Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type






Juin 2013

02/06/2013
Rivalités et Célébration

Le cœur allègre, Glärb se promène d’un pas léger dans son vaisseau, vaquant à ses occupations extra-terrestres lorsqu’un regard involontaire sur l’horloge du tableau de bord le ramène à la dure réalité. Son sourire, instantanément, s’efface alors pour laisser place à une mine horrifiée, de celles que l’on fait lorsqu’une agréable journée est soudainement ruinée. Il va devoir se mettre au boulot. Debout, il reste immobile quelques instants, le regard languissant sur son cahier de Zbodl, l’équivalent Mwandishi des mots fléchés. Ça ne lui prendra pas plus de quelques heures, alors autant s’y mettre, se dit-il en haussant les épaules. Et c’est sur ces pensées qu’il se met effectivement au travail.

Vahrüt n°3. 27 Mai 2013 au 2 Juin 2013. Calendrier Terrien.

J’avais évoqué dans mon premier rapport l’importance culturelle que revêtent les émeutes sur Terre, mais il semblerait que leur rôle ne soit pas cantonné au prolongement des activités sportives. En effet, je n’avais pas encore évoqué les émeutes de Husby, une banlieue de Stockholm en Suède, qui ont démarré après la mort d’un homme de 69 ans, tué par des policiers qu’il menaçait d’une machette. Il semble toutefois que la portée de ces affrontements ne se limitent pas à ce seul pays, car voilà maintenant plusieurs jours que les étincelles ont gagné un autre pays d’Europe, la Turquie, pour une raison différente : la construction controversée d’une caserne abritant un centre commercial sur l’un des parcs de la ville d’Istanbul. Je ne sais toujours pas, à ce jour, si ces tensions s’inscrivent dans une opposition au pouvoir en place et à sa politique de plus en plus discutée, ou bien dans une rivalité avec les Suédois pour occuper l’espace médiatique. Il convient en tout cas de rappeler qu’en 60 ans de Football, les deux pays se sont affrontés huit fois, conduisant à 4 match nuls et à 2 victoires de chaque côté : il ne serait donc guère étonnant que ces deux grandes nations cherchent un autre terrain - médiatique cette fois - pour mettre un terme à cet antagonisme.

Une autre forme de rivalité que j’ai pu constater se situe au niveau des plus hautes sphères des États européens, car le mercredi 29 mai, les grands pontes de l’Union Européenne, à Bruxelles ont eu l’audace de sommer au dirigeant français de réduire le déficit de son pays , par le biais d’un document de neuf pages, le poussant entre autres à organiser une réforme des retraites qui serait désastreuse pour la popularité déjà vacillante du président de la République. Cette ingérence est d’autant plus étrange qu’il m’avait semblé jusque là que l’Hexagone – comme on l’appelle – était un pays indépendant. S’agirait-il en réalité d’une colonie vaguement autonome et soumise aux directives de personnages comme Olli Rehn, commissaire européen de l’économie, qui n’a jamais gouverné de pays ? Je n’en trouve en tout cas nulle trace sur l’Internet ; et au vu des réactions offusquées de la classe politique française, je ne me risquerais pas à avancer cette hypothèse.

D’autres rivalités se sont fait entendre cette semaine avec une étrange élection qui a lieu en ce moment même dans la ville de Paris. L’UMP, parti d’opposition conservateur, y est en train de choisir quel sera le candidat aux élections municipales de l’an prochain dans la capitale. Vous conviendrez comme moi de l’ironie de cette pratique : des élections qui servent de préambules à une élection prochaine ! Ce n’est pas la première fois qu’un tel phénomène se produit, et les résultats sont souvent mitigés. Tout porte d’ailleurs à croire que ce sera le cas une fois encore, car les quatre candidats en lice (de gauche à droite sur l’image jointe), Franck Margain, Jean-François Légaret, Pierre-Yves Bournazel et Nathalie Kosciusko-Morizet, se livrent une lutte sans merci qui se traduit, semble-t-il, par plusieurs cas d’irrégularités. Ajoutons à cela que le vote électronique est une pratique déjà contestée et que la procédure n’a pas été validée par la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) et vous aurez une idée du chaos de la situation.

