Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type






Mai 2014

05/05/2014
L Ombre de la Guerre Civile

C’est après avoir traîné des heures durant sur l’Internet terrien que cette idée folle lui est venue. Il n’a eu qu’à descendre incognito et cueillir la bête en se procurant le nécessaire pour l’entretenir. Les Mwandishis n’étant pas très forts pour donner les noms, la créature a été affublée du sobriquet « Petit Chat », ce qui lui va, somme toute, plutôt bien. L’animal explore le vaisseau d’un œil minutieux, à la recherche de la meilleure surface sur laquelle faire ses griffes. Après avoir porté son dévolu sur le fauteuil, il se hâte sur les genoux de l’observateur, lequel commence son rapport en caressant d’une main malhabile la fourrure ronronnante.

Vahrüt n°48. 28 Avril 2014 au 4 Mai 2014. Calendrier Terrien.

L’Ukraine vient d’entrer dans une nouvelle phase qui la rapproche un peu plus de la guerre civile. L’offensive militaire de Kiev contre Slaviansk, le bastion des séparatistes pro-russes, a été lancée vendredi 2. À peine démarrée, on comptait déjà la perte de deux hélicoptères MI-24, puis les fusillades qui se sont ensuivis ont fait des morts de chaque côté. Pendant que le maire autoproclamé de la ville, Viatcheslav Ponomarev, libérait les sept inspecteurs de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, détenus depuis une semaine (ses « invités », affirmait-t-il), l’attention s’est tournée vers Odessa. Dans la ville bordant la mer Noire, non loin de la Transnistrie moldave, des affrontements mortels ont eu lieu entre les deux camps, faisant plusieurs morts. Mais la tragédie a eu lieu plus tard dans la journée, lorsque la Maison des Syndicats, siège des pro-russes dans la ville, a été incendiée. On compte au total 38 morts, asphyxiés ou défénestrés. L’origine étant criminelle, la population locale est on-ne-peut-plus divisée, et il n’en fallait pas plus pour que les habitants les plus sceptiques à l’égard de Kiev se joignent à la bataille aux côtés du Kremlin. Après avoir décrété le deuil national, les autorités ont procédé le lendemain à 130 arrestations, tout en accusant Moscou d’« une provocation des services spéciaux russes destinée à détourner l'attention de l'opération », ce qui serait une explication tentante si les groupes Svoboda et Pravyy Sektor n’étaient pas capables d’un tel crime. Les Ukrainiens qui s’efforcent de ne soutenir aucun camp et d’appeler à l’unité entre voisins se font de plus en plus rares.

Mais il y a plus meurtrier. En Afghanistan, pays régulièrement visé par les attaques terroristes des talibans chassés du pouvoir par l’intervention américaine de 2001, le village d’Argo a été enseveli par un glissement de terrain. Le bilan est officiellement établi, à l’heure actuelle, à 350 morts, mais on compte de très nombreux disparus, la plupart piégés par la boue dans leur maison. Les secours mal équipés pouvant difficilement leur venir en aide, on peut imaginer que le sort des 2100 autres villageois est déjà scellé. Cette région pauvre du Badakhshan, au croisement du Pakistan, de la Chine et du Tadjikistan est régulièrement balayée par des pluies torrentielles. Un événement qui rappelle que tous les pays ne sont pas égaux face à la Nature.

Pendant ce temps, en France, le premier ministre Manuel Valls soumettait son programme de stabilité aux députés de l’Assemblée nationale. Les 50 milliards d’économie qu’il vise sont répartis entre 18 milliards par l’Etat et ses agences, 11 milliards des collectivités locales, 10 milliards sur l’Assurance-maladie et 11 milliards sur la gestion du système social. Les hausses d’allocations seront également gelées pendant un an, alors que les prix augmenteront pendant la même période. Le texte a finalement été approuvé, mardi, à 265 voix contre 232. Si la majorité de l’UMP s’y est opposée, force est de constater qu’ils n’auraient pas fait mieux à la place du gouvernement, et seul Frédéric Lefebvre a approuvé (trois autres députés du parti se sont abstenus). L’UDI s’est contentée d’un « vote d'abstention qui ne veut pas dire approbation » et l’extrême-gauche, sans surprise, s’y est opposée. Mais c’est surtout sur l’aile gauche du Parti Socialiste que les regards se sont braqués, et c'est plus particulièrement contre les 41 élus de la majorité qui ont refusé de voter le texte que le gouvernement a froncé les sourcils. Cette défiance intervient alors que la présidence de François Hollande vient de fêter ses deux ans. Pour l’occasion, ce dernier a d’ailleurs promis l’imminence d’un « retournement économique ». On a en effet pu constater un retournement de la politique économique vers ce qu’elle était sous le précédent quinquennat.

