Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type






Mars 2014

10/03/2014
Un ex-Président Dur en Affaires

Peu importe les efforts qu’il déploie, il ne parvient pas à se concentrer sur son travail. Son esprit, chaque fois, finit par vagabonder jusqu’à Krantavis pour s’inquiéter de la guerre à venir. Les messages qu’il reçoit de ses supérieurs sont plus lacunaires de jour en jour, et pour ne pas arranger les choses, voilà des mois qu’il n’a pas eu de nouvelles de sa famille. Il s’attend à tout instant à être informé de quelque catastrophe ou malheur mondial. Certes, les Mwandishi ne sont pas sujets au stress comme d’autres êtres, mais l’inquiétude aura quelques répercussions sur son travail. Malgré cela, il se force à travailler. Pour le bien de son peuple, se répète-t-il à l’envi.

Vahrüt n°40. 3 Mars 2014 au 9 Mars 2014. Calendrier Terrien.

Vous vous souvenez de l’affaire Copé que je vous décrivais la semaine dernière ? L’UMP n’en a pas fini avec ses tourments, car en voici deux nouvelles cette semaine. La première concerne Patrick Buisson, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. Du temps où il était à l’Élysée, sous les ordres du président déchu, il a pris soin d’enregistrer bon nombre de conversations sur des dictaphones. Des années plus tard, voilà que ces cassettes se retrouvent publiées via Le Canard Enchaîné et Atlantico. Elles révèlent des discussions intimes du couple Sarkozy, des réunions de conseillers, des moqueries à l’égard de membres du parti (Roselyne Bachelot, qui fut ministre de l’écologie, entre autres). Naturellement, Nicolas Sarkozy s’est empressé d’attaquer M. Buisson en justice pour atteinte à la vie privée, quand bien même l’avocat de ce dernier affirme que l'ancien président se savait enregistré. Voilà une pierre de plus au candidat malheureux à la présidentielle de 2012, déjà impliqué de près ou de loin dans diverses affaires (Karachi, Bettencourt, Tapie, sondages de l’Élysée…). D’ailleurs, c’est parce qu’ils le suspectaient de s’être fait financer sa campagne de 2008 par la Libye de feu le dictateur Mouammar Kadhafi que les juges l’ont placé sur écoute (une démarche toute à fait légale lorsque le délit présumé prévoit plus de deux ans de prison, n’en déplaise à ses véhéments partisans). C’est de cette manière qu’a surgi une nouvelle affaire Sarkozy : l’ancien homme fort de l’UMP était renseigné des enquêtes le concernant par Gilbert Azibert, l’un des plus hauts magistrats de France. En échange, ce dernier souhaitait que M. Sarkozy et son avocat, Me Thierry Herzog, usent de leur influence pour le faire nommer conseiller d’État à Monaco. Il est donc soupçonné de « violation du secret d’instruction » et « trafic d’influence ». La présidentielle de 2017 paraît de plus en plus inaccessible pour le 6e président de la Ve République.

En parlant de République, il y en a une de l’autre côté de la mer Méditerranée qui paraît bien mal en point. Lorsque le Printemps arabe a balayé la Tunisie, la Libye, l’Égypte, et a amorcé la boucherie en Syrie, ce pays est resté relativement calme, parce qu’il disposait déjà de bases démocratiques. Mais celles-ci sont menacées par un président qui s’accroche si désespérément au pouvoir que c’en serait presque risible. Abdelaziz Bouteflika est président de l’Algérie depuis 1999. Alors que la Constitution n’autorisait que deux mandats, il l’a modifiée en 2008 pour en briguer un troisième, et il a déposé cette semaine sa candidature pour la prochaine élection, qu’il est sûr et certain de remporter. Pour se justifier, il évoque Angela Merkel, qui en Allemagne est pour la troisième fois Chancelière et n’a pas l’intention de s’arrêter, mais Mme. Merkel n’a pas été hospitalisée des mois durant en France pour un AVC, avant de devenir invisible aux yeux de la population pendant un an et demi. Plusieurs personnalités ont même annoncé un boycott des élections. En outre, bon nombre d’algériens s’insurgent contre un « président mort-vivant » qui a peu de chances de mener son mandat jusqu’au bout.