Dans un tout autre registre, et dans un tout autre lieu, j’ai pu observer une vidéo en tout début de semaine dont le journal français Le Monde est à l’origine. Celle-ci vise à prouver l’utilisation d’armes chimiques en Syrie, qui est depuis deux ans le théâtre d’affrontements sanglants. L’ambition de ce reportage est d’autant plus grande que les États-Unis, plus grande puissance militaire mondiale, avaient assuré qu’ils interviendraient s’il était prouvé que Bashar El-Assad se sert de telles armes contre son peuple. Les humains n’en ont peut-être pas conscience, mais vous et moi savons par expérience que les armes chimiques sont un véritable fléau à ne pas prendre à la légère (mais sans doute est-ce le fait d’avoir perdu ma sœur dans l’attaque de Halöbgha qui me fait manquer à mon objectivité)

J’ai également pu voir quelques images du premier mariage homosexuel célébré en France le 29 mai entre Bruno Boileau et Vincent Autin à Montpellier. Je dois dire que j’ai été très surpris, notamment par les différences majeures qui distinguent les mariages Terriens des nôtres. Il semble que les humains ne lésinent pas sur la médiatisation de leurs unions, comme en témoignent les 200 journalistes présents lors de la cérémonie, représentant pas moins de d’une vingtaine de nationalités différentes. J’étais tout aussi stupéfait que l’ « Agence France Presse » ait fait des deux « Oui » finaux une dépêche spéciale, de type « flash », du même acabit que celles utilisées à la mort d’un chef d’État. J’ignore pour le moment si les noces sont si rares sur Terre qu’elles sont exceptionnelles ; ou si leur prolifération, avec un tel traitement, a pour effet de saturer les médias pendant la saison des épousailles, mais une chose est sûre, c’est que ces humains n’ont pas fini de me surprendre.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


09/06/2013
La Vie Privée des Terriens

Trente-deux, trente-trois, trente-quatre, trente-cinq… Non, ça ne va pas. Un peu de concentration, que diable ! Pour la troisième fois en une heure, Glärb s’était surpris à compter les dalles qui composaient le sol de l’Indiscret. Il lui fallait pourtant écrire son rapport, mais le souci, c’est qu’il s’était jusque là imposé de rendre compte d’au moins cinq actualités majeures, or voilà que malgré tous ses efforts, il n’arrivait pas à dénicher un dernier sujet. Peut-être qu’en y réfléchissant encore un tout petit peu en repensant à ce qu’il avait lu tout au long de la semaine, une idée lui viendrait tout à coup. Il se redressa donc sur le dossier de son fauteuil, puis ferma les yeux avant de les rouvrir une minute plus tard. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept… Non, ça ne va pas ! Oublions ces maudites dalles, se dit-il en se penchant sur son clavier, bien décidé à improviser au fur et à mesure de sa rédaction.

Vahrüt n°4. 3 Juin 2013 au 9 Juin 2013. Calendrier Terrien.

La France, cette semaine, a été ébranlée par un événement majeur : la mort, le 5 juin, du jeune Clément Méric, jeune militant d’extrême-gauche, des suites d’une violente échauffourée avec des membres des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires, à Paris. L’événement est tragique, mais je peine à comprendre d’où vient cet intérêt si insistant lorsque des meurtres tout aussi brutaux ont lieu sans provoquer le moindre émoi. Il semblerait que tous les personnages politiques y soient allés de leur commentaire, les uns appelant à dissoudre le groupe responsable, les autres renvoyant les responsables de la Manif’ pour Tous à leur rôle dans la stimulation des groupuscules d’extrême-droite. Certains ont été jusqu’à évoquer la violence dans les jeux-vidéo, et l’on en trouve même qui dénoncent la récupération politique de l’événement… tout en le récupérant eux-mêmes. Les humains ont-ils un tel irrespect des défunts qu’ils puissent se chamailler sans honte autour du cadavre encore chaud de l’un des leurs ? Il est normal d’être révolté par cet événement, mais entre exprimer sa douleur en condamnant les coupables, et instrumentaliser un assassinat au mépris du deuil des familles, il y a une distinction qu’un grand nombre de Terriens a l’air d’ignorer.

