Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type






Juillet 2014

07/07/2014
Un Titre est-il Vraiment Nécessaire ?

Peu importe le nombre de fois qu’il demande à Petit Chat de se taire, l’animal ne cesse pas une seule seconde d’arrêter ses miaulements désespérés. Sa gamelle vide n’y est pas étrangère, mais il n’a plus une seule croquette à lui offrir. Glärb peut toujours retourner sur Terre et trouver un moyen de lui en ramener un nouveau sac, mais cela ne fera que retarder l’échéance. Ce qu’il faut, c’est reconduire la bête chez elle. Ça ne l’enchante guère, tant il s’est attaché à son douce fourrure, mais il lui faut être réaliste. Tout ce qu’il attend, à présent, c’est l’autorisation de sa hiérarchie. Celle-ci ne tarde pas à lui parvenir sous la forme d’un court message. Ils lui donnent le champ libre pour se débarrasser de la chatte. Bien. Il quittera discrètement l’Indiscret dès demain pour faire ces adieux. Mais d’abord, le rapport.

Vahrüt n°57. 30 Juin 2014 au 6 Juillet 2014. Calendrier Terrien.

Vous surprendrais-je si je vous disais que l’UMP se trouve une fois de plus dans la tourmente ? Le principal parti d’opposition n’est semble-t-il pas prêt de relever la tête. Après la démission de son chef controversé Jean-François Copé, rattrapé par l’affaire Bygmalion, c’est au tour de l’ex-président Nicolas Sarkozy de faire la Une des journaux. J’avais évoqué dans un précédent article une nouvelle affaire Sarkozy, révélée par les écoutes dans le cadre de l’affaire d’un supposé financement de sa campagne de 2007 par le dictateur Mouammar Kadhafi. Les juges avaient ainsi appris que l’un des plus hauts magistrats de France, Gilbert Azibert, renseignait l’ancien chef de l’État contre un petit coup de pouce, souhaitant assurer sa retraite en tant que conseiller d’État à Monaco. C’est donc sous l’accusation de « trafic d’influence » que pour la première fois, un président de la Ve République a été placé en garde à vue (14-15 heures) puis mis en examen mardi 1er juillet. Ses proches, ses admirateurs et lui-même, intervenu sur le plateau de TF1, dénoncent un acharnement judiciaire de juges rouges (notamment Claure Thépaut, qui n’est toutefois pas la seule en charge de ce dossier) doublé d’un complot du gouvernement. Il est en effet inadmissible de la part d’une telle dictature socialiste d’instrumentaliser la justice de la sorte pour condamner des grands hommes politiques plutôt que des petits délinquants au teint cuivré.

Tant mieux pour la France si elle n’a que ce scandale à se soucier, car pendant ce temps, un peu plus à l’Est, la guerre fait rage. Le cessez-le-feu décidé entre le président ukrainien Petro Porochenko, soutenu par les États-Unis et l’Union Européenne ; et les séparatistes de l’Est, appuyés par son homologue russe Vladimir Poutine, n’aura pas tenu longtemps. Les combats ont repris, et l’armée régulière a repris Slaviansk, l’une des villes les plus emblématiques de l’insurrection. Samedi, le chef Igor Strelkov et ses combattants fuyaient, laissant les habitants d’une ville meurtrie qui ne savent toujours pas si leurs libérateurs vont les sauver ou les tuer. Les Ukrainiens de l’Ouest sont divisés sur l’attitude à adopter sur le conflit. Les bellicistes, l’ancienne Premier ministre Ioulia Timochenko en tête, veulent écraser la rébellion dans le sang, tandis que le Parti des Régions (du président Viktor Ianoukovitch, déchu en février) et le Parti pour le Développement prônent le dialogue, et le président élu fin mai se situe entre les deux. Ce qui est certain, c’est que plus les morts s’accumuleront, plus la réconciliation entre Est et Ouest sera laborieuse.