Comme vous vous en doutez, je n’ai pas fini de parler de la Crimée, bien que l’actualité ait été moins fournie à ce propos. Petit rappel des faits : suite à la destitution du président Viktor Ianoukovytch par les manifestants (en majorité europhiles et démocrates, malgré une frange très visible de xénophobes et de nationalistes), le président russe Vladimir Poutine a envoyé l’armée occuper cette région autonome au sud, bordant la mer Noire, au nom de la protection des civils russes opprimés par un régime de néonazis. Cette semaine, le Parlement de Crimée a voté son rattachement à la Fédération voisine, et un référendum est prévu le 16 mars, mais le nouveau gouvernement ukrainien n’en reconnaît pas la légitimité. Les russes ont subi un revers diplomatique à l’ONU en ne parvenant pas à convaincre du bien-fondé de ce qu’on peut appeler une invasion (région autonome pro-russe ou non, elle appartenait depuis 1956 à l’Ukraine, territoire souverain et indépendant) : à 14 voix contre 1, le Conseil de sécurité s’y est opposé, y compris la Chine, grande alliée du Kremlin. Pendant ce temps, les États-Unis évoquent des sanctions ciblées tels que le gel d’avoirs des responsables, et l’Europe a commencé à parler d’un plan d’aide de l’ordre de 11 milliards (selon le président par intérim ukrainien, 35 milliards seraient nécessaires pour renflouer les caisses de l’État ruiné). Personne ne compte réellement se battre pour l’Ukraine, et pour ce qui est des sanctions à l’égard de la Russie, la France n’a pas l’intention d’annuler la vente de navires Mistral. Par contre, les Jeux Paralympiques qui viennent de commencer à Sotchi dans le sillon des JO d’hiver sont suffisamment inutiles et peu importants pour être boycottés, visiblement.

Mais intéressons-nous à présent à un pays dont je n’ai probablement pas parlé. J’ai déjà évoqué la Thaïlande, le Cambodge ou les Philippines, mais jamais la Malaisie. Celle-ci est pourtant au centre de l’actualité depuis qu’un avion en partance de Kuala Lumpur a disparu des radars. Le vol MH370 n’a émis aucun signal de détresse et les équipes de recherche, tant malaises que thaïlandaises, chinoises et américaines fouillent la mer de Chine à la recherche des décombres. Les Thaïlandais ont d’ailleurs découvert des débris qui pourraient laisser penser que le Boeing 777 a fait demi-tour. Le mystère s’épaissit donc et il y a peu d’espoir de voir survivre les 239 passagers, équipage compris, dont 153 Chinois (le reste issu de 14 nationalités, dont la France). À cela s’ajoutent des soupçons : deux passagers ont voyagé à l’aide de passeports volés, l’un à un italien, l’autre à un autrichien, il y a quelques années de cela. De quoi alimenter la théorie de l’attentat terroriste qui, si elle est avérée, sera probablement attribuée par Pékin à la communauté ouïghour.

Enfin, je finirai par annoncer que dans quelques semaines se tiendront les élections municipales en France. Pourquoi le dire si tôt ? Parce que quelques faits à propos du Front National m’ont interpellé. Ces élections ont un immense enjeu pour le parti d’extrême-droite : la gauche au pouvoir est incapable de redresser le pays et la droite est empêtrée dans des affaires qui ne choquent plus personne. La confiance envers les principaux partis s’érode et les voix se reportent sur Marine Le Pen : c’est pour cette raison que le parti a déposé 596 listes dans des villes de plus de 1 000 habitants, un record. Mais comment a-t-il fait pour rassembler tant de candidats ? C’est simple, il a pris n’importe qui. Les candidats expulsés pour des propos ou photos gênantes ne manquent pas, mais Séverine Amelot ne sera pas retirée de la liste dans laquelle elle se présente à Nevers, alors même qu’on l’a vue sur Facebook poser sous un drapeau nazi, car les listes étaient verrouillées jeudi 6. Une autre tactique du Front National consiste tout simplement à inscrire des gens non-consentants. À Orléans, un couple de nonagénaires, dont la femme était hospitalisée pour la maladie d’Alzheimer ignorait qu’il était sur la liste FN de la ville. À Grand-Quevilly et Lillebonne, en Seine-Maritime, des dizaines de personnes se sont plaintes après avoir découvert qu’elles y figuraient également. Nicolas Bay, responsable de la campagne du Front National, fustige les maires sortants qui exerceraient des pressions sur que les candidats se désistent. Quant à la leader du parti, elle accuse les médias de s’acharner sur les candidats du Front (20 000 sur 900 000 candidats) alors que les autres partis traînent probablement des casseroles semblables.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