Dans le même temps, ce pays a également apporté un nouvel élément dans le dossier syrien, bloqué depuis de nombreux mois en raison des intérêts divergents des puissances mondiales. Le reportage du Monde que j’avais mentionné dans mon article précédent a eu des portées sur le plan politique, car le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a annoncé que le gouvernement avait « la certitude que le gaz sarin a été utilisé en Syrie à plusieurs reprises », une affirmation qu’a confirmé le gouvernement britannique peu après. L’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien constituait la ligne jaune tracée par le président américain Barrack Obama, pouvant légitimer une intervention, mais ce dernier est pour le moins gêné, car en dépit de ses déclarations, il n’a nulle envie de s’immiscer dans ce conflit. Ajoutons à cela les nombreux doutes sur l’identité de ceux qui ont utilisé le gaz (des combattants du groupe « Al Nosra » ayant été arrêtés en possession de gaz sarin par les autorités turques), et vous aurez une idée du bourbier diplomatique. En conséquence, quelle que soit l’identité des criminels, ils auront toute latitude pour faire souffrir la population pendant encore longtemps.

Pendant ce temps, aux États-Unis, un scandale a éclaté suite à une enquête du journal britannique The Guardian, parue le jeudi 6 juin, qui révèle que le gouvernement fédéral s’est servie de la société de télécommunication « Verizon » pour surveiller ses citoyens dans le cadre de la lutte antiterroriste. Malgré le discours du président le lendemain, assurant « personne n’écoute vos appels téléphoniques », tout en reconnaissant que les numéros et la durée des communications étaient surveillées de près, l’opinion publique ne décolère pas, d’autant plus que tout porte à croire que des sociétés comme Apple, Google, Microsoft, etc. sont liées de près ou de loin à ce programme de surveillance. En somme, il s’agit d’attenter à la vie privée de la population en réduisant ses libertés, à son insu, dans le but contradictoire de la protéger (en admettant que cette méthode controversée fonctionne, ce qui est loin d’être prouvé).

Vraiment, le dédain des Terriens pour leur propre vie privée dépasse l’entendement. Sans doute penserez-vous que le cas cité est légitime, et est un moindre mal. Soit, l’argument se vaut, mais ce que je m’apprête à écrire vous fera sans l’ombre d’un doute chuter de votre siège. Figurez-vous que les données personnelles des utilisateurs d’Internet, en plus d’être récupérées par les grandes entreprises du milieu, se vendent et constituent même un marché florissant, estimé à 315 milliards de dollars. Une fois encore, tout est prélevé sans que le principal concerné en soit informé ; c’est pour cette raison que la Commission Européenne prévoit d’imposer à ces entreprises la recherche du « consentement explicite » des usagers avant de s’emparer des précieuses données. Une chose normale, me direz-vous, mais le vote de cette mesure semble compromis par l’action de très nombreux lobbies qui y voient des inconvénients financiers, et qui se sont mis en tête de faire changer d’avis les membres de la Commission Européenne. La bataille entre profit économique et liberté individuelle, que nous avons livrée voilà plusieurs siècles sur Krantavis, se joue sans cesse sur Terre.

Pour terminer, il me faut parler de cette compétition qui a eu lieu ces derniers jours à Paris, que l’on nomme « Roland Garros », consacrée au tennis. La finale, qui s’est déroulée aujourd’hui, opposait les espagnols Rafael Nadal et David Ferrer (si les Espagnols sont si bons, sans doute devraient-ils organiser une compétition semblable dans leur pays plutôt que de s’embêter à venir chez leur voisin qui n’a plus gagné depuis 30 ans). Le tennis est un sport pour le moins fascinant, qui consiste à opposer deux joueurs armés de raquettes dont ils se servent pour taper dans une petite balle jaune. Á première vue, j’ai pensé que le but était de crier le plus fort, et que celui qui hurlait de la manière la plus virile remportait le match. Très vite, cette impression s’est effacée et j’ai alors imaginé qu’il s’agissait d’assommer son adversaire avec ladite balle, mais ça ne collait pas avec le fait que les joueurs visaient à l’autre bout du terrain. En réalité, il s’avère que le but est d’empêcher l’autre de renvoyer la balle, en engrangeant ainsi des points. Je dois dire que l’irruption d’un homme torse nu au cours du match (se réclamant des « Hommen » en défense du droit des enfants qu’il estime bafoué par la loi votée récemment) a d’autant plus contribué à ma confusion sur les règles de ce sport. Mais toujours est-il que le dénommé Nadal n’a eu aucun mal à remporter le titre, et ce pour la huitième fois.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


