Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type






Juillet 2013

08/07/2013
Beaucoup de Bruit pour Rien

Le visage collé contre l’appareil, Glärb regarde la plaque tourner, et avec elle les gladorphes fumées dont il raffole tant. Plus que vingt secondes avant que le Bip de la machine ne retentisse ; il pourra alors déguster le plat lyophilisé en ayant en tête ses souvenirs d’enfance et les gladorphes fumées à la sauce kacloul que lui préparait sa mère avec amour. Mais la nostalgie, ça va quelques minutes, mais on s’y noie bien vite. Une fois le plat prêt, l’extraterrestre s’en saisit pour se poser devant le tableau de bord et rédiger son rapport – en prenant bien soin que sa délicieuse nourriture ne tâche rien (en vain).

Vahrüt n°8. 1er Juillet 2013 au 7 Juillet 2013. Calendrier Terrien.

Une fois de plus, je vais devoir revenir sur des actualités déjà mentionnées le vahrüt dernier, à commencer par ce qu’il se passe en ce moment en Egypte, car ces derniers jours ont été riches en événements. Après de gigantesques rassemblements d’opposants dans tout le pays, les membres du gouvernement qui n’étaient pas issus du parti au pouvoir « Les Frères Musulmans » ont démissionné les uns après les autres en signe de protestation. La tension était telle que l’armée a fini par imposer un ultimatum au président Mohamed Morsi qui fêtait sa première année au pouvoir le 30 juin. Face à son refus, les militaires ont fait un Coup d’État le mercredi 3 juillet avant de le remplacer par Adli Mansour, chef de la Haute Cour Constitutionnelle. En ce qui concerne le futur Premier Ministre, le nom de Mohamed El Baradei est sur toutes les lèvres sans pour autant être confirmé. Je constate non sans un certain ravissement que sur Terre, le principe de démocratie n’est pas seulement d’ordre technique, mais est aussi une question d’esprit. Qu’un homme ait été élu il y a un an dans des circonstances particulières (en l’occurrence, face à un représentant du régime déchu de Hosni Moubarak) ne veut pas dire pour autant qu’il peut faire ce qu’il veut pendant la durée de son mandat en augmentant petit à petit ses pouvoirs. Par ailleurs, les Égyptiens qui ont défilé dans les rues étaient plus nombreux que ceux qui ont voté pour lui au second tour, ce qui montre bien qu’il y a un réel mécontentement.

Restons dans le politique en nous rendant cette fois en France, où la ministre de l’Écologie Delphine Batho a pris la porte le 2 juillet pour avoir qualifié le budget prévu pour 2014 de « mauvais ». Cette socialiste, lorsqu’elle ne passait pas inaperçue aux yeux du public, était très critiquée aussi bien au sein de son parti que par le parti Europe-Ecologie-Les-Verts ; mais ce licenciement pose toutefois problème, car il fait apparaître des contradictions. La première est celle d’une politique « deux poids deux mesures » : lorsqu’un ministre comme Arnaud Montebourg (redressement productif) ou Vincent Peillon (éducation) critique la ligne gouvernementale, on se contente de froncer les sourcils ; mais lorsque le ministre de l’Écologie se plaint d’une coupe de budget significative qui lui compliquera sensiblement la tâche, la punition est déjà plus sévère. Bien sûr, laisser une ministre d’importance mineure désavouer son gouvernement peut-être dangereux, mais n’y a-t-il pas une solution intermédiaire ? Surtout que cette décision a ainsi attiré l’attention sur cette coupe budgétaire qui est loin de faire honneur aux promesses écologiques de François Hollande, ce qui constitue la deuxième contradiction.

Pendant ce temps, le principal parti d’opposition est lui aussi en difficulté, mais pour des raisons financières, cette fois-ci. En effet, alors que les comptes de l’Union pour un Mouvement Populaire sont dans le rouge, la décision de la Cour Constitutionnelle a aggravé sa situation financière en jugeant que le financement de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy pour les présidentielles de 2012 avait dépassé de 466 000 euros (2,1%) le plafond autorisé pour la campagne électorale. De ce fait l’ancien candidat, qui a démissionné de son siège (en tant qu’ancien président) du Conseil Constitutionnel, va devoir rembourser une somme colossale : dix millions d’euros. Le parti libéral a volé à sa rescousse et a promis de rassembler cet argent en appelant tous les Français, qu’ils soient militants ou simples sympathisants, à envoyer des dons. Je ne peux m’empêcher de m’interroger sur la capacité d’un parti en si grande difficulté financière à gérer un État, qui est pourtant plus complexe. Mais peut-être est-ce simplement parce que je suis étranger au mode de pensée Terrien, après tout.