Et ce n’est pas le seul pays menacé par un cycle de vengeance. C’était une erreur de ma part de ne pas l’avoir évoqué plus tôt, car je n’en avais pas perçu les conséquences : le 12 juin, trois adolescents israéliens ont été enlevés avant d’être retrouvés morts lundi 30. Le meurtre d’Eyal Yifrach, de Naftali Frenkel et de Gilad Shaer, une tragédie nationale, a toutefois été le moteur d’une haine anti-arabe frôlant la volonté d’extermination. Tous se souviennent du Massacre de Munich, en 1972, lorsque 11 athlètes olympiques ont été tués par des terroristes de l’OLP aux Jeux Olympiques de RFA. Le peuple juif demande la justice, ou du moins la vengeance. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou, qui n’a rien fait pour apaiser le climat, a lancé une opération en territoire palestinien, auquel les terroristes du Hamas a répliqué par des tirs de roquettes sur le sud du pays. Le ressentiment a poussé des extrémistes israéliens à kidnapper à leur tour un adolescent palestinien, Mohammad Abou Khdeir, 16 ans, qu’on a retrouvé mort mardi. Brûlé vif de l’intérieur comme de l’extérieur selon des sources palestiniennes, on lui aurait fait boire du carburant. Rien n’empêche à présent les Palestiniens de répliquer, et bis repetita. La loi du Talion a de beaux jours devant elle.

Mais à la décharge des Israéliens, ils sont tout de même entourés par des voisins qui pour beaucoup veulent leur mort. Et la création prochaine d’un nouvel État à cheval entre la Syrie et l’Irak ne va pas arranger les choses : ce « Djihadistan » établi par État Islamique en Irak et en Levant (renommé seulement « État Islamique ») annonce une période de troubles pour le Moyen-Orient. Son chef, le mystérieux Abou Bakr Al-Baghdadi, surnommé « le Calife », a fait son apparition à Mossoul pour exhorter les musulmans du monde entier de lui obéir : « Je suis le Wali [chef] désigné pour vous diriger, mais je ne suis pas meilleur que vous ; si vous pensez que j'ai raison, aidez-moi et si vous pensez que j'ai tort conseillez-moi et mettez-moi sur le droit chemin […] Obéissez-moi tant que vous obéissez à Dieu en vous ». Un homme charmant.

Enfin, j’ai bien du mal à tenir ma promesse de ne pas parler de la Coupe du Monde avant la finale, mais je vais tenir bon (quand bien même je n’ai pu m’y empêcher la semaine dernière). Mais je n’en resterai pas moins dans le domaine du sport, avec le début, samedi 5 juillet, de la 101e édition du célèbre Tour de France, au départ de Leeds, Royaume-Uni. Il semblerait que l’an dernier, lorsque j’ai évoqué cet événement, j’aie fait quelques erreurs. Il ne s’agit pas d’une compétition entre différents laboratoires pharmaceutiques, mais une course authentique entre sportifs plus ou moins dopés. Enfin le principal attrait de la Grande Boucle reste les paysages français qu’il offre aux yeux des téléspectateurs du monde entier. Le cyclisme, après, c’est très secondaire.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


15/07/2014
Coupé du Monde

Quelle histoire ! Quelle aventure ! Voilà Glärb fraîchement revenu dans son vaisseau, et le périple qu’il vient de vivre lui donne encore des frissons. À peine a-t-il posé le pied sur Terre pour y laisser Petit Chat qu’un groupe d’humains l’a repéré et capturé. Emmené inconscient dans un laboratoire, il ne doit sa liberté qu’à un habile stratagème consistant à boire le café de son gardien pour que celui-ci, privé de son breuvage, s’endorme et le laisse échapper à sa vigilance. Maintenant qu’il se trouve dans l’Indiscret et qu’il a accès aux actualités qu’il a raté, il s’aperçoit qu’il est sacrément en retard pour se mettre au travail. Hors de question de traîner, donc. Après avoir raconté en détail sa mésaventure en préambule, il s’attèle au gros du rapport, qu’il va devoir raccourcir d’un paragraphe pour ne pas prendre plus de retard.

Vahrüt n°58. 7 Juillet 2014 au 13 Juillet 2014. Calendrier Terrien.

