avril 2015. Calendrier Terrien.

Une nouvelle hécatombe a eu lieu cette semaine, mais comme les humains commencent à s’habituer aux drames méditerranéens, je doute que l’on en parle longtemps. Dans la nuit de samedi à dimanche, un chalutier chargé de 700 migrants a fait naufrage à 110 kilomètres des côtes libyennes. Les garde-côtes italiens ont entendu vers minuit un appel au secours émis depuis le navire. Ils ont alors contacté un cargo portugais proche de la position de s’y rendre. Mais son arrivée, le chalutier a commencé à chavirer, semble-t-il parce que de nombreux passagers se sont placés du même côté. Pour le moment, 28 survivants ont pu témoigner, et 24 corps ont été repêchés. Ce pourrait être le naufrage de migrants le plus meurtrier en Méditerranée. La semaine dernière déjà, deux navires de migrants avaient coulé, l’un avec 40 personnes à son bord. L’autre transportait 400 personnes

C’était l’une des craintes de l’après 11 janvier. Les attentats de Charlie Hebdo et les prises d’otage de Dammartin-en-Goële et de l’Hyper Casher avaient tant marqué les esprits que le gouvernement, prévoyait-on, risquait de privilégier la mauvaise solution pour prévenir un nouvel incident. Cette mauvaise solution, c’est la surveillance de masse. Les États-Unis l’avaient également adoptée avec le Patriot Act au lendemain du 11 septembre 2001. La comparaison ne va pas plus loin : le système de surveillance du trafic sur Internet ne permet pas de détenir illégalement toute personne soupçonnée, mais elle soulève des protestations. En cause : les boîtes noires installées chez les FAI (Fournisseurs d’Accès à Internet) qui permettent de « détecter, par un traitement automatique, une succession suspecte de données de connexion ». Cette surveillance s’intéresse moins au contenu qu’à ce qu’on appelle les métadonnées : l’adresse IP du site suspect que l’on visite, la personne à qui on adresse un message ou l’endroit d’où on l’envoie. Le souci, c’est que la loi reste très floue et l’on ignore encore si la surveillance se limitera aux terroristes ou bien s’étendra aux activistes ou autres mouvements de contestation plus violents que d’ordinaire. Bien sûr, le gouvernement, à travers la voix du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, se défend de toute tentation de « Big Brother ». Là où le bât blesse, c’est que la loi a été votée au Parlement dans la nuit de mercredi à jeudi par… 25 députés contre 5 contre. Autrement dit, 527 élus n’ont pas daigné assister au débat enflammé. La solution de la surveillance est en tout cas plus facile à mettre en place que celle qui consiste à régler le problème à sa source et faire en sorte que la jeunesse musulmane ne soit pas tentée par le jihad.

Restons en France. Pour une fois, ce n’est pas pour ses migrants que la ville de Calais a fait parler d’elle, même s’il aurait été préférable que ce soit le cas. L’enlèvement, le viol et le meurtre de Chloé, fillette de 9 ans, ont choqué l'opinion publique, mais c’est la rapidité de la succession des événements qui a surtout surpris. Son assassin, Zbigniew Huminski, un Polonais de 38 ans déjà condamné en 2004 et 2010 pour séquestration, extorsion et vol aggravé et qui attendait en Pologne un autre jugement, l’a enlevée mercredi en plein jour devant ses propres parents. Son corps dénudé a été retrouvé en fin d’après-midi. Huminski a aussitôt été arrêté. Une marche blanche a été organisée trois jours plus tard, à laquelle ont participé 2 500 personnes. L’affaire, parce qu’elle est le fait d’un ressortissant d’un autre pays et parce qu’il avait déjà été condamné (pour des faits certes différents), a été beaucoup commentée par la classe politique. Ainsi, la présidente du Front National Marine Le Pen a fustigé «la justice laxiste » du gouvernement socialiste ainsi que la suppression de la double peine par Sarkozy et la porosité des frontières de l’espace Schengen. Une récupération politique d’autant plus opportuniste qu’elle est pour le moins approximative.

Enfin, terminons sur un mystérieux phénomène qui s’est déroulé en Grande-Bretagne. Naomi Jacobs, une mère de 32 ans, s’est réveillée en perdant tout souvenir des dix-sept dernières années. Persuadée d’avoir 15 ans, elle ne reconnaît ni sa voix, ni son visage, ni sa maison et découvre horrifiée qu’elle a un enfant. Elle n’a aucun souvenir non plus de l’évolution de la technologie, du cinéma ou de la politique depuis les années 90, mais se rappelle comment conduire et se souvient de plusieurs numéros de téléphone et de son code de carte bleue. Elle aurait été apparemment frappée d’une forme d’amnésie partielle rarissime et qui serait liée à un stress très fort. Le choc dure huit semaines avant que tout revienne à la normale. Étrange, n’est-ce-pas ? Sur Krantavis, nous autres Mwandishi devons consommer 7 à 8 boîtes de glaguk et risquer l’overdose pour retourner dans l’adolescence et la nostalgie du temps passé. Apparemment, les Terriens le font naturellement.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


27/04/2015
Les Morts du Passé et Ceux du Présent

On dirait que Boglib s’est habitué à prendre la place de son collègue. Sitôt levé, le cadet des deux observateurs s’assied sur le siège de Glärb pour remplir la mission qui était confiée à ce dernier. À tel point que le fauteuil commence à prendre la forme des fesses du second extraterrestre. Glärb, quant à lui, commence à se sentir inutile et mal à l’aise. Combien de temps cet inversement des rôles durera-t-il ? Il tente d’en toucher deux mots à Boglib, mais c’est à peine si ce dernier écoute, plongé comme il est dans la rédaction de son rapport.