17/06/2013
Une Arrogance sans Limites

« ♪ On bouge, on bouge, on bouge toute la nuit. On bouge, on bouge, c’est c’que font les Mwandishi ♫ ». Un pas après l’autre, Glärb danse en rythme avec la musique qui retentit dans son vaisseau et qui lui rappelle, nostalgique, ces longues réunions de famille où passée une certaine heure, l’assemblée est divisée entre ceux qui refusent de danser sur des chansons de si mauvais goût et ceux qui sont ivres. Heureusement, il n’y a personne ici pour se moquer de ses piètres pas de danse, et il peut s’adonner sans honte à cette activité aussi sportive que fatigante. Toutes les bonnes choses ont une fin, cependant, et celle-ci arrive bientôt à son terme. Le souffle coupé, Glärb finit par se poser devant le tableau de bord pour taper son rapport et, la tête entre les mains, cherche laborieusement ses mots.

Vahrüt n°5. 10 Juin 2013 au 16 Juin 2013. Calendrier Terrien.

Une fois n’est pas coutume, je vais cette fois-ci débuter ce rapport hors de l’Europe, et plus précisément dans cette zone que l’on nomme Moyen-Orient. Un pays de la région, l’Iran est depuis plusieurs années dans un bras de fer perpétuel avec les puissances occidentales concernant ses recherches pour se pourvoir de l’arme nucléaire – outil de destruction suprême que les Terriens craignent plus que tout. Cette nation, donc, a organisé des élections présidentielles le vendredi 14 juin, et le peuple s’est massivement prononcé en faveur d’Hassan Rohani, candidat réformateur et critique envers le régime, en l’élisant au premier tour avec 50,68% des voix. Le précédent président, Mahmoud Ahmadinejad, étant un conservateur farouchement opposé à l’Occident, nul doute que ce nouvel arrivant appelant au dialogue réchauffera quelque peu les relations avec les américains. Il convient toutefois de rappeler que les candidats sont strictement contrôlés par le Conseil des gardiens de la constitution, et que le président a un pouvoir inférieur à celui du guide suprême, Ali Khamenei. Qui plus est, je me suis penché sur l’histoire récente de ce pays, et il se trouve qu’un certain Khatami, président de 1997 à 2005, était lui aussi un réformateur, ce qui n’avait pas empêché le développement de l’arme nucléaire de progresser : c’est son échec qui avait conduit à l’élection des conservateurs : les humains ne devraient pas placer trop d’espoir sur ce nouveau venu, sous peine de voir se répéter les erreurs du passé.

Revenons à présent en Europe. J’ai été estomaqué d’apprendre la décision du président grec Antónis Samarás de fermer l’ERT, la chaîne de télévision publique, et tout porte à croire que cette surprise est amplement partagée. Cette décision soudaine semble émaner des directives de la « troïka », le trio composé de la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fond Monétaire International, qui érige l’ingérence au rang d’art. Au nom de la lutte contre la corruption qui gangrène la chaîne, ce sont pas moins de 2000 emplois qui disparaissent, ce qui peut expliquer que les protestations aient abouti à une grève massive. Il faut savoir que dans la plupart des pays Terriens, il y a contrairement à chez nous un grand nombre de chaînes de télévision privées (même si en contrepartie, ils ne disposent pas d’un Haut Conseil de l’Impartialité). D’autres médias télévisuels grecs vont donc continuer à émettre, mais ils sont paraît-il de bien moindre qualité.