Ou peut-être pas tant que ça. On aurait difficilement pu imaginer, du temps de Nicolas Sarkozy, que l’Etat s’interposerait aussi fréquemment dans les négociations de rachat d’entreprises. Après la prise de position en faveur de Bouygues contre Numéricable dans le rachat de SFR, l’ex-ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, devenu depuis le ministre de l’Économie, a récidivé. L’entreprise Alstom est considérée comme l’un des fleurons de l’industrie française, et l’américain General Electric s’est montré très intéressé par sa branche énergie. Mais c’était sans compter sur l’arrivée impromptue de Siemens sur la liste des prétendants. Puisque tout est bon pour contrecarrer l’ambition du géant d’outre-Atlantique, le chantre du « made in France » s’est empressé de faire pression pour mener à des négociations avec le nouvel acheteur potentiel. Sauf que le groupe en question est allemand, et une fusion créerait des doublons de postes, aboutissant à d’inévitables licenciements. Selon le ministre, une reprise par un voisin européen vaut bien mieux que le « grand méchant loup américain ». Il est étrange, pour un grand défenseur de la production française, de n’avoir pas plutôt appuyé une nationalisation, qui ne serait peut-être pas efficace, mais qui au moins le mettrait en concordance avec ses propos.

Mais on n’en a pas fini avec le savoir-faire français. Franchissons d’un pas preste la Manche pour nous intéresser temporairement aux anglo-saxons. Le magazine britannique « Restaurant » a publié, lundi 28, la liste des cinquante meilleurs restaurants au monde, en partenariat avec l’entreprise Nestlé. Quelle surprise ce fut, pour de nombreux chefs et critiques, de découvrir que seuls cinq d’entre eux étaient français ! Sur fond de cris de coqs, les grands journaux de l’Hexagone se sont empressés de dénoncer un classement trop arbitraire. Notons, d’ailleurs, que le mieux noté, le danois Noma, à Copenhague, avait en février 2013 envoyé 63 clients à l’hôpital pour intoxication alimentaire. Personnellement, j’ai goûté un peu de la cuisine terrienne, et je dois dire que je n’en suis pas particulièrement friand. Sauf des kébabs, dont le goût m’a subjugué.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


12/05/2014
Le Pouvoir d un Hashtag

Tandis que Glärb s’assoit face à son ordinateur, fin prêt à se mettre au travail, un bruit émerge dans son dos. La chaise pivotante se retourne et il lance un regard autoritaire à Petit Chat, lequel gratte encore une fois contre la porte du vaisseau. Ce serait une très mauvaise idée de le laisser sortir. Il lui répète plusieurs fois « Non » sur plusieurs tons, sans guère de succès. Lassé, l’animal terrien finit par s’éloigner pour gagner un coussin posé au pied du lit de l’observateur. Coupé dans son élan, l’extraterrestre se concentre sur son écran. Allez, il est temps de s’occuper de ce rapport.

Vahrüt n°49. 5 Mai 2014 au 11 Mai 2014. Calendrier Terrien.

Commençons par un « mea culpa », comme disent les humains. Voici un sujet que j’aurais dû évoquer plus tôt, lorsqu’il venait de survenir. Mais à ma décharge, je ne suis pas le seul, puisque la plupart des journaux terriens n’en ont parlé que lorsqu’il a commencé à se répandre sur Internet. Je veux parler de l’enlèvement, au Nigéria, d’environ 200 lycéennes (les chiffres varient) par la secte islamiste Boko Haram (se traduisant par « L’éducation occidentale est un péché »). Le « hashtag » #BringBackOurGirls, dont les familles sont à l’origine, a fait le tour du Web, repris par Michelle Obama ou Hillary Clinton aux États-Unis, ou bien Najat Vallaud-Belkacem ou Christiane Taubira en France. Au point même que les États-Unis, la Grande-Bretagne ou la France comptent bien aider à la libération des otages. En outre, lundi, l’enlèvement a été officiellement revendiqué par la secte qui s’oppose à l’éducation des femmes, et son chef, Abubakar Shekau, a annoncé vouloir vendre plusieurs des filles et en garder d’autres comme esclaves. Selon deux lycéennes qui avaient pu sauter du camion, les hommes sont arrivés dans le lycée le 14 avril habillés en soldats. Et en parlant de soldats, à en croire l’ONG Amnesty International, l’armée nigériane était au courant de l’imminence d’une telle attaque mais n’a pas réagi. Un fait peu étonnant, dans un pays qui certes a détrôné l’Afrique du Sud du rang de première puissance économique africaine, mais est encore rongé par une corruption endémique et des inégalités extrêmes.