Vahrüt n°88. 20 Avril 2015 au 26 Avril 2015. Calendrier Terrien.

Nous voilà de retour aux catastrophes naturelles, et celle-ci a été particulièrement dévastatrice. Le Népal a été victime samedi 25 d’un séisme de magnitude 7.8. Dans ce pays de 30 millions d’habitants, le bilan ne cesse de s’alourdir et s’établissait lundi matin à 3 600 morts. En plus de ces victimes, de très nombreux monuments historiques, qui n’étaient pas protégés contre les secousses, se sont effondrés. Le séisme a frappé à 70 km de la capitale du pays, Katmandou, et a été ressenti jusqu’à New Dehli, en Inde. Il a également eu des répercussions sur le Mont Everest, où 18 alpinistes ont été tués par des avalanches, la pire hécatombe sur le « sommet du monde ». Les ruines se sont encore accumulées dimanche matin avec une réplique de magnitude 6,7, qui a également causé de nouvelles avalanches. Une cinquantaine d’experts étaient venus la semaine précédente car ils savaient qu’un tel séisme s’annonçait, mais la catastrophe est arrivée si vite qu’ils n’ont pas eu le temps de préparer le pays.

Et en parlant de prévenir les dégâts, le Premier ministre français Manuel Valls a affirmé que les services anti-terroristes avaient déjoué cinq attentats depuis janvier. Le dernier en date n’a été repéré que suite à la mort d’une femme qui se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment. Aurélie Châtelain, professeur de fitness, se trouvait dans sa voiture lorsque Sid Ahmed Ghlam, persuadé d’être surveillé, la prend pour une agente du renseignement. En l’assassinant, il s’est tiré une balle dans la jambe et, blessé, a fait l’erreur monumentale d’appeler le SAMU. Le service hospitalier, comme chaque fois qu’il est sollicité pour une blessure par balle, a prévenu la police. Les agents ont alors trouvé dans la voiture, puis dans l’appartement des armes lourdes. Le sang du jeune homme a été comparé à celui retrouvé dans la voiture d’Aurélie Châtelain, et la police a découvert que le meurtre était lié. Sans la blessure, Ahmed Ghlam, qui était fiché par les services de renseignement (il serait parti en Syrie fin 2014) mais pas suffisamment surveillé, aurait mis à bien son projet d’attentat contre l’église de Villejuif.

Cette semaine a également l’occasion de fêter un triste anniversaire : le centenaire du génocide arménien. Si les pays occidentaux ont les après les autres reconnu – quoique tardivement – cet événement comme un génocide (la France l’a fait en 2001), la Turquie, elle, ne l’assume toujours pas. Le président Recep Tayyip Erdogan a même avancé d’une journée la commémoration de la bataille des Dardanelles pour ne pas avoir à évoquer le génocide. Bien avant 1915, la communauté arménienne avait été ciblée par des massacres. Mais il y a un siècle, parce que les Améniens avaient soutenu l’armée russe entrée sur le territoire au cours de la Première guerre mondiale, le gouvernement turc s’est vengé : les armes des soldats arméniens ont été confisquées et les hommes ont été exécutés ou noyés. Quant aux femmes et aux enfants, ils ont subi une marche forcée à travers les étendues désertiques de Syrie jusqu’à arriver dans des camps où la mortalité était toute aussi élevée. Au total, on compte 1,2 millions de morts. L’an dernier, Erdogan avait ravivé une lueur d’espoir en présentant ses condoléances aux victimes, laissant présager un fur mea culpa de l’État turc. Mais un an plus tard, nous en sommes loin et la version officielle évoque toujours de simples déplacements de population.

Mais revenons en France, où le président François Hollande a déclenché de vives réactions à sa gauche lorsque invité le 19 avril au Supplément de Canal+, il a déclaré : « Marine Le Pen parle comme un tract du PCF des années 70 ». Le Parti Communiste depuis, exige par la voix de son président Pierre Laurent des excuses publiques. Lorsqu’il était à la tête de l’UMP, Jean-François Copé avait dressé le même parallèle : « Lisez le programme économique de Mme Le Pen. Mot pour mot, c’est le programme de M. Mélenchon. » Car c’est bien du programme économique dont parlait le président : on peut difficilement dire que le discours anti-immigrés est partagé entre les deux extrêmes. Et pourtant, malgré leur similitude, les politiques économiques de ces deux partis sont bien distinctes. Mais le plus curieux, c’est que dans les années 70, le Parti Socialiste et le Parti Communiste Français étaient alliés et avaient donc adopté un projet politique commun. Autrement dit, la comparaison de M. Hollande n’est pas non plus à l’avantage de son propre parti.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


