Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type






Janvier 2014

13/01/2014
Nouvelle Année, Nouvelle Guerre

Ce n’est pas sans courbatures que Glärb se lève péniblement de son lit. Son petit séjour sur Terre, afin d’en apprendre plus sur ce phénomène de « neige » couvrant d’un voile blanc des paysages entiers, a été pour le moins sportif... probablement parce qu’il a également tenu à expérimenter la laborieuse discipline du « ski ». Son déguisement d’humain a fait des émules et les autochtones n’y ont vu que du feu... ou plutôt du feu glissant à toute vitesse sur des pistes enneigées. Avec une petite pointe de honte coupable, l’observateur réactive la connexion de son vaisseau, dont la prétendue panne lui avait permis ces vacances secrètes. De retour à la routine...

Vahrüt n°32. 6 Janvier 2014 au 12 Janvier 2014. Calendrier Terrien.

Je commencerai ce rapport par vous souhaiter, comme le font les Terriens en ce moment, une bonne année et une bonne santé. À présent que cette fichue panne de connexion est terminée, je vais enfin pouvoir reprendre mon travail. Je commencerai ainsi par évoquer ce nouveau conflit qui pointe le bout de son nez en Afrique. En effet, dans le plus jeune pays du monde, à savoir le Soudan du Sud (fondé en 2011), la situation dégénère depuis presque un mois. Le pays est divisé entre l’armée au service du président Salva Kir et les forces rebelles favorables à l’ex-vice président Riek Machar, limogé en juillet dernier. Le bilan est d’ores et déjà de plus d’un millier de morts, 200 000 personnes ont été déplacées et les bases de l’ONU sur place sont débordées par les habitants qui sollicitent de l’aide. Certes, les deux forces rivales ont entamé des négociations le 6 janvier à Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie, mais rien ne dit que la guerre civile ne durera pas, comme si souvent sur ce vaste continent.

D’ailleurs, puisqu’on en parle, la situation a quelque peu évolué en République Centrafricaine : après dix jours de négociations menées par le président tchadien Idriss Déby en compagnie du ministre de la Défense français Jean-Yves Le Drian, les accords ont finalement mené à la démission du président centrafricain Michel Djotodia (celui-là même qui avait pris le pouvoir à la tête de la Séléka) ainsi que de son premier ministre. Cela ne garantit par pour autant un apaisement du conflit, puisque les ex-rebelles musulmans qui ont échappé à son contrôle et les milices anti-Balaka chrétiennes qui ont pris les armes n’ont pas fini de s’affronter en enchaînant les exactions pendant que l'opération française Sangaris s'empêtre dans la capitale. Quant à Djotodia, qui s’est exilé au Bénin, le voilà débarrassé des conséquences non-bénignes de son accession au pouvoir mouvementée.

Il est temps à présent de traverser l’Océan Atlantique pour nous intéresser à un scandale politique éclaboussant depuis quelques semaines le gouverneur républicain du New Jersey. Chris Christie avait même, paraît-il, l’ambition de se présenter aux primaires républicaines pour les élections présidentielles de 2016, mais ses espoirs semblent partis en fumée avec l’affaire du « Bridgegate ». Tout a commencé lors de la campagne électorale, en septembre, qui a mené à sa réélection. Mark Sokolich, le maire démocrate de Fort Lee, avait alors refusé de le soutenir, ce qui mettait quelque peu à mal son image d’homme rassembleur. Ses collaborateurs ont alors eu la brillante idée de bloquer le pont Georges-Washington, en périphérie de la ville. Résultat : des voitures bloquées pendants plusieurs jours et une plainte collective déposée cette semaine au tribunal. La chef du cabinet ajointe du gouverneur, Bridget Ann Kelly, initiatrice de l’action, a été renvoyée. Quant au bonhomme à la tête de toute cette équipe, il a bien entendu nié toute implication.