Vous vous souvenez de ce cycle de vengeance que j’évoquais suite au meurtre de trois adolescents israélien et à celle d’un adolescent palestinien ? Sans surprise, les choses se sont envenimées, et ce ne sont certainement pas les responsables qui en paient le prix. Le Hamas, groupe terroriste palestinien qui partage plus ou moins le pouvoir avec le Fatah, n’a cessé depuis mardi de tirer des roquettes sur les territoires de l’état hébreu. En riposte, l’armée israélienne a lancé un raid dans la bande de Gaza, l’opération Protective Edge, notamment en bombardant des bâtiments. Les victimes se chiffraient samedi 12 (la journée la plus meurtrière) à 157 morts et plus d’un millier de blessés. Comme toujours, la communauté internationale s’est lancée dans le concours du pays qui exigera un cessez-le-feu avec les sourcils les plus froncés. Il faudra probablement attendre d’autres centaines de morts de plus pour que la technique fonctionne.

Dommage que d’autres événements d’envergure mondiale ne puissent plus détourner l’attention du conflit au Proche-Orient : la 20e Coupe du Monde de football s’est en effet achevée, dimanche 13, par une victoire allemande face à l’Argentine, 1 – 0. Le gardien allemand Manuel Neuer a reçu le titre de meilleur gardien et le joueur le mieux payé du monde (41 millions d’euros/an), l’argentin Lionel Messi, a obtenu le (controversé) Ballon d'or. Il n’y avait guère de suspense quant au vainqueur, après la sévère déculottée que la Nationalmannschaft a infligé au Brésil en demi-finales (7 – 1). L’équipe de France est rentrée chez elle au terme des quarts de finale, battue d’un but par leurs voisins d’outre-Rhin, après un parcours qui les a réconciliés avec leurs supporters et effacé la honte de la grève de Knysna en 2010. Il est en tout cas certain que la défaite de la Seleçao aura des conséquences politiques, n’en déplaise à la présidente Dilma Roussef, qui assurait le contraire. Les Brésiliens qui souhaitaient un événement sportif flamboyant pour oublier les difficultés du pays se sont aperçus que leur argent a financé l’humiliation de leur équipe nationale. Et avec les élections présidentielles qui se profilent en octobre, le Parti des travailleurs risque d’en prendre pour son grade.

Une fois de plus, je vais parler de grève française. Non pas de la SNCF, mais d’un acronyme qui s’en rapproche : la SNCM. La Société Nationale Corse Maritime, de son vrai nom, s’était lancée fin juin dans une grève pour protester contre la menace d'un redressement judiciaire. Les usagers n’ont donc pas pu prendre le bateau pour entrer ou sortir de l’île pendant 16-17 jours jusqu’à ce que le trafic reprenne, le 9 juillet ; sachant qu’il est plus difficile de s’en prendre à des employés craignant pour leur emploi qu’à des cheminots qui refusent une réforme ferroviaire. Un accord a finalement été trouvé avec les deux principaux actionnaires (Transdev et l’État) qui engage ces derniers à ne pas déposer le bilan… avant octobre. Une maigre victoire, donc. Toujours est-il que les dégâts économiques de la grève sont plutôt conséquents : la somme avancée se situe entre 15 et 20 millions d’euros.

Puisque j’ai mentionné la SNCF, je ne peux m’empêcher de parler de ce rapport accablant des experts désignés par la justice qui dresse un sombre tableau de l’état des voies ferrées, un an après la catastrophe de Brétigny. Souvenez-vous, j’en avais parlé peu après mon arrivée : un train avait déraillé en faisant sept morts et des dizaines de blessés à cause d’une éclisse mal vissée. Le rapport évoque un « état de délabrement jamais vu » et fustige notamment les règles de maintenance, qui n’ont pas permis de détecter les défaillances. Le PDG de la SNCF, Guillaume Pépy ; ainsi que celui de Réseau ferré de France ont assuré qu’ils ne contestaient pas les déclarations du procureur, puisqu’ils n’avaient pas encore pu lire le rapport qu’il possède. Il n’est toutefois pas à exclure qu’ils demandent une contre-expertise, si celle qui les accuse ne les satisfait pas.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