En revanche, il y a une chose que je continue à trouver incroyablement stupide quel que soit l’angle sous lequel j’examine la situation, et il s’agit de la suite des intrigues liées aux révélations d’Edward Snowden. L’affaire concerne cette fois-ci Evo Morales, président de la Bolivie, qui est resté coincé plusieurs heures à Vienne, en Autriche, après que les pays d’Europe de l’Ouest aient interdit à son avion de survoler leur territoire. Comme vous le savez, les principaux pays Européens (à l’exception de la Grande-Bretagne) ont découvert qu’ils étaient espionnés en permanence par leurs « alliés » Américains à travers le programme Prism. Chacun est allé de son commentaire outragé en faisant les gros yeux au géant outre-atlantique tout en réclamant des explications… pour finalement se coucher devant les États-Unis qui craignaient que l’avion de Morales ne parte de Moscou (où celui-ci assistait à une conférence des exportateurs de pétrole) avec Snowden à son bord. En effet, ce dernier a envoyé une demande d’asile à la Bolivie qui n’a pas encore exprimé de refus et examine la question. Que les gouvernements européens, malgré leur colère, n’aient pas envie de se mettre à dos la première puissance mondiale, c’est une chose ; mais qu’ils perdent toute crédibilité en courbant l’échine après avoir aboyé toute la semaine – tout en ne remettant pas en cause le traité transatlantique – il y a une différence que les électeurs ne risquent pas d’oublier.

Enfin, j’ai l’embarras du choix en matière de faits divers pour terminer cet article. Parlerai-je du train qui a déraillé au Québec avant d’exploser au centre de Lac-Mégantic ? Ou bien de l’avion qui a raté son atterrissage à San Francisco, aboutissant à la mort de deux personnes ? Je pourrais également évoquer ce massacre sordide au Brésil, où un arbitre d’un match de football amical a poignardé un joueur qui l’avait frappé avant d’être décapité par une foule furieuse, sa tête promenée au bout d’une pique. Je préfère m’en tenir à quelque chose d’un peu plus léger et de plus anecdotique : le piratage de la compagnie de jeux-vidéo Ubisoft, qui a révélé cette semaine que les informations (y compris les mots de passe) de ses clients inscrits avaient été découverts. Je n’aurais pas évoqué cette information si elle n’avait pas été accompagnée d’une certaine ironie du sort : leur prochain jeu, Watchdogs, permettra au joueur de contrôler un hackeur pouvant pirater les équipements informatiques de la ville de Chicago pour accomplir ses missions. Pourrait-il s'agit d'une technique originale de marketing pour promouvoir le thème de leur création ?

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


15/07/2013
Un Drame sur Fond de Célébrations

Quelque chose ne va pas. Il y a un problème. Est-il malade ? Non, pas de fièvre… Tout de même, c’est vraiment étrange. Glärb fait les cent pas en se demandant ce qui peut bien lui arriver. Pour la première fois depuis son arrivée dans ce système solaire, non seulement se souvient-il qu’il est temps de rédiger son rapport, mais il se rend également compte que consacrer du temps à cette tâche fastidieuse, à l’inverse des précédents vahrüts, ne le dérange nullement. Peut-être est-ce simplement l’ennui qui pousse son cerveau à s’intéresser aux activités les moins fascinantes pourvu qu’elles puissent l’occuper. D’ailleurs, il est vrai qu’il serait tout aussi enthousiasmé à l’idée de fixer les voyants clignotants du tableau de bord ; mais ce n’est pas pour cette mission-là qu’il a été envoyé si loin de chez lui. Á présent, au travail !

Vahrüt n°9. 8 Juillet 2013 au 14 Juillet 2013. Calendrier Terrien.