Pendant ce temps, en Ukraine, les insurgés de l’Est du pays organisent ce dimanche un référendum d’auto-détermination, dans des conditions plus discutables encore qu'en Crimée. Au point même que Vladimir Poutine leur a demandé en vain de le repousser (honnête ou non, notons que cette annonce a rassuré les traders de la Bourse de Moscou). Autre fait notable : en début de semaine, la Douma (Parlement russe) adoptait une loi interdisant les insultes dans les arts et les médias (seuls les livres sont relativement épargnés, n’ayant besoin que d’un bandeau avertisseur). Sont également visés les blogs, qu’une série de lois faites sur-mesure a déjà ciblé. Et sitôt ceci fait, l’ex-lieutenant-colonel du KGB s’est rendu vendredi 9 en Crimée pour un devoir de mémoire, au vu du rôle de la région au cours de la 2nde Guerre mondiale. Il a, pour l’occasion, exalté « la force triomphale du patriotisme russe ». Il a bien raison de louer ce sentiment, puisque c’est sur celui-ci qu’est basé son pouvoir.

Descendons quelque peu la carte jusqu’en Thaïlande. Vous vous souvenez probablement de cette crise politique qui a éclaté entre les « chemises rouges », soutenant le gouvernement de Yingluck Shinawatra, et les « chemises jaunes », opposants du peuple qui l’accusent d’être la marionnette de son frère exilé Thaksin Shinawatra. Voilà des mois que menés par Suthep Thaugsuban, ils cherchent à la destituer pour donner plus de pouvoir au roi Bhumibol] et mettre en place un « conseil du peuple » non élu. Alors que cette crise s’était calmée depuis des mois, la justice vient de déchoir la Premier ministre pour « abus de pouvoir » parce qu’elle avait renvoyé un haut-dignitaire au début de son mandat pour le remplacer par un proche. La décision du tribunal aurait tout aussi bien pu se baser sur l’affaire du prix du riz qui touchait également l’ex-chef du gouvernement. En tout cas, le peuple est redescendu dans les rues en refusant toute nouvelle élection législative, considérant la démocratie comme un système corrompu à la botte des Shinawatra. Comme quoi, toutes les révoltes populaires ne vont pas dans le même sens.

Mais revenons en Europe. Au Danemark, plus précisément. Il s’y est déroulé une compétition annuelle à mi-chemin entre « divertissement kitschissime » et « machine à profit » : l’Eurovision. La compétition englobe 37 pays et compte, outre les habituels membres de l’Union Européenne, la Suisse ou la Norvège, d’autres nations comme l’Ukraine, la Russie, l’Arménie, la Turquie ou même Israël (en voilà, une bien grande Europe). Notons que cela fait bien longtemps que les pays occidentaux n’ont plus en tête de gagner la compétition (et cela se ressent sur leurs émissaires musicaux), puisque cela impliquerait d’organiser celle de l’année suivante. Évidemment, la présence des deux jumelles russes a déclenché un sifflet du public, la géopolitique s’invitant sur la scène. C’est également à travers des considérations politiques que beaucoup, notamment en Europe de l’Est, ont perçu la candidature de Conchita Wurst, « drag-queen » autrichienne, et une pétition circulait même pour l’empêcher de se produire. C’eut été bien dommage, puisque c’est elle/lui qui a gagné la compétition. Ce n’est toutefois pas la première victoire d’une transsexuelle, puisqu’en 1999, Dana International avait fait gagner Israël. Soit dit en passant, la France a fini la finale à la dernière position avec Twin Twin.