03/05/2015
On Prend les Mêmes et on Recommence

Cette fois, l’observateur n’a pas tenu. Combien de vahrüt cela fait-il que son ami Boglib s’occupe de faire tout son travail ? Que lui restera-t-il, au pauvre Glärb si cela continue ? Sans ménagement, il est venu voir son cadet au moment où ce dernier s’apprêtait à écrire le rapport. Alors que l’aîné des deux s’attendait à devoir réprimander, argumenter, supplier ou se battre pour accéder au fauteuil, l’autre le lui a cédé d’un haussement d’épaules nonchalant. Voilà qui est très étrange, songe l’extraterrestre en s’asseyant à sa place attitrée et en se mettant au travail.

Vahrüt n°89. 27 Avril 2015 au 3 Mai 2015. Calendrier Terrien.

Cette semaine semble bien calme, si on la compare aux précédentes, mais elle n’a pas été de tout repos pour autant, en particulier dans la ville américaine de Baltimore – l’une des plus criminogènes du pays. Lundi dans cette ville de l’État du Maryland, ont eu lieu les funérailles de Freddie Gray, un jeune homme noir qui a perdu la vie une semaine après une interpellation musclée par les forces de police qui l'a gravement blessé. Si cette histoire vous rappelle quelque chose, c’est bien normal puisque ce scénario se répète de plus en plus ces derniers mois (ou plutôt, ils sont devenus plus visibles depuis les émeutes de Ferguson). Seulement, les proches du défunt ont eu beau appeler au calme, le soir venu, c’est tout un quartier qui s’est embrasé lorsque de nombreux jeunes Noirs sont sortis pour en découdre avec la police. Ces affrontements, spectaculaires, se sont poursuivis pendant le reste de la semaine malgré l’état d’urgence, le couvre-feu et l’arrivée de la Garde Nationale. La maire (noire) de la ville, Stéphanie Rawlings-Blake a déclaré : « trop de gens ont passé des générations à bâtir cette ville pour qu’on la laisse détruire par des voyous ». Six policiers seront poursuivis pour leur implication dans la mort du jeune homme, mais impossible de savoir, pour l’heure, s’ils seront condamnés. Cette situation rappelle qu’à un an de la fin du mandat de Barack Obama, le clivage racial reste fort aux États-Unis.

Cette semaine a également vu une enquête éclater au grand jour : Anders Kompass, directeur des opérations de terrain au Haut-Commissariat des Nations unies (ONU) pour les droits humains, a dévoilé au journal britannique The Guardian qu’une enquête était ouverte en Centrafrique sur de possibles viols d’enfants par au moins quatorze soldats français de l’opération militaire Sangaris entre décembre 2013 et juin 2014. Les témoignages ont été recueillis auprès de garçons de 9 à 13 ans qui ont été soit victimes directes de chantages sexuels (contre de la nourriture ou de l’eau), soit confidents de victimes. L’armée française assure ne pas « cacher quoi que ce soit » et le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, déclarait dans une interview au Journal du Dimanche que « si les faits sont avérés, je ne mesurerai pas ma colère, parce que lorsque le soldat français est en mission, il est la France » et appelait les coupables à se dénoncer.

Ce vendredi était férié dans de nombreux pays, dont la France. En effet, qui dit 1er mai dit fête du travail, soit un jour où les syndicats ont l’habitude de défiler. Mais pas que les syndicats. Les partis politiques sont également de la partie, et le Front National rate rarement ce rendez-vous. Et pourtant, il aurait peut-être mieux valu ne pas s’y montrer. Cela commençait déjà mal lorsque la présidente du parti, Marine Le Pen, a été interrompue en plein discours par l’irruption de Femens, seins nus, qui ont scandé « Heil Le Pen » en faisant le salut nazi. Elles ont été violemment évacuées. Puis ce fut au tour du père, Jean-Marie Le Pen, de faire une apparition l’air de rien, refusant toutefois de monter sur scène avec sa fille. Le fondateur du parti est par ailleurs soupçonné d’avoir détenu un compte en Suisse. Enfin, la goutte d’eau a été l’agression de journalistes de Canal+ ainsi que de l’émission C à vous en marge des manifestations (même le député européen, Bruno Gollnisch, n’a pas manqué de participer à la bagarre avec son petit parapluie). Le Front National est généralement content de faire la Une des médias, pas il n’est pas certain que cette surexposition soit désirée, cette fois-ci.

Enfin, terminons sur un sujet presque aussi important que le séisme au Népal (dont le bilan a par ailleurs atteint 7 000 morts, un chiffre bien en-deçà de la réalité, prévient-on) : la famille royale britannique s’est agrandie samedi avec l’accouchement de Kate Middleton et la naissance de la petite… fille dont on ignore encore le nom. Cet heureux événement survient que le jeune George a fêtera ses deux ans en juillet. Voilà. Je ne trouve rien d’autre à dire dessus. Je me demande bien comment font les médias Terriens pour s’épancher autant sur le sujet.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.