Passons à nouveau de l’autre côté de l’océan pour aller voir du côté de l’Asie occidentale. Au Pakistan, plus particulièrement. Vous souvenez-vous de la jeune Malala Yousafzai, (très) jeune défenseuse de l’éducation pour les filles que j’avais déjà évoqué ? J’avais ainsi noté que sur Terre, la sagesse n’était pas l’apanage des plus vieux. Eh bien j’ai pu découvrir dans ce même pays qu’il en était de même pour la bravoure. Un adolescent de 15 ans nommé Aitzaz Hassan s’est sacrifié en se jetant sur un kamikaze menaçant de faire exploser sa ceinture d’explosifs dans son école, à 150 mètres de là, dans la province de Khyber-Pakhtunkhwa.

Finissons, enfin, par une affaire qui a tant fait couler d’encre inutile que je ne serais même pas surpris que vous en connaissiez déjà tous les détails, à des années-lumière de là : l’affaire Dieudonné. Dieudonné M’bala M’bala est un humoriste français qui a la particularité de viser exclusivement les juifs, et en particulier Israël, la patrie hébraïque dont les décisions politiques sont légitimement contestables. Son antisionisme (à ne pas confondre avec antisémitisme, qui est puni par la loi et dont personne n’irait publiquement se revendiquer) n’est bien entendu pas au goût de tout le monde. À l’aide d’Internet, des réseaux sociaux, de penseurs comme Alain Soral et d’un geste simple, la quenelle, facilement reconnaissable créée lors d’un spectacle en 2005, il s’est érigé en personnalité antisystème, prompt à dénoncer la mainmise du lobby juif (une variante du lobby reptilien) sur le monde entier. Et que fait le gouvernement français ? Plutôt que de laisser un amuseur à l’humour douteux dans l’ombre de la sous-culture qu’il incarne, il commence par braquer sur les projecteurs de tout le pays en lui faisant une publicité inespérée à l’aide d’une ribambelle de procès que le principal concerné gagne quelle que soit leur issue. Et si l’annulation du concert prévu à Nantes le jeudi 9 a été invalidée le jour même par le tribunal administratif de la ville, cela n’a pas empêché le ministre de l’intérieur, Manuel Valls de saisir le Conseil d’État pour faire interdire « Le Mur ». Pour faire simple, un gouvernement déjà en proie à un flot intarissable de critiques s’est acharné à museler la liberté d’expression pour un simple spectacle dont la tenue n’aurait eu aucune conséquence grave… sauf, du moins, en ce qui concerne le bon goût.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


20/01/2014
Vies Précieuses, Vies Fragiles

Aujourd’hui, Glärb n’est pas dans son état normal. Couché tous les jours de la semaine dans son lit, il n’a pas réussi à se défaire de la malédiction qu’il a amené avec lui sur l’Indiscret. En effet, depuis son petit séjour à la montagne, voilà qu’un fluide mystérieux coule de son orifice nasal. Il lui semble se souvenir que des scientifiques Mwandishi avaient découvert l’existence de ce phénomène anatomique sous des conditions particulièrement exceptionnelles, mais il n’aurait jamais pensé en être victime un jour. Incapable de respirer par le nez, il est forcé de se servir de sa bouche, et la sensation n’est guère agréable. Une partie de lui rêve d’en toucher deux mots à sa hiérarchie, mais il lui faudrait alors expliquer comment il a attrapé ces étranges symptômes. Reniflant une demi-douzaine de fois, l’observateur y renonce donc en écrivant son rapport hebdomadaire.

Vahrüt n°33. 13 Janvier 2014 au 19 Janvier 2014. Calendrier Terrien.