Rendons-nous à présent de l’autre côté de l’Océan Atlantique, où je vais pouvoir vous montrer que l’arrogance de certains humains n’a rien à envier aux vices de notre monde. En effet, jeudi 13 juin, la Cour Suprême Américaine a rendu sa décision dans l’affaire opposant l’Association de pathologie moléculaire à la société Myriad Genetics. Cette dernière avait en effet voulu breveter le séquençage des gènes BRCA1 et BRCA2, responsables de pathologies pouvant favoriser certains cancers, dont ils avaient fait la découverte. Autrement dit, il s’agissait pour cette société de biotechnologie de s’approprier ces gènes et de n’accepter que d’autres laboratoires travaillent dessus qu’en l’échange de redevances. Ce n’est qu’après un ardent débat que la cour s’est prononcée contre cette pratique. Elle a, en revanche, autorisé le brevetage des copies d’ADN, n’étant pas le produit de la nature. Le procès a donc bénéficié aux deux parties, qui ont chacune accepté ce compromis.

En outre, en début de semaine, le salon de l’E3 (Electronic Entertainment Expo) battait son plein à Los Angeles. Ce salon international dédié au jeu vidéo était l’occasion pour le monde entier d’observer les sorties prochaines en la matière, ainsi que d’avoir quelques précisions sur les consoles. Cela m’a également permis d’étudier la méthode de communication très intéressante de la société Microsoft, créateur de la Xbox One qui contrairement à ce que j’affirmais dans un précédent article, n’est en fin de compte pas qu’un décodeur TV. La stratégie adoptée par cette compagnie est admirable, car elle est entièrement basée sur la confiance envers les fidèles acheteurs : il s’agit ainsi de mettre cette fidélité l’épreuve en jouant la désinvolture à l’égard des joueurs, multipliant les dérapages volontaires, les « bourdes » savamment calculées et en la vendant de surcroît plus cher que celle du concurrent (499$ contre 399), tout en assumant ses propres choix polémiques. Certaines de nos entreprises, sur Krantavis, devraient prendre note d’une telle humilité et d’une telle foi.

Pour conclure, je parlerai d’une fête célébrée ce dimanche 16 et qui, ma foi, m’a pour le moins surpris, puisqu’il s’agit de la Fête des Pères. Si chez nous, l’idée de célébrer tous nos êtres chers le même jour nous paraît aller de soi, il n’en va pas de même pour les humains, qui ont fait le choix de séparer ces fêtes en plusieurs jours : Fête des Mères, des Pères, journée de la Femme, etc. Plus étonnant encore : les jours varient selon les pays ! De nombreux pays, traditionnellement catholiques, fêtent leurs géniteur le 18 mars, tandis que de nombreux autres le font la troisième semaine de juin. L’Allemagne le fait le jeudi de l’Ascension, la Serbie le 6 janvier, le Brésil à la mi-aout, ou encore plusieurs pays nordiques à la mi-novembre. Le tout s’explique lorsqu’on s’aperçoit que la chose est plus d’ordre commercial que culturel, la fête en France ayant été initiée par une marque de briquets, Flaminaire, pour pousser les enfants à offrir un de leurs produits à leur paternel. Voilà donc une façon de faire qui satisfait tout le monde, si ce n’est le porte-monnaie.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


23/06/2013
Faites vos Jeux, Rien ne va Plus

Un océan d’étoiles, voilà ce que l’on peut admirer à travers le cockpit de l’Indiscret. Glärb s’assoit souvent en face, mais pas une seule fois s’est-il lassé de cette vue fascinante. Quelque part, dans cette galaxie, ses amis, sa famille, sa fiancée Blopa vivent leur vie. Est-ce qu’eux aussi, ils se surprennent parfois à regarder vers l’immensité étoilée en pensant à lui ? Il l’espère, du moins, autrement ce serait pour le moins vexant. Il jette un dernier coup d’œil sur tous ces points lumineux. Parmi tous ces soleils, certains éclairent sans doute des planètes habitables, où vivent des espèces que sa race devra surveiller lorsque les Terriens se seront éveillés à l’exploration spatiale. Peut-être même que ce sont les humains qui s’en occuperont, qu’ils puissent voir à leur tour ce que l’on ressent en rédigeant des rapports sur une race que l’on ne comprend guère. Tiens, en parlant de rapport, il est temps d’écrire celui de ce vahrüt. Allez, zou, pas de temps à perdre.