17/03/2014
Deux Beaux Écrans de Fumée

La boule qui s’est logée dans le creux de son estomac ne veut pas partir. À ce stade, ce n’est plus seulement de l’inquiétude. En général, il reçoit toujours de sa hiérarchie une réponse succincte à ses rapports, de « Merci pour votre travail » à « Continuez ainsi ». Parfois, même, ils commentent les actualités terriennes d’un œil naïf, extérieur, ou demandent des précisions, comme pour ce dossier sur la religion qu’il avait rédigé à leur demande. Mais cette fois-ci, rien. Il n’a pas même reçu d’accusé de réception. Que se passe-t-il donc ? Doit-il travailler malgré tout ? Après une longue réflexion, il finit par s’y résoudre. C’est, dans un sens, le seul moyen de se détourner de ses idées noires.

Vahrüt n°41. 10 Mars 2014 au 16 Mars 2014. Calendrier Terrien.

Nous y sommes. La Crimée est rattachée à la Russie. 1 534 815 électeurs étaient attendus dans 1 250 bureaux de vote, pour un résultat de 96,6%. Ce n’est pas une surprise, puisque les seuls qui ne s’y attendaient sont ceux qui n’étaient pas au courant de la tenue de ce référendum dans ce qui fut une région autonome de l’Ukraine. Je ne reviendrai pas sur les raisons, déjà abordées, qui font de cette péninsule bordant la Mer Noire une région essentielle pour Moscou. On s’interrogera en tout cas sur la légitimité d’un scrutin organisé en dix jours top chrono dans une région occupée par l'armée russe qui assiège les militaires ukrainiens. Les dirigeants des pays occidentaux avaient d’ailleurs plusieurs fois prévenu qu’ils ne reconnaîtraient pas le rattachement voté, ainsi ils ont pris soin de se boucher les oreilles en criant très très fort pour que les cris des nombreux pro-russes de la région ne leur parviennent pas. De toute manière, ils estimaient déjà la Crimée « perdue » ; ce qui importe à présent, c’est surtout de savoir ce que fera Vladimir Poutine. Après tout, les villes de Donetsk et Kharkiv, dans l’Est du pays, sont elles aussi menacées par le méchant gouvernement néonazi. Mis à part quelques agents américains, une poignée de nationalistes nostalgiques de Stepan Bandera (ukrainien qui a collaboré avec Hitler lors de l’occupation) et un amas de comploteurs qui s’évertuent à manifester, ces villes ne demandent que l’arrivée salvatrice de la nouvelle Armée Rouge.

Mais revenons, comme d’habitude, dans l’Hexagone pour découvrir les péripéties de la vie politique française, et quelles péripéties ! Finalement, tout ce qu’il s’est passé ces dernières semaines est de la faute de Christiane Taubira. Enfin pas tout à fait. Mais un petit peu quand même. En effet, l’UMP a réussi l’exploit de retourner le scandale vers le gouvernement : interrogée sur les écoutes dont a fait l’objet Nicolas Sarkozy, la ministre de la Justice a affirmé qu’elle n’était au courant que depuis le 28 février, et le reste du gouvernement, en particulier son chef Jean-Marc Ayrault, ont dit de même pour ne pas émettre de voix discordantes. Sauf qu’en réalité, elle était au courant depuis le 26 février, et c’est d’une gravité extrême. Les Français ont en effet en horreur les hommes et femmes politiques qui mentent, et ne chercheraient jamais à voter pour eux. Ainsi la Garde des Sceaux, qui s’était construit une image de politicienne intègre, voit cette image s’effondrer au profit de rivaux bien plus honnêtes, au premier rang desquels Jean-François Copé, dont tout le monde a oublié la relation privilégiée – mais anecdotique – avec la société Bygmalion. Quant au ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, il continue à affirmer qu’il n’a appris l’affaire qu’en lisant le journal, ce qui lui vaut le qualificatif de « l’homme le moins bien renseigné de France ».