Enfin, terminons notre petit tour hebdomadaire par l’Italie. vendredi, l’ancien président du Conseil Silvio Berlusconi a finalement commencé à purger sa peine d’un an de TIG (Travaux d’intérêt général). Sa condamnation pour fraude fiscale (le procès Mediaset) à quatre ans, dont trois amnistiés, devait le mener en assignation à résidence, mais son avocat a pu obtenir une peine moins contraignante au niveau des déplacements : ainsi, le « Cavaliere » devra pointer une fois par semaine pour travailler quatre heures à l’institut Sacra Famiglia à Cesano Boscone, non loin de Milan, pour assister des malades atteints de la maladie d’Alzheimer. À sa première arrivée, l’homme trois fois président du conseil s’est contenté de sourire aux journalistes. On attend impatiemment les échos de ses soirées bunga-bunga dans ledit centre.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


19/05/2014
Le Cinquantième

Une fois n’est pas coutume, Glärb a délaissé son fauteuil pour observer, debout, mains jointes dans son dos, le vaste océan stellaire. Dans quelle direction se trouve Krantavis ? Qu’il lui semble lointain, ce jour où il s’est installé derrière la Lune avec pour mission de surveiller les actualités terriennes. À contrecœur, il s'était attelé à la tâche de comprendre comment pouvaient bien penser ces êtres si différents des Mwandishi. Cinquante rapports et une année humaine plus tard, le voilà avec une connaissance presque complète des us et coutumes locaux. Pire, il s’est même attaché à eux, même s’il ne l’avouera jamais à sa hiérarchie. Lentement, il regagne son siège pour travailler, non sans avoir délogé Petit Chat, qui y dormait paisiblement.

Vahrüt n°50. 12 Mai 2014 au 18 Mai 2014. Calendrier Terrien.

Commençons par un triomphe. Celui de Narendra Modi aux élections législatives indiennes. La « plus grande démocratie du monde » (forte de 1,278 milliard d’habitants, dont 714 millions d’électeurs, s’est rendue aux urnes du 7 avril au 12 mai pour élire les membres de la Lok Sabha, la Chambre du peuple. Les résultats ont été annoncés vendredi et indiquent une large victoire du Bharatiya Janata Party (BJP), mené par le nationaliste hindou Narendra Modi. Son adversaire était le Parti du Congrès sortant, dont le jeune candidat était Rahul Gandhi. Mais le parti de Nehru a tant déçu ces dernières années que les indiens ont porté leur dévolu sur un personnage plutôt controversé. Narendra Modi gouverne depuis 12 ans l’État du Gujerat, et s’est fait remarquer en 2002 pour avoir laissé les émeutes antimusulmanes faire presque deux mille morts. Bien qu’il ait laissé derrière lui la rhétorique de l’ « hinditva » (« l’hindouité », son idée de l’identité indienne), sa campagne s’est tout de même axée sur le nationalisme, et l’élection d’un homme jusque là boycotté par l’Occident a fait grincer bien des dents.

En parlant d’Occident, intéressons-nous une fois de plus à la France. Le premier ministre Manuel Valls a fait une promesse aux électeurs. Il voudrait voir 1,8 millions de ménages (ce qui correspondrait peu ou prou à 3 millions de personnes) sortir de l’impôt sur le revenu. Une telle mesure, qui coûterait la bagatelle d’un milliard d’euros, permettrait aux célibataires de payer 350 euros en moins, et aux couples d’échapper à 700 euros. Notons qu’elle permettrait également au Parti Socialiste de plaire un peu au peuple à un peu plus d’une semaine des élections européennes (pour lesquelles le Front National récolte le plus d’intentions de vote).

La semaine, ailleurs dans le monde, a été meurtrière. D’abord au Bangladesh où, comme le Sewol il y a quelques semaines, un bateau a fait naufrage jeudi. Le M.V Miraj-4 s’est retourné après avoir été frappé par la foudre, et le bilan jusqu’à maintenant est de 45 morts et de nombreux disparus. Pire encore, difficile de ne pas évoquer la Turquie, où mardi une explosion causée par un puits dans la mine de charbon de Soma a piégé des centaines de personnes. On compte 301 morts, mais les nombreux disparus ont peu de chances d’en réchapper. Les familles des victimes , ulcérées du manque de sécurité, retournent leur colère contre le gouvernement, qui fait face à une nouvelle crise. Enfin, au Laos, un avion militaire s’est écrasé dans le nord montagneux du pays, tuant le ministre de la défense, le gouverneur de la région de Vientiane, et plusieurs autres responsables.