21/07/2014
Le Coup de Grâce

Sitôt sa conscience vaguement réveillée, Glärb s’est jeté sur son poste de travail avant même que ses yeux ne soient tout à fait ouverts. Vite ! La réponse de sa hiérarchie ! Ses yeux encore embrumés parcourent plusieurs fois la première phrase sans la comprendre. Il ferme les yeux. Les rouvre. Les ferme. Les rouvre. Voilà, il voit déjà mieux. Le message qu’il a reçu hier l’a pour le moins paniqué. Terrifiés à l’idée que les humains aient découvert l’existence de leur race après son éphémère captivité, ses supérieurs ont souhaité annuler sa mission. Avant d’aller se coucher, l’observateur leur a assuré que personne, sur Terre, ne croirait les élucubrations d’un groupe de scientifiques du dimanche. À en croire la réponse qu’il vient de recevoir, ils sont rassurés. Voilà qui est bien mieux. On dirait bien que Glärb va garder son travail. Et en parlant de travail, il serait temps de s’y mettre !

Vahrüt n°59. 14 Juillet 2014 au 20 Juillet 2014. Calendrier Terrien.

Cette semaine a été marquée par une tragédie, que l’on retrouve sur tous les journaux et toutes les chaînes : l’explosion au vol d’un Boeing 777 dans l’Est de l’Ukraine. Le vol MH17 de Malaysia Airlines en partance d’Amsterdam devait rejoindre Kuala Lumpur, mais il a vraisemblablement été touché par un tir le 17 juillet au niveau de la frontière russo-ukrainienne. Le bilan est de 298 morts, parmi lesquels 15 membres d’équipage. Les nationalités les plus représentées parmi les victimes sont les 192 Néerlandais, les 28 Malaysiens et les 27 Australiens (ainsi que 12 Indonésiens, 9 Britanniques, 4 Allemands et 4 Belges, entre autres). Parmi eux se trouvaient une centaine d’experts du Sida, en route vers une conférence. Si la piste accidentelle s’éloigne de plus en plus, des batteries de missile SA-17 « Grizzly » russes étant mis en cause, les Ukrainiens et les Russes se renvoient la responsabilité du crash. Les soupçons pèsent surtout sur les séparatistes pro-russes, qui ont déjà abattu plusieurs avions Antonov de l’armée ukrainienne et dont les communications interceptées pourraient laisser croire qu’elles ont pris l’avion de ligne pour un bombardier. La guerre ralentit les recherches, et les insurgés ne conditionnent la venue d’inspecteurs qu’à une trêve avec le gouvernement de Kiev – même s’ils ont eu le temps avant cela d’évacuer des corps et de piller l’épave. Le problème, c’est qu’un matériel aussi sophistiqué n’est pas à la portée du premier rebelle venu ; aussi la Russie est accusée, entre autres hypothèses, d’avoir fourni les batteries de missile sol-air utilisées sans l’entraînement adéquat. Le président Vladimir Poutine a quant à lui accusé le gouvernement ukrainien, puisque même si le tir vient des séparatistes, c’est à cause de la Kiev que l’Est est dans une telle situation, ainsi la responsabilité leur revient totalement. Une autre explication n’a pas tardé à être évoquée sur Internet, notamment sur le site Russia Today qui cite l’agence de presse russe Interfax : ainsi la vraie cible aurait été à l’origine l’avion ramenant le président du Brésil, qui aurait d’ailleurs croisé le Boeing abattu. Sauf que la rumeur a non seulement été démentie par le site Gazeta.ru, mais n’a jamais été mentionnée par le Kremlin. Quant à la compagnie aérienne malaysienne, pourtant réputée, qui en est à sa deuxième catastrophe aérienne en à peine quatre mois, il y a peu de chances qu’ elle puisse s’en remettre.

Pendant ce temps, la situation à Gaza ne semble pas s’améliorer. Les raids israéliens, cette semaine, ont fait toujours plus de morts : le bilan estimé est porté à 437 morts palestiniens, dont 62 dimanche 20 à Chajaya, le bombardement le plus meurtrier depuis 2008 tandis que 2 civils et 18 soldats israéliens ont été tués (dont un par des tirs alliés). Sans surprise, le conflit s’exporte dans de nombreux pays, dont la France. Des manifestation pro-palestiniennes étaient d’ailleurs organisées à Barbès ou Sarcelles, mais n’ont pas reçu l’aval du gouvernement. De ce fait, les manifestants frustrés, majoritairement arabes, sont tout de même sortis dans les rues pour protester, et les moins pacifiques ont fini par affronter les forces de l’ordre. Même chose à Sarcelles, dans le Val d’Oise. Voitures incendiées, vitres brisées, une violence qui servira certainement de prétexte pour mieux interdire les prochaines manifestations.