Toute la semaine, je me suis demandé quelle actualité j’allais bien pouvoir placer en première place, mais on dirait que l’accident ferroviaire qui a accaparé l’attention de tous les médias français a réglé ce problème à ma place. Le train qui a déraillé dans la gare de Brétigny-sur-Orge (en Île de France) vendredi 12 a tué six personnes et en a blessé soixante autres, dont neuf gravement. Après avoir envisagé toutes les hypothèses, de l’erreur humaine à l’acte de malveillance, les enquêteurs semblent avoir trouvé la cause de la catastrophe : une pièce de l’aiguillage nommée « éclisse », qui relie les rails entre eux dans un aiguillage, qui se serait dévissée et détachée. Les rumeurs allaient bon train depuis le drame, et parmi celles-ci, des supposées scènes de pillage auxquelles se serait livrée une bande de jeunes « qui semblent porter secours aux victimes » avec pour réel objectif de « dépouiller les victimes et notamment les premiers cadavres », et auraient été jusqu’à jeté des cailloux sur les pompiers à leur arrivée. Ces affirmations, faites par le syndicat de police Alliance et appuyé par certains témoins, ont été démenties par la Croix-Rouge et le Samu en plus du gouvernement. Seul le service de sécurité inhérent à la SNCF aurait été pris pour cible, semble-t-il, mais comment expliquer une telle divergence des témoignages lorsque chaque version est étayée par des sources censées être dignes de confiance ? Est-il si difficile d’établir la stricte vérité ? En attendant, les commentaires outrés sur l’Internet ne manquent pas, et beaucoup en profitent pour dresser une critique politique.

Mais il en faut bien plus pour occulter, dans les médias, les célébrations de la fête nationale française. Le 14 Juillet célèbre aussi bien la prise de la Bastille en 1789 que son premier anniversaire un an plus tard, en 1790 où eut lieu Fête de la Fédération. D’après ce que j’ai cru comprendre, le 14 juillet 1789, le peuple affamé a pris les armes dans le but de prendre d’assaut une réserve de vivres, mais en raison d’une erreur d’orientation dans les rues sinueuses du Paris de l’époque, la foule en colère se retrouva devant la Bastillle, une prison symbolisant le pouvoir du roi Louis XVI. Faute de mieux, les Parisiens la prirent d’assaut dans l’espoir d’y trouver à manger, mais ils n’y dénichèrent après le siège de la forteresse que sept prisonniers (l’Histoire ne dit pas s’ils furent dévorés ou non). Je n’ai que peu de souvenirs de la suite, si ce n’est que la grande mode devient de guillotiner à peu près tout le monde et qu’une marseillaise marche jusqu’à Paris pour défendre le pays des envahisseurs étrangers. Certaines de ces étranges détails gagneraient à être vérifiés, mais il me semble que c’est à peu près ce qu’il s’est passé.

Puisque nous sommes dans le thème des célébrations, autant aborder une autre fête, celle de San Fermin, qui a également eu lieu ces derniers jours, cette fois-ci à Pampelune, en Espagne. Il s’agit d’un lâcher de taureaux (des bêtes massives et cornues comparables aux Koepras de chez nous, en un peu plus petits). Six taureaux ont été guidés par six bœufs à travers les rues de la ville, mais cet événement ne serait pas digne d’être mentionné s’il n’y avait un détail dont l’intérêt reste pour moi un grand mystère : un grand nombre d’autochtones et d’étrangers se livrent à cette activité en même temps que les animaux au risque d’être blessés, voire tués. Je ne sais s’ils cherchent à finir la course avant les animaux pour prouver leur supériorité, ou s’il s’agit d’une forme de sadomasochisme avancé. Peut-être aussi se sont-ils retrouvés sans le vouloir du mauvais côté des barrières et tentent de s’enfuir, après tout mieux vaut envisager toutes les possibilités. Toujours est-il que cette tradition hautement étrange a envoyé de nombreuses personnes à l’hôpital cette année, dont certains gravement, et a également provoqué plusieurs morts au cours de son histoire.