Et en parlant de monde, Le Monde semble mal en point. Les tensions se sont accrues entre rédaction et direction jusqu’à pousser à la démission de sept rédacteurs en chef déplorant les méthodes de la direction (notamment la décision de déplacer 50 postes du quotidien papier vers le numérique). Conséquence directe, c’est cette semaine la directrice et rédactrice en chef, Nathalie Nougayrède, qui a mis fin à ses fonctions sans que le journal ne pense à informer ses lecteurs des tenants et aboutissants de la dispute professionnelle. Et la situation n’est pas plus radieuse outre-Atlantique : la rédactrice en chef du New York Times, Jill Abramson, a également démissionné – ou forcée à la démission. La première femme à diriger le plus prestigieux journal du monde (classée 19e femme la plus puissante au monde par Forbes) s’est aperçue qu’elle était payée 84 000 dollars par an de moins que son prédécesseur Bill Keller. Elle s’en est plainte à la direction, mais bien mal lui en a pris, puisque son mécontentement n’a pas plu à ses supérieurs. Elle a aussitôt été remplacée par Dean Baquet, qui se trouve accessoirement être le premier afro-américain à diriger le New York Times.

Ce que je viens de vous dire vous aura peut-être montré la persistance des inégalités entre hommes et femmes sur Terre. De nombreux humaines et humains luttent pour les réduire voire, à terme, de les supprimer, mais l’opposition a laquelle ils s’exposent est acharnée. Vendredi a eu lieu dans les lycées de l’Académie de Nantes la deuxième édition de « Ce que soulève la Jupe » (une initiative lycéenne), au cours de laquelle les lycéens ou les professeurs pouvaient venir en jupe ou arborer un autocollant « Je suis contre le sexisme, et vous ? ». Il n’en fallait pas plus pour que le Figaro en fasse sa Une et envoie une alerte sur les téléphones de ses abonnés (un procédé en général réservé aux actualités de première importance) pour les prévenir que « L'académie de Nantes demande aux garçons de se mettre en jupe vendredi » (avant de changer en « invite »). Vous pouvez aisément deviner ce qui est arrivé ensuite : les opposants à la supposée « théorie du genre » se sont empressés de manifester leur colère. Après tout, si on commence par reconnaître que les discriminations et le sexisme existent, on sera bientôt forcés par les lobbys LGBT de donner un salaire égal aux hommes et aux femmes.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


26/05/2014
Une Élection, Deux Élections

Impossible de savoir si ce sont les miaulements désespérés de Petit Chat qui ont réveillé Glärb, ou bien le fait qu’il se soit assis sur son visage assoupi. Dans un cas comme dans l’autre, l’extraterrestre n’étant guère du matin, il se lève péniblement pour se traîner jusqu’à son siège. La petite créature terrienne n’en finit par de s’égosiller, si bien que l’observateur finit par s’apercevoir que la gamelle est vide. Sitôt celle-ci remplie, il retourne face à son poste de travail, puis pousse un long soupir. Il va en avoir, du travail aujourd’hui. Non pas que cela le dérange, mais cette semaine – ou ce vahrüt, comme il disait il y a de cela bien longtemps – a décidément été bien remplie.

Vahrüt n°51. 19 Mai 2014 au 25 Mai 2014. Calendrier Terrien.