Je vais commencer par évoquer la conférence de presse tenue par le président français François Hollande, mardi 14. Il s’agit de la troisième de son mandat, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’arrive pas au bon moment puisque la semaine dernière, le tabloïd Closer révélait sa liaison avec l’actrice Julie Gayet. Ainsi, après avoir assuré qu'il s'agissait de sa vie privée, le chef de l’État s’est empressé d’exposer les mesures qu’il souhaitait voir adopter. Outre le « choc de simplification » qu’il souhaite poursuivre en réduisant le nombre de régions, il a l’intention d’alléger les cotisations familiales pour les entreprises, de baisser les taxes tout en réduisant la dépense publique et en créant 50 000 emplois d’avenir… autrement dit, des mesures que prônait déjà l’UMP de Nicolas Sarkozy avant lui. Les décisions prises vont d’ailleurs dans le sens des patrons (Pierre Gattaz, président du Medef, le syndicat patronal, estime qu’elles vont « dans le bon sens »). De là à affirmer que cette conférence de presse annonce un grand virage libéral, il n’y a qu’un pas que bien des Terriens ont franchi avant moi.

Pendant ce temps, le Cambodge vit comme son voisin la Thaïlande une crise politique. En effet, voilà plusieurs mois que les cambodgiens défilent dans les rues pour appeler à des élections afin de destituer le Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 1998. Le gouvernement était resté passif jusqu’à ce que des ouvriers, du secteur textile se mettent en grève, privant le pays d’une part de ses revenus, après quoi la répression s’est faite plus violente. Mardi 14 janvier, le franco-cambodgien Sam Rainsy, à la tête du Parti du Sauvetage National du Cambodge et exilé en France de 2010 à 2013, a été interrogé avec son adjoint Kem Sokha au tribunal de Phnom Penh. Les charges pesant contre lui n’ont pas été dévoilées, mais il est à peu près certain que la justice cambodgienne ne lui pardonnera pas d’avoir encouragé le peuple à manifester. Il est toutefois à craindre qu’une condamnation du chef de l’opposition jette de l’huile sur le feu entre les deux camps.

Passons à présent à l’Égypte, où le régime instauré par le général Abdelfatah Khalil Al-Sissi a organisé un référendum cette semaine pour faire adopter la nouvelle constitution du pays. Celle-ci a été acceptée avec une écrasante majorité de 98,1% des voix, un score qui n’est pas sans rappeler les élections de l’ère d’Hosni Moubarak. Seul détail : le taux de participation était de 38,6%, soit un échantillon loin d’être représentatif. Ajoutons à cela la persécution des militants des Frères Musulmans (un affrontement dans le nord du pays a fait 10 morts mercredi) ainsi que l’impossibilité pour les partisans du Non de s’exprimer dans les médias, et il y a de quoi se poser des questions sur les prétentions du nouveau gouvernement de représenter la révolution de la place Tahrir, en avril 2011.

Dans le même temps, en France, entre 16 000 et 40 000 manifestants ont défilé à Paris pour protester contre une nouvelle loi sur l’avortement prévoyant que la femme n'ait plus besoin d'être en état de « détresse » pour avorter, qu’ils dénoncent comme une « banalisation de l’avortement », pratique qui, selon eux, s’apparenterait à un infanticide. Tous ont défilé aux couleurs de l’Espagne, ce voisin dont le Premier ministre Mariano Rajoy a le 20 décembre adopté un projet de loi n’autorisant l’avortement qu’aux grossesses issues de viol ou lorsque la vie de la mère est en danger (mais restant illégal en cas de malformation du fœtus). Cette loi est contestée par une grande partie de la population, catholiques compris, et ne conduira probablement qu’à rendre la pratique clandestine et dangereuse. En outre, ils oublient que parmi tous les fœtus avortés tous les mois figurent probablement des futurs tueurs en série, pédophiles ou génocidaires.