Malheureusement, vous allez devoir attendre encore un peu avant de me voir aborder des sujets plus heureux. Au Mexique, la police a mené une opération à Zamora, dans l’État du Michoacan, dans un foyer nommé « La Grande Famille », ou « La Gran Familia », suspecté de mauvais traitements envers ses pensionnaires. « Mauvais traitements », est un mot faible, puisque c’est un véritable enfer qui a été décrit par les pensionnaires : des « violences physiques et psychologiques » sur les enfants, l’aumône forcée, la nourriture avariée voire déjà décomposée, les nuits passées à même le sol, au milieu des rats et des punaises, ou enfermés sans eau ni nourriture. Sans parler des viols suivis d’avortements forcés. Au total, 596 personnes (458 mineurs – 6 en bas-âge – et 138 majeurs) ont été libérés de cet établissement fondé il y a quarante ans par Rosa del Carmen Verduzco. La Grande Famille était un lieu respecté à Zamora : l’écrivain français Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008, avait même reversé une partie de ses droits d’auteurs au foyer. Même aujourd’hui, « Mama Rosa » bénéficie toujours de nombreux soutiens : l’intellectuel mexicain Enrique Krauze ou l’ancien président Vicente Fox Quesada ont publiquement pris parti pour l’octogénaire sur Twitter, et d’anciens pensionnaires ont manifesté, estimant que cette arrestation « infâme » était motivée par « une main politique ».

Je comptais vous parler du 14 juillet français avant de me rendre compte qu’il n’y a pas grand-chose de plus à dire que l’an dernier, d’autant plus que j’ai déjà abordé la polémique provoquée par la présence de soldats algériens dans un précédent rapport. Contentons-nous, dans ce cas, de quatre paragraphes, en terminant par quelque chose à même de vous redonner foi en l’humanité après ces noires nouvelles. Nathen Steffel est un Américain, père de Sophia, une petite fille décédée d’une tumeur du foie à six semaines. Pas une seule fois il avait pu prendre une photo de sa fille sans la myriade de tubes qui la maintenaient en vie ; aussi a-t-il demandé de l’aide sur le site Reddit. Les utilisateurs de logiciels de photomontage se sont donc attelés à la tâche, et ce n’est pas une, mais de nombreuses photos modifiées que le père endeuillé a reçu. Est-ce que des Mwandishi auraient fait la même chose ? Je n’en suis pas si sûr.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


28/07/2014
La Loi des Séries

Ce matin, Glärb aurait juré qu’une langue râpeuse léchait son menton. Mais en ouvrant les yeux, rien de tel. Il regarde partout autour de son lit, à la recherche de Petit Chat, pour finalement s’apercevoir que la créature n’est plus à bord. Ce n’est pas sans un petit pincement au cœur qu’il s’assoit face à son ordinateur. L'animal n’a vécu avec lui que quelques semaines, mais il s’y est si vite attaché ! Elle sera probablement mieux sur Terre, parmi les siens. Ce serait risqué d’aller la rechercher. Même si… non, il ne peut pas. Secouant frénétiquement la tête sans se soucier de ce que ceux qui l’observent à la caméra en penseront, il lance son programme de traitement de texte.

Vahrüt n°60. 21 Juillet 2014 au 27 Juillet 2014. Calendrier Terrien.