Il m’a été difficile, cette fois-ci, de retenir cinq sujets tant l’actualité terrienne a été riche. Ce par quoi je vais commencer, ce sont les élections européennes. Celles-ci se sont déroulées du 22 au 25 mai et visaient à élire, dans un pays après l’autre, les 751 eurodéputés siégeant au Parlement européen de Strasbourg. Le rôle de ces derniers est d’approuver ou non les lois émises par la Commission européenne (l’équivalent d’un gouvernement). Cette Commission, actuellement présidée par José Manuel Barroso, sera pour la première fois influencée par le vote, puisque son président sera nommé sur proposition du Parlement européen. Chaque coalition européenne a ainsi présenté son candidat : l’allemand Martin Schulz chez les socialistes, le luxembourgeois Jean-Pierre Juncker chez les conservateurs, le belge Guy Verhofstadt chez les centristes, l’allemande et le français Ska Keller et José Bové chez les écologistes et le grec Alexis Tsipras au sein de l’extrême-gauche. L’extrême-droite n’a pas présenté de candidat, mais ce n’était pas faute d’avoir les moyens de gagner les élections. Certes, aux Pays-Bas, le leader du Parti pour la Liberté Geert Wilders a fait un score de loin inférieur à ses attentes, mais en France, le Front National de Marine Le Pen a réalisé la percée que tout le monde attendait, en profitant du peu de mobilisation (alarmante – 57% d’abstention) du commun des citoyens, pour un résultat de 25%, en tête devant l’UMP à 20% et le PS (mais si, vous savez, le parti au pouvoir) à 14%. La conséquence, c’est qu’un tiers des 74 députés français seront issus du parti d’extrême-droite. Le reste de l’Europe n'y a pas échappé : en Grande-Bretagne, l’UKIP de l’eurosceptique Nigel Farage a également fait le premier score, avec 27,4%, et en Italie le Mouvement 5 Etoiles de Beppe Grillo s'est élevé à environ 20%, certes beaucoup moins que le Parti Démocrate (40%). Que les Français se rassurent, les Hongrois sont tout aussi xénophobes qu’eux, au vu des scores du parti Jobbik (15%), plus extrême que le Front National. Au Danemark, le Parti populaire danois est également en tête. D'une manière générale, ce sont tout de même les conservateurs qui ont gagné le plus de sièges, bien que les socialistes ou démocrates soient devant en Italie, au Portugal, en Suède, en Lituanie, en Slovaquie et à Malte. En Grèce, c’est le parti d’extrême-gauche Syriza d’Alexis Tsipras, qui est devant avec entre 26 et 30% des voix. En France, la victoire du FN a été allègrement commentée, et la direction du Parti Socialiste semble avoir trouvé la réponse idéale : pour convaincre les électeurs de rester dans son giron, ils se contenteront d’approfondir leur politique, pendant que Mme. Le Pen exige la dissolution du Parlement.

Quittons temporairement l’Europe pour nous intéresser à la Thaïlande. Vous vous souvenez que j’ai plusieurs fois évoqué ce pays et la crise politique qui y régnait depuis sept mois – depuis que le parti Pheu Thai de la première ministre Yingluck Shinawatra a voulu émettre une loi d’amnistie pouvant faire revenir son frère Thaksin exilé. Les manifestations se sont succédé, et les violences ont fait 28 morts. J’évoquais il y a deux rapports de cela la destitution de la chef du gouvernement par la Cour constitutionnelle. Un nouveau rebondissement a eu lieu cette semaine lorsque l’armée, à travers le général Prayut Chan-ocha, a pris le pouvoir par un coup d’État. Officiellement, il s’agit de calmer la situation avant qu’elle ne plonge le pays dans une guerre civile : 155 personnes ont été sommées de se rendre aux autorités, et aussi bien Mme. Shinawatra que le chef des opposants Suthep Thaugsuban n’ont plus le droit de sortir du territoire. Mais la situation devient plus préoccupante à mesure que l’armée étend la censure aux radios, télévisions, journaux et même réseaux sociaux menacés de blocage. Dimanche, elle a même dissout le Sénat, tout en prévenant que la manifestation qui a rassemblé les « Anti coup d’Etat » à Bangkok dimanche était la dernière qu’elle tolérait. Et comme de nombreuses institutions thaïlandaises, l’armée penche plutôt du côté des monarchistes, ce qui pourrait laisser présager de graves tensions dans le nord du pays, où les populations paysannes restent fidèles au parti qui a gagné toutes les élections depuis vingt ans.