Enfin, traversons, comme à chaque rapport, l’Océan Atlantique pour jeter un coup d’œil sur ce qu’il se passe aux États-Unis. J’ai eu la surprise d’y découvrir un fait divers aussi ridicule qu’effarant. Dans ce pays où l’avortement est si mal vu que les « pro-life » (favorables à la vie) assassinent des médecins qui le pratiquent, la vie humaine n’a pas l’air si précieuse que ça. En effet, dans un cinéma de Floride, un retraité de police a tiré à bout portant sur un spectateur qui utilisait son téléphone portable pour envoyer un SMS avant même que le film Du sang et des larmes ne commence, et qui a osé lui envoyer des pop-corn. La victime, Chad Oulson, certes idiot, est mort sur le coup, touché au cœur. L’avocat du meurtrier a défendu son client Curtis Reeves en expliquant que « Toute sa vie il a protégé les gens contre des individus qui commettent des crimes. Il ne représente aucun danger pour la population ». Ah oui, en effet.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


27/01/2014
Deux Conférences pour le Prix d Une

L’intérieur de l’Indiscret ressemble à s’y méprendre à un champ de bataille. Çà et là traînent encore les cadavres de mouchoirs enduits d’un liquide pourpre visqueux. Un reniflement étouffé se fait entendre près d’un monceau de « kleenex » subtilisés sur Terre. Un bras, bientôt en émerge. Puis c’est un Glärb tout entier qui s’en extirpe. L’extraterrestre malade se traîne alors jusqu’à son bureau, comme une vieille limace fatiguée laissant une traînée baveuse sur son sillage. Apparemment, le stock de tissus blanc n’est guère suffisant, car revoilà que son nez est à nouveau bloqué. C’est dans cet état peu propice au travail que l'observateur commence à tapoter sur son clavier.

Vahrüt n°34. 20 Janvier 2014 au 26 Janvier 2014. Calendrier Terrien.

Si je n’ai pas parlé de la guerre civile syrienne depuis des mois, cela ne l’empêche nullement de se poursuivre, toujours aussi brutalement. On estime à 130 000 le nombre de victimes depuis les premières manifestations pacifiques, en juillet 2011, sans parler des exactions de chaque camp. Un aussi funeste bilan aurait tôt fait de décourager les plus pacifistes, mais l’Organisation des Nations Unies, à défaut de servir à quelque chose, ne désespère pas de mettre un terme au conflit : ainsi, le sommet Genève II en Suisse a-t-il pour ambition depuis le 22 janvier de pousser les différentes factions, chacune animée par un objectif différent, au dialogue. John Kerry, secrétaire d’État américain et Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russes et, s’y sont affrontés par discours interposés ; et l’homologue français de ce dernier, Laurent Fabius, a également pris part à la discussion. Le ministre syrien Wallid Mouallem a fustigé pendant plusieurs dizaines de minutes la menace terroriste des rebelles (qui, en ce qui concerne le front Al-Nosra ou l’État Islamique en Irak et au Levant, est avérée, bien qu'il ait omis de mentionner le Hezbollah libanais, qui se bat à leurs côtés). Face à lui, Ahmad Jarba, représentant de l’Armée Syrienne Libre, a plus calmement évoqué la transition politique, dont le départ du président Bachar el-Assad est le pré-requis. Samedi, les deux camps ont débattu sans heurts à propos d’une aide humanitaire à Homs, et les observateurs les plus optimistes se sont même risqués à parler d’un éventuel accord proche. Il y a toutefois peu de chances que la conférence aille beaucoup plus loin.

Mais ce n’est pas le seul rassemblement international qui a eu lieu cette semaine dans la Confédération helvétique. En effet, à Davos est organisé depuis 1971 le Forum Économique Mondial, les grands patrons, les dirigeants, les économistes et les intellectuels de toute la planète se réunissent pour, par exemple, vanter leurs mesures économiques en menaçant leurs voisins, défendre leur politique intérieure et, s’ils ont le temps, aborder les problèmes secondaires tels que l’environnement ou la lutte contre les inégalités. Nullement troublés par l’invasion de mort-vivants qui a failli troubler leur réunion, les principaux participants sont repartis chez eux plutôt optimistes.