L’actualité peut parfois être cruellement ironique. L’an dernier, je prenais note de la récurrence à la même période des accidents de train (Brétigny, Saint-Jacques de Compostelle, Lac-Mégantic…). Cette fois-ci, il semblerait que le sort s’acharne sur les avions. Après l’avion Amsterdam – Kuala Lumpur abattu la semaine dernière, ce n’est pas une, mais deux nouvelles catastrophes aériennes qu'il y a à déplorer. La première s’est déroulée sur une île au large de Taïwan, lorsqu’un ATR 72-500 de la compagnie TransAsia Airways s’est écrasé sur deux maisons près de l’aéroport après avoir demandé l’autorisation pour un deuxième essai d'atterrissage en pleine tempête. Sur les 58 personnes à bord, dont 4 membres d’équipage, seules 10 personnes ont survécu. Le second a eu lieu dans l’Est du Mali en guerre, non loin de la frontière du Burkina-Faso. Reliant Ouagadougou à Alger, il est passé au milieu d’un orage d’une rare violence. Les insurgés touaregs et les terroristes islamistes de la région ne disposant pas cette fois-ci d’un armement capable de neutraliser un appareil volant si haut, le crash est très certainement d’origine climatique. Sur les 118 passagers, les nationalités les plus représentées étaient les Français (54) suivis de 28 Burkinabés, de ce fait le gouvernement français s’est fortement impliqué dans ce qui est bien plus qu’un fait divers. L’armée française, sur les lieux, a retrouvé l’épave – particulièrement ravagée – grâce à l’aide burkinabée. Même s’il est encore trop tôt pour le ressentir, après un tel acharnement du sort, il y a fort à parier que le chiffre d’affaire des compagnies aériennes va diminuer.

Je pourrais de nouveau parler de la situation qui ne s’améliore pas à Gaza ou des nouvelles manifestations en France dont certaines ont dégénéré, mais ce rapport s’en trouverait un peu trop similaire au précédent. J’évoquerai donc, non loin de là, ce qu’il se passe en Irak. Le groupe terroriste État Islamique – celui-là même dont le chef Abou Bakr Al-Baghdadi souhaite établir un califat – a fait sauter à Mossoul la tombe du prophète Jonas, mentionné à la fois dans la Bible et le Coran, parce qu’il s’agirait d’un lieu d’apostasie. Les Chrétiens sont toujours plus nombreux à fuir le territoire qu’ils contrôlent, et la rumeur d’une fatwa pour l’excision des femmes a été démentie ; mais s’agissant de l’un des groupes islamistes les plus violents qui soient, on comprend qu’une telle rumeur se soit répandue jusque dans le Guardian britannique. Dans le même temps, le Parlement irakien a élu son président, Fouad Massoum, Kurde comme la plupart des présidents. Ce peuple vivant au Nord-ouest du pays, étalé également sur la Syrie et la Turquie, cherche d’ailleurs à acquérir son indépendance en profitant du chaos qui règne. Mais la fonction de président n’est que décorative, car le pouvoir est entre les mains du Premier ministre Nouri Al-Maliki.

En revanche, il y a un pays qui a cette semaine confirmé l’élection d’un président qui pourrait avoir une grande influence : c’est l’Indonésie. Le plus grand pays musulman du monde avait dû choisir le 9 juillet entre le général Prabowo Subianto, conservateur, héritier du président sortant et gendre de l’ancien dictateur Suharto ; et Joko Widodo, un homme qui a grandi dans les bidonvilles et s’est élevé au rang de gouverneur de Jakarta, réputé proche du peuple, grand amateur de hard-rock et de métal (il possède une guitare dédicacée par le groupe Metallica). Mardi 22 juillet, Ce dernier, surnommé « Jokowi », a officiellement été élu président de la République. Son score pas si élevé (53%) s’expliquerait en partie par la campagne de diffamation menée par ses adversaires, notamment puisqu’il était accusé d’être chrétien et d’origine chinoise. Il n’aura pas la tâche facile, entre les accusations de fraude de son rival et la gestion d’un pays de 250 millions d’habitants où 100 millions d’entre eux ne vivent qu’avec 2 dollars par jour.