Vahrüt n°6. 17 Juin 2013 au 23 Juin 2013. Calendrier Terrien.

Il semblerait que la grande mode, ces dernières semaines, soit à la contestation. Si les raisons divergent d’un cas à l’autre, force est de constater que la vague se poursuit. Après les émeutes de la banlieue de Stockholm, puis l’occupation du parc Gezi à Ankara, cette semaine c’est au Brésil que la jeunesse se lève pour exprimer son ras-le-bol. Le prétexte, cette fois-ci, peut paraître anodin – la hausse de 20 centimes des tickets de transport en commun – mais il symbolise la hausse du coût de la vie d’une manière générale. Les efforts demandés à la population pour permettre la tenue des Jeux Olympiques et de la Coupe du Monde à venir sont loin d’être appréciés. L’ampleur de ces manifestations, qui ont mobilisé des centaines de milliers de Brésiliens, a été jusqu’àfaire annuler la hausse des prix, en mettant la présidente Dilma Roussef sous pression. Je me demande à quel pays cette vague s’étendra ensuite… Si parier n’était pas illégal chez nous (note : de nombreuses nations Terriennes l’autorisent), je miserais sans doute 350 iobs sur le continent asiatique. Peut-être la Chine.

En tout cas, un autre rassemblement a eu lieu en France aujourd’hui, le 23 juin ; plus précisément à Paris, mais il n’avait ni la même ampleur, ni la même ambition. Ceux qui défilaient n’étaient autres que des éleveurs : on a ainsi pu voir parader ces derniers avec leurs bêtes, moutons, vaches ou porcs (ces dernières sont d’étranges créatures qui n’ont pas d’équivalent chez nous) ainsi qu’avec des tracteurs. Ce spectacle avait tout l’air d’une sorte de fête folklorique française, comme si l’on invitait les paysans en ville pour les célébrer, et pour qu’ils rappellent à ceux de la ville d’où vient leur nourriture. Cela n’a pas empêché ces hommes et ces femmes de brandir des pancartes pour se plaindre de leur précarité, de la grande-distribution qui les tue à petit feu, et du gouvernement qui les ignore. Si les grandes marches annuelles se transforment en gestes majoritairement politiques, c’est bien la preuve que les temps sont durs.

Et l’agriculture française sera peut-être en pire posture avec l’accord de libre-échange négocié entre l’Union Européenne et les États-Unis. Cependant, ce qu’a défendu becs et ongles le président François Hollande était l’« exception culturelle » française : ce terme est employé pour désigner les cultures protégées par leur État, qui cherche à restreindre l’influence du libre marché afin qu’elles ne soient pas noyées parmi celles des plus grands pôles de culture, notamment les États-Unis. Ce pays est d’ailleurs le plus grand bénéficiaire de l’accord, et dire que José Manuel Barroso, le président de la Commission Européenne, cherche à plaire à ces derniers serait un euphémisme. Lorsque la France a réussi à exclure la culture du traité, il a ainsi qualifié lundi 17 l’attitude française de « réactionnaire ». Qu’il ait eu raison ou tort, peu importe, le mal est fait et l’Union Européenne s’est de ce fait montrée plus désunie que jamais au G8 en Irlande du Nord. Une tactique aussi contreproductive me laisse songeur, mais j’ose espérer qu’un homme placé à la tête d’un organe politique aussi puissant voit les intérêts de son collectif de pays passer avant ceux des Américains.

Mais penchons-nous à nouveau sur la France. La décision de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, mercredi 19 juin, de condamner Nicolas Bernard-Buss, a entraîné de vives réactions. Cet étudiant de 23 ans, opposant à la loi « Mariage pour Tous » récemment votée, a été condamné à quatre mois de prison, dont deux ferme, pour rébellion (résistance à une arrestation) et fourniture d’identité imaginaire (une loi votée lors de la présidence de Nicolas Sarkozy) ainsi qu’à 1000€ d’amende pour avoir refusé le prélèvement de ses empreintes et de son ADN. Il n’en fallait pas plus pour que le reste des opposants l’érige au rang de martyr et le qualifie de « prisonnier politique » victime d’un état totalitaire . J’ignore si ces braves gens, qui n’ont pas été inquiétés pour leurs convictions en manifestant, se sont déjà rendus dans une véritable dictature, mais je remarque que les Terriens adorent dramatiser tout ce qui peut servir leur cause. Le juge savait que son verdict jetterait de l’huile sur le feu, mais il n’empêche que la condamnation de ce jeune homme n’était pas lié à son statut d’opposant, mais à ses méthodes (la manifestation non-déclarée qui a entraîné son interpellation) ainsi que son refus d’obéir à la loi, d’autant plus qu’il avait déjà été condamné à de la prison avec sursis par le passé.