Et pendant ce temps, à quelques milliers de kilomètres de là, les violences s’accroissent en Ukraine. Le gouvernement de Viktor Ianoukovitch redouble d’ardeur pour combattre l’opposition, même lorsque cela implique des mesures et des actes jugés anti-démocratiques : lois anti-manifestations, humiliation de manifestants, presse bridée, utilisation de cocktails Molotov et de grenades à clous par la police, etc. En outre, les habitants de Kiev repérés par géolocalisation à proximité des manifestations ont été gratifiés d’un message de leur opérateur les informant qu’ils étaient identifiés comme « participants à un trouble massif à l'ordre public ». On compte déjà deux morts depuis le début des manifestations, et si le président russe Vladimir Poutine se défend de s’immiscer dans la politique ukrainienne, force est de constater que le Premier ministre ukrainien s’inspire très fortement des méthodes de son voisin. Face aux menaces, certes tempérées, de sanctions de l’Union Européennes, il a toutefois simulé un effort en proposant aux deux principaux chefs de l’opposition, Arseni Iatseniouk et l’ex-boxeur Vitali Klitschko les postes de Premier ministre et de vice-Premier ministre. Des offres qu’ils ont aussitôt refusé tout en prenant soin de ne pas paraître trop radicaux.

Je vais à présent enchaîner avec trois événements d’une ampleur politique moindre, mais qui semblent représentatifs du statut des humaines dans certaines parties du monde. En effet, si leur place dans la société occidentale est encore insatisfaisante (salaires inégaux, absence dans les postes-clés, embauche plus difficile que chez les hommes et sexisme ancré dans la vie de tous les jours), ce n’est rien en comparaison du cas d’autres pays. En Inde, une femme de 20 ans a été condamnée à un viol collectif par le conseil de son village pour avoir eu une relation amoureuse avec le membre d’une autre communauté. Treize hommes, dont le maire, ont été arrêtés. Au Maroc, jusqu’à la réforme du code pénal votée à l’unanimité mercredi, un violeur pouvait échapper aux sanctions en épousant sa victime. Une autre bonne nouvelle : la République Centrafricaine, dont le président Michel Djotodia avait quitté le pouvoir au début du mois, a porté au pouvoir sa première présidente le 23 janvier. Catherine Samba-Panza, ex-maire de Bangui, a été élue par le Conseil National de Transition pour sa capacité fédératrice (elle avait presque obtenu la majorité des voix au 1er tour).

Enfin, terminons par la France. Comme je l’évoquais rapidement dans mon article précédent, la révélation de la liaison entre le président François Hollande et l’actrice Julie Gayet a beaucoup fait parler d’elle (sous des apparences nonchalantes, les Terriens se soucient beaucoup de savoir – permettez-moi l’expression – qui met son zizi dans qui). La compagne du chef d’État, Valérie Trierweiler, avait même effectué un petit séjour à l’hôpital suite à la nouvelle. En début de semaine, une rumeur s’est propagée sur Internet à propos d’une dispute du couple présidentiel ayant causé la destruction de l’équivalent de trois millions d’euros de mobilier. Relayée par les blogs de droite et alimentée par les réseaux sociaux, elle a même poussé le porte-parole du Mobilier national à démentir les faits. Dispute ou non, le président n’en a pas moins révélé officiellement samedi la séparation du couple. La morale de l’histoire : les histoires de cœur, ça coûte moins cher à raconter et c'est bien plus rentable qu’une crise politique à l’autre bout du continent ou du monde.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


03/02/2014
Ainsi Commence l Année du Cheval

La silhouette d’une guérison se distinguerait-elle dans l’horizon brumeux de la maladie ? Aux dernières nouvelles, Glärb est toujours menacé de se noyer dans ses propres fluides suite à son séjour incognito sur une Terre hivernale, mais il semble qu’au fil des vahrüt – ou semaines, pour faire humain – ses anticorps commencent à connaître leur ennemi et se préparent pour une contre-attaque décisive. Si les symptômes de ce maudit rhume n’ont pas tout à fait disparu, l’observateur a au moins l’espoir de les voir bientôt éradiqués. La goutte au nez, ce n’est donc pas sans un sourire qu’il s’attelle à sa rédaction hebdomadaire.