Cap vers les États-Unis, à présent, où les regards se sont braqués vers l’Arizona. Comme dans l’Ohio en janvier et dans l’Oklahoma en avril, l’exécution d’un condamné à mort a mal tourné. La peine capitale, qui se fait par injection létale, a récemment dû s’adapter à la décision des laboratoires européens de ne plus fournir les produits nécessaires à la mise à mort. Et par « s’adapter », j’entends « tester des mélanges hasardeux ». Ainsi, Joseph Wood, condamné pour avoir assassiné son ex-petite amie et le père de cette dernière en 1989, a passé deux heures à « respirer lourdement » et à suffoquer avant de rendre l'âme. Pas de quoi choquer le moins du monde les plus attachés à la peine de mort. Comme l’a fait remarquer Jan Brewer, la gouverneure républicaine de cet État du sud, cette agonie douloureuse ressemble à « la souffrance horrible et brutale que [Joseph Wood] avait fait endurer à ses deux victimes – et la souffrance à vie qu'ont éprouvée leurs familles ». Les humains ont une curieuse conception de l’État de droit.

Ou peut-être ne s’agit-il que des Américains. Voilà en effet un peuple bien étrange, comme en témoigne le phénomène dit « coal-rolling » qui se répand, et dont un article du Monde s’est récemment fait l’écho. La pratique consiste à faire un grand doigt d’honneur aux écologistes de tous poils, et en particulier à la politique environnementale du président Barack Obama, jugée trop répressive. Les républicains pur jus, ceux qui ne voient dans le réchauffement climatique qu’un vaste complot communiste, prennent donc soin de remplacer les pièces de leur pick-up pour mieux laisser de sombres nuages dans leur sillage. Polluer pour le plaisir de polluer, en somme.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


05/08/2014
Actualités en Vrac

Glärb commence à s’habituer à passer des heures devant son écran à attendre que lui parvienne le message qu’il attend. Au début de ce vahrüt, c’était la confirmation par son frère que son précédent courrier interstellaire n’était pas qu’une mauvaise blague, et à présent c’est la réponse de sa hiérarchie à sa demande de congés anticipées qu’il guette. Il lui est de toute manière impossible de s’endormir. Sa mère ? Tombée malade ? Elle qui se porte toujours si bien ? Jamais jusqu’ici ne s’est-il trouvé si handicapé par son isolement. Peut-être, si ses supérieurs lui répondent favorablement, pourra-t-il revenir temporairement sur Krantavis. En attendant, il n’a pas d’autre choix que de tâcher de se concentrer sur son travail, comme si de rien n’était.

Vahrüt n°x. 28 Juillet 2014 au 3 Aout 2014. Calendrier Terrien.

Commençons par une affaire qui a déjà fait grand bruit en France, et à juste titre : l’Inspection générale de la police nationale, également appelée « Police des polices », a mené une perquisition le jeudi 31 juillet au 36 quai des Orfèvres à Paris, qui n’est autre que le siège de la police judiciaire. Les chiens renifleurs ont fouillé le bâtiment à la recherche des 52,6 kg de cocaïne disparus entre le 23 juillet – date à laquelle on les a vus pour la dernière fois – et le 31 juillet – date où la disparition a été découverte. Notons que cela représente plusieurs sacs d’un certain poids, qui ne passent certainement pas inaperçus, et dont le prix pourrait atteindre deux millions d’euros. Un brigadier de 34 ans a été interpellé samedi 2 aout : reconnu par plusieurs de ses collègues sur les images d’une caméra de surveillance montrant un homme entrer et sortir avec deux sacs, il dispose en outre de sept appartements parisiens,. Il est pour le moment l’unique suspect de l’affaire. Notons que le 36 Quai des Orfèvres a déjà fait couler de l’encre en mai lorsqu’une touriste canadienne s’était dit victime de viol dans ses locaux – l’enquête n’a pas encore abouti.

Une fois de plus, je vous emmène à Gaza, où la situation ne s’améliore pas (1 712 Palestiniens tués depuis le 8 juillet selon les secours palestiniens). Le groupe terroriste du Hamas n’a aucun besoin de faire de la propagande puisque les bombardements et raids israéliens sur cette bande de 360 km² habitée par 1,7 millions d’âmes suffisent amplement. L’Opération Protective Edge, bien plus que toutes celles menées ces dernières années, divise le monde, et l’opinion est toute aussi partagée en France qu’aux États-Unis, qui pourtant ravitaillent l’État hébreu en munitions. Une vidéo, dans la guerre médiatique que se livre chaque camp, a fait sensation : un responsable de l’ONU interrogé par la chaîne arabe (et naturellement pro-palestinienne) Al Jazeera n’a pu retenir ses larmes en évoquant le bombardement d’une école retenue par les Nations Unies (qui avait par ailleurs demandé à de nombreuses reprises de ne pas être prise pour cible en raison de la présence de civils). Un cessez-le-feu de trois jours a été trouvé vendredi entre les belligérants… avant d’être rompu deux heures plus tard. La paix entre Israéliens et Palestiniens est-elle envisageable ? La stratégie d’Israël consiste à nettoyer la zone comme on tondrait une pelouse pour la débarrasser des mauvaises herbes du Hamas, ce qui signifie que même l’arrêt des combats ne signifierait en rien un retour à la tranquillité.