Après ces deux paragraphes relativement légers, il me faut revenir à des sujets un peu plus sérieux, comme ce discours prononcé vendredi à l’ONU (l’Organisation des Nations Unies, chargée de froncer très fort les sourcils contre les dictateurs et autres tyrans). Ce dernier a été prononcé par une jeune Pakistanaise de 16 ans, Malala Yousafzai, qui s’est fait mondialement connaître en octobre 2012 après avoir été prise pour cible par des talibans islamistes désireux de faire taire la voix de la militante pour l’éducation des femmes. Elle explique dans ce discours sa volonté de pardonner à ses agresseurs et sa détermination d’avancer encore plus loin dans sa lutte. Quelle étrange civilisation où les jeunes sont plus sages qu’un grand nombre de leurs aînés…

Enfin, je terminerai ce rapport par un événement dont on entend beaucoup parler ces derniers temps : il s’agit du Tour de France. Crée en 1903 par le journal L’Auto pour concurrencer son concurrent Le Vélo, cette compétition a dès sa seconde édition déchaîné les passions avec de nombreux cas de tricheries : clous sur la chaussées, entraînements et ravitaillement illégaux, candidats qui prennent des raccourcis ou même le train… cette rude concurrence s’est quelque peu adoucie au fils des ans, et un siècle plus tard, « La Grande Boucle » a deux buts principaux. Le premier est de confronter entre elles les entreprises pharmaceutiques du monde entier à travers les différents concurrents qui servent en quelques sortes d’échantillons-tests. Le second est de faire admirer aux étrangers la beauté des paysages français. Chaque année cependant, quelques originaux se mettent en tête de participer sans recourir aux techniques de dopage, peu intimidés par leur potentielle dégringolade dans le classement. Comme on dit sur Terre et chez nous, l’important, c’est de participer.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


22/07/2013
Dixième Rapport, Déjà !

« Glärb, tu reprendras bien un peu de gladorphes fumées ? » Et comment ! Son plat préféré ! « Qu’y a-t-il, Glärb ? Tu sembles étrange… » Étrange ? Comment ça ? « Glärb ! Qu’est-ce que tu fais ? Ne m’abandonne pas ! ». La vision de sa douce Blopa s’éloigne petit à petit jusqu’à ce que cette dernière, aussi ravissante qu’au premier jour, ne devienne qu’un petit point nanoscopique. Lorsque l’extraterrestre ouvre enfin les yeux, il est froidement accueilli par le plafond gris de l’Indiscret (les plafonds Mwandishi n’étant pas plus chaleureux que les nôtres). D’un bond, il se tourne vers l’horloge qui lui indique son retard d’une demi-heure dans la rédaction de son rapport. Ce n’est donc pas sans un petit cri paniqué et une forte poussée d’adrénaline que l’alien se met au travail.

Vahrüt n°10. 15 Juillet 2013 au 21 Juillet 2013. Calendrier Terrien.

Je préfère vous prévenir de suite : ce rapport sera en grande partie centré sur la France. L’hexagone s’est enflammé en fin de semaine pour les événements survenus dans la ville de Trappes, dans les Yvelines. Vendredi, 19, une femme y a été contrôlée par la police car elle portait un voile intégral, interdit par la loi. Dans des circonstances qui varient d’un témoignage à l’autre, son mari de 21 ans a alors agressé les policiers, qui l’ont placé en garde à vue. L’affaire se serait arrêtée là si 250 jeunes de la ville ne s’étaient pas massés devant le commissariat pour exiger la libération de l’un des leurs, faisant de 20h30 à 21h45 le siège du bâtiment. La même chose s’est produite le lendemain au soir, où les violences ont fait des dégâts considérables. Plus que d’un contrôle qui a mal tourné, il semble s’agir d’un conflit entre deux formes de la société : une « blanche » laïque nourrie par la crainte d’une insécurité incarnée par les jeunes des banlieues, et une « arabe » musulmane, marginalisée et parquée dans des cités où le crime est monnaie courante. L’opposition est davantage fondée sur la rivalité entre classes sociales qu’entre islam et laïcité. Ces affrontements font en tout cas le pain béni de l’opposition qui dénonce le laxisme du gouvernement, préparant ainsi son retour sur le thème de l’insécurité, un sujet qui lui est cher.