Et en parlant d’élections, on y revient. Retour en Europe, et plus particulièrement en Ukraine, où la date fatidique est arrivée. Les élections du 25 mai sont prévues depuis la destitution de Viktor Ianoukovitch. L’annexion de la Crimée tout comme les troubles fédéralistes et séparatistes de l’Est de l’Ukraine ont été à la fois un perturbateur et un enjeu de la campagne. Les deux principaux candidats étaient Ioulia Timochenko, l’ancienne égérie de la révolution orange de 2004, emprisonnée pour abus de pouvoir après avoir signé un contrat gazier peu avantageux avec la Russie, et dont la libération ne figurait pas parmi les revendications des manifestants ; et Petro Porochenko, l’un des oligarques les plus riches d’Ukraine qui a fait fortune avec le chocolat, à travers l’entreprise Roshen. La participation a évidemment été plus forte dans l’ouest du pays que dans l’est, notamment parce que les Ukrainiens qui y étaient favorables à l’unité étaient dissuadés de sortir. Sans grande surprise, c’est M. Porochenko qui a été élu président, et ce dès le premier tour (54% des voix, contre 13% pour sa rivale), mais l’un comme l’autre ne constituaient pas de rupture avec les anciens gouvernements. Les deux candidats néonazis, Oleh Tiahnybok (leader de Svoboda) et Dmytro Iaroch (Secteur Droit) n’ont recueilli chacun que 1%. Comme quoi, entre l’Union Européenne et l’Ukraine, les tendances s’opposent. Si les électeurs n’ont guère été enthousiastes, ils ont plus ou moins légitimé le pouvoir en place, mais il en faudra bien plus pour résoudre la crise.

Un peu plus à l’ouest, en Belgique, la capitale a été endeuillée par une fusillade au Musée Juif. Un homme est sorti d’une voiture, a fait feu dans le hall du site touristique, faisant quatre victimes (deux Israéliens, un Belge employé au musée et un Français) avant de prendre la fuite. Le ministre des affaires étrangères, Didier Reynders, qui se trouvait à proximité, a été l’un des premiers à arriver sur les lieux. Des témoins ayant pu relever la plaque d’immatriculation, un suspect a été arrêté peu après, avant d’avoir le statut de témoin. Le véritable coupable court toujours, mais les autorités ont diffusé des photos prises par les caméras de surveillance, en appelant à l'aide la population. Difficile de ne pas y voir un acte antisémite du même acabit que ceux perpétrés il y a un an par Mohammed Merah à Toulouse. L’enquête permettra de le vérifier.

Enfin, je vais finir sur deux notes plus légères. La première concerne le cinéma : le festival de Cannes s’est achevé samedi 24 au soir après la traditionnelle remise des prix. Son principal objectif est de montrer que le festival ne s’intéresse pas qu’à la vie mondaine, aux robes des invitées ou aux soirées VIP, mais également aux films en compétition. C’est le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan qui a reçu la Palme d’or pour le film Winter Sleep. Le prix du meilleur acteur est revenu à Timothy Spall (Mr. Turner), la meilleure actrice à Julianne Moore (Maps to the Stars), la liste est longue, et je ne la citerai pas en entier. L’autre événement, un peu plus tard dans la soirée, c’était la finale de la Ligue des Champions, qui a vu s’affronter – fait exceptionnel – deux clubs d’une même ville. Le Real Madrid et l’Atletico Madrid ont disputé la finale à Lisbonne, et après dominé d’un point le champion, l’Atletico a fini par laisser filtrer un but deux minutes avant la fin : grâce à cette égalisation, le Real a profité des prolongations pour en marquer trois autres, et c’est avec un score final de 4 – 1 que ce club espagnol a reçu la 10e victoire à cette compétition européenne.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


02/06/2014
Rapport Rapide

Il secoue, tape, agite, déplace l’écran un peu à gauche, un peu à droite, mais rien n’y fait. Plus Glärb s’exaspère et s’impatiente, moins son ordinateur de bord fonctionne. Ce n’est que lorsque l’observateur se redresse brutalement pour pousser un long soupir que l’image revient. Vite ! Il saisit cette occasion inespérée pour se jeter sur le clavier avant que la machine ne change d’avis.

Vahrüt n°52. 26 mai 2014 au 1er juin 2014. Calendrier Terrien.

Une fois n’est pas coutume, ce rapport sera plutôt court. Les soucis que me pose mon ordinateur de bord me laissent penser qu’il serait très imprudent de le laisser allumé plus de quelques heures. Je n’aborderai donc que trois sujets au lieu de cinq, et sans liens vers des articles.