Revenons à présent à l’Ukraine et à la Russie. Non pas qu’il s’y soit déroulé un nouvel événement sanglant, si ce n’est que la bataille de Donetsk a commencé avec son lot de victimes civiles, infligées par l’armée ukrainienne comme par les séparatistes. L’enquête sur le crash de MH17 a commencé malgré les pillages ou la disparition de corps… ou encore les pilonnages de l’artillerie. Depuis le désastre, Vladimir Poutine se trouve d’ailleurs dans une position plus qu’inconfortable, au point de passer du rang de leader d’un « bloc » anti-américain à celui de pestiféré diplomatique. Il peut certes s’en sortir en cessant de soutenir les séparatistes pro-russes et en arrêtant leur approvisionnement en armes, mais son peuple nourri à la haine du « gouvernement nazi » de Kiev peinerait sans doute à comprendre. En tout cas, la crise ukrainienne aura eu comme effet de souder l’Union Européenne dans une prise de sanctions commune. En effet, Angela Merkel, François Hollande, David Cameron et Matteo Renzi et les autres membres des 28 se sont accordés mardi sur de douloureuses sanctions : gel des avoirs de 91 personnes, trois entreprises (dont une banque) ciblées, arrêt des investissements et des ventes d’armes, etc. Si le gaz et le pétrole sont quelque peu épargnés de ces dispositions (dépendances allemande et italienne obligent), le président russe aurait tort de s’en servir pour faire pression, puisque sa fragile économie ne repose que sur les énergies fossiles.

Un petit tour en Afrique, à présent. Je ne sais plus si j’ai déjà évoqué le virus Ebola qui sévit depuis plusieurs mois, parti de Guinée pour atteindre ses voisins (le Sierra Leone et le Liberia) Si l’on dénombre pour le moment 826 morts pour 1440 malades, le bilan devrait s’alourdir, puisqu’à la différence des précédentes occurrences de l’épidémie, l’Afrique s’est développée et les flux humains propagent plus facilement les maladies. En revanche, la faible hygiène dans les grandes villes comme Conakry inquiète beaucoup l’Organisation Mondiale de la Santé. Ajoutons à cela l’arrivée de l’épidémie cette semaine au Nigéria, première économie du continent avec son lot de bidonvilles insalubres. Les services de messagerie nigérians ont par ailleurs refusé de transporter l’échantillon du virus pour l’envoyer à l’OMS. Notons également l’arrivée d’un Américain infecté aux États-Unis – sous bonne garde, bien entendu – et vous comprendrez que l’on n’a pas fini d’entendre parler de ce que Jean-Marie Le Pen nommait sans remords « Monsieur Ebola ».

Comme nombre de mes rapports, je vais terminer aux États-Unis, où cette semaine était riche en aveux. Mais pas des aveux particulièrement surprenants. Tout d’abord, le président Barrack Obama a admis, lors d’un discours, que l’usage de la torture a été fait plusieurs fois depuis les attentats du 11 septembre 2001 : « Nous avons torturé des gens ». J’ignore s’il existe au monde une personne qui en doutait. Plus problématique : la sénatrice démocrate Dianne Feinstein accusait depuis plusieurs mois la CIA, la Central Intelligence Agency, d’espionner les ordinateurs des sénateurs de la commission du renseignement qui, justement, préparaient un rapport sur le « programme de détention et d’interrogatoires de la CIA ». Je suis sûr que vous pouvez aisément deviner ce qu’a fini par avouer le porte-parole de l’agence de renseignements dirigée par John Brennan.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.