Faisons tout de même un tour de l’autre côté de l’océan Atlantique où il s’est passé quelque chose de pour le moins surprenant qui ne risquerait pas d’arriver dans notre monde natal : la faillite de Détroit, une ville du Michigan qui a cumulé au fil des ans une dette de 18,5 milliards de dollars. C’est le gouverneur de cet État du Nord, Rick Snyder (républicain), qui a déclaré la ville, berceau de l’industrie automobile terrienne, en faillite. Seulement, il semblerait que cette décision ne soit pas légale selon la juge Rosemarie Aquilina qui estime que le dépôt de bilan baisserait la somme des aides sociales des habitants (pauvres pour la plupart, les plus nantis étant partis), ce qui est interdit par le principe de protection des prestations sociales voté dans la Constitution de l’État en 2012. Il me semble aberrant que pas une seule fois, l’État ou le gouvernement fédéral ne se soit préoccupé de la bonne santé économique de cette ville au riche patrimoine. C’est à croire que la conception terrienne d’un État fédéral se rapproche plus d’un système de Cités-État telles que nous en avons eu il y a de cela des millénaires.

Mais revenons en France, où l’arrestation de Kristian « Varg » Vikernes en vertu de la lutte antiterroriste a fait couler beaucoup d’encre, depuis mardi. Ce norvégien, l’un des fondateurs du black metal aux idées d’extrême-droite a été incarcéré 19 ans pour le meurtre de son ami et rival Oeystein Aarsetn. Á sa sortie, en 2009, il s’est installé en France avec sa compagne française, et s’est politiquement engagé en appelant à voter pour Marine Le Pen aux dernières élections présidentielles. Parce qu’il figurait dans la liste des destinataires du fameux manifeste d’Anders Breivik, auteur du massacre d’Oslo, et parce que sa femme avait acheté plusieurs fusils, il était déjà sous surveillance policière. Après avoir lu ses déclarations en réaction à l’accident de Bretigny, où l’homme croyait dur comme fer à un attentat en appelant à la « résistance », le DCRI (service de renseignement français) a voulu anticiper un éventuel massacre en mettant le couple en garde à vue mardi 16, avant de finalement les relâcher, faute de preuve. Si le principal concerné loue le comportement « exemplaire » des policiers, cette erreur n’en ternit pas moins l’image des autorités accusées de concentrer leurs efforts sur l’extrême-droite par peur du Front National. L’ironie du sort, c’est que si la menace avait été réelle et qu’elle s’était concrétisée, ce sont les mêmes qui auraient fustigé l’incompétence des services de renseignement.

Puisque l’on est dans la prévention, un autre événement notable a eu lieu en début de semaine, et plus précisément lundi : l’intrusion de 29 militants de l’ONG écologiste Greenpeace dans la centrale nucléaire de Tricastin, dans la Drôme. La démarche n’est pas nouvelle et avait déjà fait des remous à Nogent-sur-Seine et à Cruas, en décembre 2011 : elle a une fois encore le même objectif : montrer que les centrales ne sont pas suffisamment sécurisées et que d’autres groupes, bien moins intentionnés qu’eux, auraient pu aisément s’y introduire pour provoquer une catastrophe. Après l’arrestation des intrus, qui n’ont mis que vingt minutes à atteindre le haut des structures, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a déclaré que ces derniers n’avaient pas atteint de points sensibles. De ce fait, le président François Hollande affirme sa confiance dans la sécurité des réacteurs et prévoit même de durcir les sanctions contre les actes de ce type ; tandis que le parti Europe-Écologie-Les-Verts, pourtant son allié politique, salue ce que ses dirigeants qualifient « d’action citoyenne ». Récapitulons : une trentaine de personnes pénètrent avec une facilité déconcertante dans un site hautement dangereux et le Chef de l’État estime toujours que ces centrales sont inviolables et que ce type de mise en garde est criminelle. Certains diront que ces actes sont répréhensibles dans la mesure où ils risquent de donner des idées aux terroristes, mais je doute qu’ils aient attendu Greenpeace pour y penser. La solution pourrait être d’institutionnaliser ces intrusions en créant un groupe légal chargé de faire des contrôles surprises pour assurer une relative sécurité, comme nous l’avons fait sur Krantavis avec le BCÜP du temps des centrales plasma. Je ne sais s’il s’agit de bon sens ou de pragmatisme, mais de mon point de vue, il me semble parfois que la politique n’est pas le point fort des humains.