Le principal événement de la semaine, c’est l’ « implosion » de l’Union pour un Mouvement Populaire, le principal parti d’opposition. Les tensions fratricides entre l’ex-Premier ministre François Fillon, le chef controversé Jean-François Copé et leurs fidèles respectifs avaient été mises en pause pendant les élections municipales puis européennes, mais la défaite de l’UMP lors de ces dernières a été l’étincelle qui a ravivé les hostilités. Le premier coup est parti de la société de communication Bygmalion, au centre de l’affaire éponyme (des surfacturations de prestations au cours de la campagne 2012 de Nicolas Sarkozy au profit de deux proches de M. Copé, à la tête de l’entreprise). Son avocat a assuré que la société s’était vue « imposer » des factures litigieuses « à la demande » du parti, et il évoque des « fausses factures » pour un montant de plus de 10 millions d’euros, facturées à l’UMP (ce même parti que les dons des Français ont renfloué quelques mois plus tard lorsque la Cour constitutionnelle a invalidé ses comptes de campagne). Sentant que la situation devenait difficilement tenable, le leader du parti a envoyé au front un de ses plus fervents disciple, Jérôme Lavrilleux, les larmes aux yeux, qui a confessé lundi soir sur le plateau de BFM-TV qu’il y avait eu des « dérapages ». Non seulement il y explique que c’est impossible de faire campagne avec la limite imposée – ses adversaires ayant forcément triché eux aussi – mais il assure également que « ni Copé, ni Sarkozy n’ont été mis au courant ». Tout est donc de sa faute, à lui et à lui seul. Jean-François Copé, qui s’est dit trahi, a démissionné le lendemain tout en assurant le soir même que son « honnêteté et sa sincérité étaient irréprochables ». Nul doute que sans ce rappel, les Français auraient eu une bien mauvaise image des hommes politiques et auraient été tentés de voter pour le Front National.

En Ukraine, à peine le « roi du chocolat » Petro Porochenko a-t-il été élu qu’un nouvel assaut a été mené dans l’Est séparatiste, et notamment à Donetsk où les combats pour la prise d’un aéroport a fait 40 morts du côté des combattants pro-russes (dont 2 civils). Il semblerait que les séparatistes soient eux-mêmes sujets à des tensions internes, puisqu’après une série de pillages au nom de la « révolution », leur branche armée, les Vostok (« Est »), ont délogé jeudi 29 leurs camarades du siège de la République Populaire de Donetsk, et deux miliciens ont même été exécutés pour pillage. La ville, cinquième plus peuplée du pays, est peut-être sur le point de se transformer en champ de bataille. Il est à noter que dans l’un des hôpitaux qui soignait les blessés, mercredi, on comptait 45 blessés, dont 37 étaient étrangers (venant de Russie, de Crimée ou de Tchétchénie). Bon nombre de morts russes sont d’ailleurs discrètement rapatriés à l’est de la frontière dans des camions frigorifiques.

Pour changer, intéressons-nous à de nouvelles élections, cette fois-ci sur le continent africain : les égyptiens ont élu dimanche 25 leur président, et les deux candidats étaient le maréchal Abdelfattah Al-Sissi et le libéral Hamdeen Sabbahi. L’issue ne fait pas le moindre doute, au vu de la popularité écrasante de l’ex-ministre de la Défense. Celui-ci est perçu comme un sauveur de la nation depuis qu’il a renversé, en juillet 2013, le président Mohammed Morsi et le gouvernement des Frères Musulmans. Mais une partie de la population a vite déchanté lorsque le héros du peuple s’est mis à massacrer les manifestants pro-Morsi – des milliers depuis juillet 2013. À présent, tandis que les partisans du président déchu sont condamnés par centaines à la peine capitale, la campagne électorale n’a pas laissé le moindre champ à l’opposition. Tout du moins le candidat favori ne pourra pas se vanter d’être plébiscité par le pays tout entier, puisque la participation, au terme des deux jours de scrutin (lundi et mardi) était tellement faible (37%) que l’élection s’est poursuivie un troisième jour. Les scores définitifs ne sont pas encore connus, mais le futur vainqueur disait s’attendre à récolter « 45 millions » de voix sur 53 millions d’électeurs. Le pays semble être sur le point de revenir à l’ère d’Hosni Moubarak, à une petite différence près : le « printemps arabe » de 2011 a éveillé la conscience politique et les aspirations démocratique de la jeunesse.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.