Vahrüt n°35. 27 Janvier 2014 au 2 Février 2014. Calendrier Terrien.

Tandis que le nouvel an lunaire (faussement nommé « Nouvel an Chinois » alors que d’autres peuples le célèbrent) vient d’être fêté sous le signe du cheval, les différentes crises se poursuivent sur Terre. Je vais commencer par évoquer la plus médiatique du moment : l’Euromaïdan, ou Eurorévolution ukrainienne, qui doit son nom aux mouvements d’opposition qui défilent sur la place Maïdan Nézalejnosti, à Kiev. La semaine avait plutôt bien commencé, avec la démission du Premier ministre Mykola Azarov et l’abrogation des lois anti-manifestation mardi 28, mais cela n’a pas calmé les manifestants, pas plus que la loi d’amnistie votée le lendemain pour les contestataires arrêtés en échange de la libération des bâtiments publics occupés. Fatigué par toutes ces concessions, le président Viktor Ianoukovitch a annoncé jeudi un congé maladie à cause d’ « une maladie respiratoire aiguë accompagnée d’une forte fièvre ». Et tandis que l’armée appelait vendredi à des mesures d’urgence, on a vu réapparaître l’opposant Dimitri Boulatov, enlevé il y a une semaine (comme bien d’autres de ses semblables). Ce dernier, le visage ensanglanté et les mains perforées, a accusé ses ravisseurs de l’avoir torturé et même crucifié. Le ministre de l’Intérieur, bien entendu, l’a immédiatement assigné à résidence en l’accusant d’ « organisation de troubles massifs » et, s’il a annoncé une plainte contre X pour enlèvement, il n’en exclut pas moins, dit-il, « la mise en scène de l’enlèvement ». Jusqu’où s’arrêteront donc ces fantasques révolutionnaires et leur goût pour le théâtre ?

Cap vers la Suisse, à présent, où la conférence Genève II a fait chou blanc. Des débats houleux sur la transition politique à peine amorcée par Genève I en juin 2012 jusqu’à l’aide humanitaire censée parvenir à Homs, ville assiégée depuis bientôt trois ans, le résultat est nul. Le seul exploit de ces derniers jours a probablement été celui de ce représentant de l’opposition qui a fait rire toute l’assemblée en assurant qu’Al-Jazira, la chaîne qatarie à l’idéologie proche des islamistes, était une chaîne « fondée par Gandhi et dirigée par Mandela ». Malgré tout, aucun des camps n’admettra que la conférence a été un échec : les uns sont fiers d’avoir tenu bon et n’avoir fait aucune concession, les autres se félicitent d’avoir pu faire part de leurs revendications. Le juge de paix de l’ONU, l’Algérien Lakhdar Brahimi, s’interdit aussi tout défaitisme, misant sur le prochain rassemblement prévu pour le 10 février. Jamais deux sans trois, comment on dit sur Terre.

Intéressons-nous à présent à un pays que je n’ai, je crois, jamais abordé jusqu’à maintenant : l’Australie. Cette immense île d’Océanie a fait un dangereux demi-tour depuis l’élection qui a amené Tony Abott au poste de Premier Ministre. Les catastrophes naturelles s’enchaînent depuis plusieurs années en causant de nombreux morts ? Qu’à cela ne tienne, le conservateur a décidé de déclarer la guerre à la planète. Le successeur de la travailliste Julia Gillard a ainsi annulé la taxe carbone établie par cette dernière, supprimé le Ministère de la Science et l’Autorité du changement climatique, en farouche climato-sceptique qu’il est (comme la majeure partie de la population, qui ne croit guère plus au réchauffement climatique). Ses derniers exploits en date : faire retirer 74 000 hectares de la forêt tasmanienne du patrimoine mondial de l’Unesco pour les exploiter, exterminer les requins de plus de trois mètres s’aventurant à moins d’un kilomètre des côtes (rappelons que ces squales sont responsables de moins de dix morts par an, les moustiques ayant quant à eux deux millions de victimes annuelles à leur actif). Il a également autorisé, dans la Grande Barrière de Corail, le dragage de trois millions de sédiments issus d’un port minier. Tout compte fait, il n’est pas certain que les humains vivent suffisamment vieux pour partir à la conquête des étoiles.