Il suffit d’ailleurs de jeter un coup d’œil au champ politique pour apercevoir des spécimens dont on se demande s’ils sont vraiment à leur place. Prenons Christine Boutin, par exemple. La présidente du Parti Chrétien Démocrate a fait parler d’elle lundi 15 en appelant au boycott du nouveau timbre Marianne. Ce dernier représente le personnage fictif incarnant les valeurs de la France, remis au goût du jour par David Kawena et Olivier Ciappa. Celui-ci, interrogé sur Twitter au sujet de ses inspirations, a expliqué s’être inspiré entre autres d’Inna Shevchenko, la fondatrice des Femen, groupe féministe à la stratégie controversée. Il se serait également inspiré du « geste très grâcieux de la main » qu’ont fait Roselyne Bachelot et Christiane Taubira, deux femmes qui bien qu’opposées politiquement, se sont toutes les deux impliquées en faveur du Mariage pour Tous. Que l’on apprécie ou non l’Ukrainienne vivant aujourd’hui en France, l’appel semble ridicule. Il ne fait aucun doute que le timbre serait passé inaperçu sans les déclarations du dessinateur tant la ressemblance est peu frappante, et l'auteur du timbre aurait ainsi évité d’être inondé de messages de haine. Quant à la principale concernée, amusée, elle déclare sur Twitter « Désormais, tous les homophobes, les extrémistes et les fascistes devront lécher mon cul quand ils voudront poster une lettre. ». Il en faut bien peu pour enflammer les esprits français.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


29/07/2013
Une Terrible Ironie du Sort

Á son réveil, Glärb a tout de suite senti qu’aujourd’hui serait encore une de ces journées inutilement nostalgiques, où il se surprendrait à fixer les étoiles dans l’espoir de rentrer au plus tôt parmi les siens. Un autre jour où, pris du mal du pays, il s’occuperait tant bien que mal en rêvassant jusqu’à ce que, venue l’heure de faire son travail, il s’arrache à la hâte à son activité quelconque pour s’atteler à la rédaction hâtive de son rapport. Dès son réveil, il s’en doutait déjà, et c’est bel et bien arrivé, comme presque à chaque fois.

Vahrüt n°11. 22 Juillet 2013 au 28 Juillet 2013. Calendrier Terrien.

La vie sur Terre s’accompagne d’une terrifiante ironie du sort. Je ne suis ici que depuis quelques vahrüt à peine et il me semble déjà distinguer une certaine logique dans l’enchaînement des événements. C’était déjà le cas pour la série de manifestations de la classe moyenne à travers le monde, bien que le phénomène puisse être expliqué. Ce qui est incompréhensible, en revanche, c’est la multiplication des drames ferroviaires. J’ai déjà évoqué celui de Lac-Mégantic au Québec, puis Brétigny en France, mais tous les regards se sont tournés vendredi 27 vers Saint-Jacques de Compostelle, dans la région de Galice, en Espagne. Un train y a violemment déraillévers la responsabilité du conducteur, Francisco Garzon, amateur de vitesse qui faisait rouler sa machine à 190 km/h au lieu des 80 autorisés dans le dangereux virage où a eu lieu l’accident. La chose s’est produite vers 21h, et le voisinage s’est précipité avant les secours pour aider les survivants. Même au cœur de la nuit, des Espagnols se sont levés et se sont massés devant les hôpitaux afin de donner leur sang à ceux qui en avaient besoin. Avec tout l’amour que je porte à ma patrie et tout le respect que j’ai pour mes frères et sœurs Mwandishi, je ne suis pas certain que de telles scènes d’altruisme puissent se reproduire chez nous.

Mais je m’égare. Franchissons à présent la Mer Méditerranée pour nous intéresser à la Tunisie. Comme vous le savez, son voisin l’Égypte a vu son président destitué par l’armée avec le soutien du peuple il y a quelques semaines. De ce fait, la tension était palpable en Tunisie, où le parti au pouvoir, Ennahda, est politiquement proche des Frères Musulmans dont était issu Morsi. Dans de telles circonstances, la logique voudrait que l’on tente d’apaiser la population en évitant les conflits. Un bon sens dont l’assassin de Mohamed Brahimi, l’une des figures de l’opposition tunisienne, manque sérieusement. En effet, les agitations que ce meurtre a provoqué pourraient bien plonger le pays dans une crise politique du même type que celle qui a suivi la mort similaire de Chokri Belaïd le 6 février, une crise dont le parti au pouvoir pourrait ne pas se sortir indemne. Toutefois, il est peu probable que le gouvernement tunisien subisse le même sort que son homologue égyptien car l’armée y est bien moins influente.