Enfin, vous vous souvenez certainement qu’il y a deux vahrüt, je mentionnais l’enquête de The Guardian qui a levé le voile sur la surveillance liberticide à laquelle se livrait le gouvernement américain. Je n’ai pas encore parlé de l’homme qui est à l’origine de ces révélations. Edward Snowden travaillait au sein de la NSA, et a ainsi eu accès à des fichiers confidentiels qu’il a livré au journal britannique car il désapprouvait les méthodes de son pays. Recherché par ce dernier, il risque 30 ans de prison pour sa trahison. Réfugié jusqu’à présent à Hong-Kong, il a finalement dû se déplacer, n’étant pas à l’abri d’une extradition. Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, met d’ailleurs tout en œuvre pour l’assister. Á l’heure où j’écris ces lignes, j’ignore où il s’est rendu. De nombreux journalistes l’attendaient à Moscou, censé être une étape de sa fuite, mais aucun passager ne dit l'avoir vu. Des rumeurs évoquent La Havane, à Cuba, et le gouvernement Équatorien a annoncé avoir reçu une demande d’asile de sa part. Pendant ce temps, médias et internautes s’acharnent à trouver des photos et propos compromettants de « l’espion chinois » sur Internet, mais à l’exception de photos de lui en maillot de bain, les recherches ne sont guère fructueuses. Je ne sais pas combien de temps durera cette course-poursuite, mais elle inspirera sans doute quelques films Terriens à l’avenir.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


30/06/2013
Un Air de Déjà-vu

La physionomie Mwandishi est quelque chose d’extraordinaire. Des millénaires d’évolution, du stade d’animaux sans conscience à celui de civilisation spatiale florissante, ont donné à leur corps des caractéristiques des plus étranges. Ainsi, leurs ongles repoussent quasiment instantanément dès qu’ils sont coupés ou limés, ce qui fut pour le moins pratique lorsqu’il fallait creuser un trou pour échapper aux prédateurs, jadis. De ce fait, aujourd’hui, lorsqu’un Mwandishi se met à se limer les ongles, c’est qu’il s’ennuie à mourir et que tout vain prétexte est bon pour s’occuper. Voilà exactement ce qu’est en train de faire Glärb en ce moment même, allongé dans le confortable canapé de son vaisseau. Ou ce qu’il faisait, du moins, jusqu’à ce qu’il sursaute en se précipitant vers le tableau de bord. Il était tellement occupé à s’occuper qu’il en a oublié ce maudit rapport !

Vahrüt n°7. 24 Juin 2013 au 30 Juin 2013. Calendrier Terrien.

Lorsque j’ai fait des recherches sur la zoologie Terrienne, à mon arrivée, j’ai découvert de nombreuses créatures de tous genres. L’une d’elle est le vautour : cet oiseau nécrophage plane au-dessus des créatures agonisantes en attendant leur mort pour pouvoir se repaître. Cette parenthèse animalière a son utilité, car elle est comparable à l’attitude des médias du monde entier qui guettent le trépas de Nelson Mandela, ancien président Sud-Africain et héros de la lutte contre l’apartheid (les Terriens, fût un temps, établissaient des rapports de hiérarchie basés sur la couleur de peau, et non sur la couleur du sang). Chacun veut être le premier à rapporter la nouvelle de son décès, qui devrait être imminent compte tenu de son infection pulmonaire. Et pour ne pas se laisser distancer par les autres journaux ou chaînes de télévision, ils guettent, et tournent autour de leur célèbre proie en prenant des nouvelles sans arrêt, interrogeant tout le monde, prêts à tirer de ce futur cadavre un petit pactole pour lequel ils se battront becs et ongles.