Mais il était temps que j’évoque une fois encore la France. Il y a circulé bon nombre de rumeurs cette semaine, et notamment à l’occasion de la « journée de retrait de l’école ». En effet, de nombreux parents français ont reçu un message lundi 24 leur intimant de boycotter l’école républicaine pour protester contre l’enseignement de l’effroyable « théorie du genre ». Le seul souci, c’est que cette théorie n’existe pas. Les études de genre, en revanche, sont des outils analytiques utilisés au niveau universitaire pour observer la société, et notamment la manière dont se définit l'identité sexuelle masculine ou féminine, y compris d'un point de vue culturel : par exemple, comment l'appartenance à un sexe dicte-t-elle le comportement dans la société. On est donc loin des pauvres enfants que l’on pousse à changer de sexe, à devenir homosexuels, que l’on force à jouer avec des jouets du sexe opposé (des poupées pour les garçons, des petites voitures pour les filles) ou encore à qui l’on s’apprête à enseigner la masturbation. Les rumeurs, qui viennent de l’extrême-droite, ont été abondamment reprises. Le chef de l’UMP Jean-François Coppé en a fait l’écho avant de se taire, et le gouvernement a nié toute dimension idéologique de son « ABCD de l’égalité » qui promeut l’égalité des sexes et la fin des stéréotypes de genre : le président François Hollande a toutefois tenu à préciser qu’il n’adhérait pas à la « théorie du genre », et il n’y eut guère que la ministère du Droit des Femmes Najat Vallaud-Belkacem pour évoquer l’inexistence de cet épouvantail. Cela n’a évidemment pas empêché la tenue, dimanche, d’une nouvelle manifestation de la Manif pour Tous (oui, encore elle), qui a à cœur de dénoncer la « familiphobie » persistante du gouvernement. Il est vrai qu’un président célibataire, ce n’est pas la meilleure vitrine du modèle « un homme, une femme et des charmants bambins ».

En parlant d’homme et de femme, finissons sur un scandale tout à fait mineur dans les faits, mais dont la cause me laisse perplexe. J’ai, il me semble, déjà évoqué Benyamin Nétanyahou, le Premier ministre israélien issu de la frange conservatrice de la société. Celui-ci est à présent en proie à de virulentes critiques de la part de l’aile encore plus radicale de son parti… à cause de la vie sentimentale de son fils. Yair Nétanyahou a en effet le malheur de fricoter avec la Norvégienne Sandra Leikanger, une non-juive. Une erreur monumentale, à en croire les conservateurs. Ainsi, pour le groupe d’extrême-droite Levaha, « le fils de Bibi a trouvé une goy ! Son père est fier de lui et donne une légitimité à l’assimilation et à la destruction du peuple juif ». Pour le beau-frère du chef du gouvernement, le jeune homme « crache sur la tombe de sa grand-mère et de son grand-père qui l’aimaient tant ». C’est tout à fait curieux, car jusqu’à maintenant, j’ai toujours pensé que la procréation était possible entre humains issus de différentes ethnies, mais à présent, je suis parcouru d’un doute. Petit détail en passant : Fleur Cates, la première épouse du père Nétanyahou, n’était pas plus juive que la jolie nordique avant sa conversion au judaïsme.