Un peu plus au Sud, le Mali a organisé dimanche 27 ses élections présidentielles. Pour rappel, le pays est en crise depuis le début de la rébellion des séparatistes Touareg, début 2012. Ces derniers se sont alors alliés aux islamistes d’Ansar Dine, du MUJAO ou encore d’AQMI, qui ont mêlé la religion au conflit avant de conquérir une par une les villes. Critiqué pour sa mauvaise gestion de la situation, le président Amadou Toumani Touré a été déchu par un Coup d’État, puis remplacé par le président de l’Assemblée Nationale Dioncounda Traoré qui n’a pas eu davantage de succès. Avec l’intervention française le 14 janvier, suite à la marche islamiste vers Bamako, les ennemis du pays ont été peu à peu repoussés, mais la situation est loin d’être stabilisée et le Nord du pays a été sous contrôle ennemi pendant au moins un an. De cette situation découlait un dilemme : reporter les élections dans l’espoir d’une situation plus calme, et ce bien que la présence d’un président légitime soit une condition au retour à la normale ; ou bien organiser les élections malgré les troubles au risque d’élire quelqu’un qui aggravera la situation. Vingt-sept candidats se sont présentés, et la religion a été très présente dans la campagne (96% de la population est musulmane). De plus, 90% des personnes inscrites sur les listes électorales vivent au Sud, la région favorisée, tandis que les troubles sont apparus au Nord précisément parce que la population se sentait exclue. Même si on a pu noter quelques cas de fraude, le scrutin s’est bien déroulé. Quant au résultat, il sera connu vendredi au plus tard.

Pendant ce temps, le Pape François poursuit sa visite au Brésil, où ont eu lieu les JMJ, ou « Journées Mondiales de la Jeunesse », qui rassemble les jeunes catholiques du monde entier. Le concept de « Pape » peut nous sembler étrange au premier abord, mais pour faire simple, une partie des Terriens ne se contente pas de vivre leur foi de façon intérieure, beaucoup l’extériorisent en rendant autant un culte à l’institution qu’est l’Église, et à son chef le Pape – ce qui n’est pas le cas de tous les autres cultes. Soucieux de soigner l’image de ladite institution, laquelle est tachée par les scandales de corruption, de pédophilie et les luttes de pouvoir, le Pape se veut également proche du peuple. Á ce titre, il a apporté son soutien aux manifestants brésiliens dans leur colère contre la corruption des hautes sphères du pouvoir. L’élection d’un Pape aussi populaire pourrait s’avérer salutaire pour l’Église, qui voit le nombre de jeunes fidèles baisser de génération en génération.

Enfin, je suis navré, mais je vais devoir terminer ce rapport avec un événement que j’ai quelques difficultés à comprendre. Dans ce cas, pourquoi l’évoquer – me direz-vous ? Eh bien à en juger par le traitement médiatique qui lui est réservé, je ne peux que penser qu’il s’agit d’une actualité majeure. Ce fait d’importance – semble-t-il – n’est autre que la naissance du prince George Alexander Louis. Je sais ce que vous pensez : « au vu de la noblesse de son sang, bien sûr qu’il est important ! », mais je dois vous préciser deux choses : la première, c’est qu’ « avoir le sang bleu » sur Terre n’est qu’une expression, et n’est pas comme chez nous une expression littérale pour désigner les membres de la caste dominante (là-bas, tous ont le sang rouge). De plus, la famille royale n’est en Grande-Bretagne qu’un symbole et n’a aucun rôle politique. Alors certes, j’exagère quelque peu, l’événement est digne d’être mentionné et célébré, mais j’ai la sensation que sans l’accident de train qui a ouvert ce rapport, la naissance royale aurait accaparé l’actualité plusieurs jours de plus.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.