Tout occupés qu’ils sont à empêcher un vieil homme de mourir en paix, ils ne font par ailleurs que peu mention du drame survenu ce mercredi 26 à Lukeqin, en Chine. Ce village de la région du Xinjiang a été le théâtre d’un massacre au couteau dans un commissariat qui a fait 35 victimes, ainsi que 25 blessés (un autre rapport évoque quant à lui 46 décès). Les agresseurs faisaient partie de l’ethnie des Ouïghours, un peuple turcophone et musulman originaire de cette région voisine du Pakistan. Cet événement s’inscrit dans une série d’affrontements entre autochtones Ouïghours et colons Chinois, bien que les policiers visés fassent partie de la première catégorie. Mais rappeler toutes les heures qu’un vieil homme se trouve toujours sur son lit de mort est sans doute bien plus important.

En outre, je commence à être lassé d’en parler, mais je vais devoir une fois de plus évoquer la surveillance exercée par les États-Unis, car une nouvelle révélation est tombée aujourd’hui même. L’information, une fois encore, provient d’Edward Snowden, l’ancien employé de la NSA aujourd’hui bloqué à l’aéroport de Moscou à la recherche d’un asile politique, mais elle a été cette fois-ci divulguée par le journal allemand Der Spiegel. Les rumeurs allaient bon train, mais l’existence de preuves leur donne une existence concrète : la National Security Agency, par le biais de son désormais célèbre programme Prism, surveille bel et bien les citoyens Européens depuis cinq ans, et en particulier les Allemands, mais aussi les Français, deux pays officiellement considérés comme alliés, pourtant perçus comme de potentielles menaces, « cibles à attaquer » à l'instar d’autres pays européens. La Grande-Bretagne, quant à elle, semble échapper à ce contrôle. De plus, des bureaux de l’Union Européenne à Bruxelles, ainsi que des représentants à Washington et au sein de l’ONU ont fait l’objet d’une surveillance par le biais de micros et d’infiltration dans leur réseau. Tandis que les principaux concernés demandent des comptes, les Américains sont évasifs et leur président, en visite dans plusieurs pays d’Afrique, néglige la question.

Décidément, c’est une bonne chose que les jeux d’argent soient illégaux chez nous, car je serais un bien piètre parieur. Après avoir pensé que la prochaine vague de contestation, après la Suède, la Turquie et le Brésil, prendrait place en Asie, il se trouve finalement que c’est l’Égypte, ce dimanche, qui a vu se développer un nouveau mouvement contestataire. Ce dernier est cette fois-ci dirigé contre le président Mohamed Morsi, élu il y a tout juste un an ; à la différence du printemps arabe de 2011 qui avait poussé Hosni Moubarak à quitter le pays. Ces manifestations, qui ont rassemblé pas moins de 14 millions de personnes (selon l'armée) dans les différentes villes, ont pour but de pousser le président contesté, issu du parti des Frères Musulmans, à la démission. Un mouvement d’une telle ampleur ne s’est cependant pas fait sans victimes : on dénombre déjà 16 morts et des centaines de blessés ; et des locaux du parti au pouvoir ont été incendiés ou vandalisés dans plusieurs provinces du pays. Á qui le tour ?

Enfin je finirai en parlant de la France, dont j'ai peu parlé dans ce rapport. J’ai certainement dû déjà évoquer ce parti d’extrême-droite, le Front National, mené par Marine Le Pen, qui enchaîne les succès grâce à une habile rhétorique anti-européenne, protectionniste et hostile à l’immigration. Ce parti que beaucoup qualifient de populiste est très prompt à critiquer la mondialisation et ceux qui en tirent profit. Seulement, il semblerait qu’eux-mêmes aient succombé à cette tentation bon marché en faisant fabriquer leurs tee-shirts officiels au Bangladesh, un pays où la mondialisation a d’ailleurs fait de nombreuses victimes en mai. Cela montre bien qu’en matière de politique, où que l’on soit dans la galaxie, entre les discours et les actes, le fossé est gigantesque.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.