J’évoquerai également un autre couac, plus léger, du gouvernement, mais qui ne concerne pas les mêmes protagonistes. Rappelons d’abord le contexte : Martin Bouygues, patron de l’entreprise éponyme, qui s'étend de l’industrie du bâtiment jusqu’à la téléphonie mobile, projette de racheter son rival SFR, détenu par Vivendi (pour un prix de 10,5 puis 11,3 milliards d’euros), mais un autre concurrent est en lice pour cet achat : Numericable, de Patrick Drahi, qui n’est pas encore implanté dans le marché du mobile. De ce fait, si Bouygues rachète SFR, le nombre d’opérateurs passerait de 4 à 3 (les deux autres étant Free et Orange) et se retrouverait en position de force, c’est pourquoi afin de ne pas avoir de monopole, M. Bouygues a proposé un marché à Xavier Niel, fondateur de Free, dans le but de lui vendre l’infrastructure de réseau de SFR pour 1,8 milliards d’euros (le geste n’est pas désintéressé, puisqu’il ne l’avait pas fait, l’Autorité de la concurrence aurait jugé ce rachat trop déloyal). Tout semblait acquis au groupe Bouygues, et le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg avait même eu la brillante idée d’en faire son favori, mais Vivendi a fini par s’en détourner pour se lancer dans des « négociations exclusives » avec Altice, la maison-mère de Numericable. Celle-ci a le fâcheux défaut d’avoir sa côte en bourse aux Pays-Bas, son siège au Luxembourg et son patron en Suisse, ce qui a poussé une autre ministre, Fleur Pellerin, déléguée à l’Économie numérique, à le sermonner pour qu’il rapatrie ses avoirs, et que ça saute.

Pendant ce temps, à l’autre bout du monde, la recherche du Boeing 777 disparu entre Kuala Lumpur et Pékin est toujours d’actualité, et l’union sacrée entre les pays qui enquêtent dessus (y compris les deux ennemis, les États-Unis et la Chine) ne s’est pas encore disloquée. En revanche, les chances de trouver les débris de l’appareil s’éloignent toujours plus : en effet, des enquêteurs américains, en retraçant le signal des moteurs Rolls Royce (indépendants des autres signaux de transmission) ont découvert que l’avion avait volé plusieurs heures après sa disparition des radars (le chiffre de sept heures est même avancé). Vu la vitesse de l’engin, une telle théorie agrandit considérablement l’aire de recherche. Quant à l’hypothèse d’un détournement, elle n’est jamais loin. Si elle s’est réduite lorsqu’il a été découvert que les deux voleurs de passeport étaient des migrants Iraniens cherchant à rejoindre l’Europe, les soupçons se portent à présent sur les pilotes, les seuls à pouvoir désactiver les signaux. Si le mystère continue à s’épaissir, on me soupçonnera bientôt de les avoir enlevés pour étudier l’espèce humaine.

Enfin, retournons en France, et plus précisément à Paris, où la campagne municipale fait toujours rage entre la socialiste Anne Hidalgo, actuelle première adjointe au maire Bertrand Delanoë, et l’UMP Nathalie Kosciusko-Morizet, ex-ministre de l’Écologie puis de l’Économie numérique sous le gouvernement Fillon. Face à la campagne inintéressante entre deux candidates somme toute assez semblables, le destin a jugé bon de faire intervenir un nouveau protagoniste : le smog. Cet épais brouillard de pollution a enveloppé la capitale et alerté les autorités par une concentration de plus de 50 microgrammes par mètre cube d’air au point de pousser la mairie à rendre les transports gratuits pendant trois jours (pour un coût total estimé à 12 millions d’euros). Ce phénomène inopportun pourrait profiter au candidat écologiste Christophe Najdovski. En tout cas, Mme. Kosciusko-Morizet n’a pas manqué de s’emparer du problème pour fustiger l’inaction du maire socialiste sortant. J’en viens d’ailleurs à me demander s’il s’agit bien de la même Nathalie Kosciusko-Morizet qui, ministre de l’Écologie de 2007 à 2009, avait été accusée de mettre des bâtons dans les roues des filières d’énergies renouvelables, de s’accrocher au nucléaire malgré la catastrophe de Fukushima, d’être un peu trop hésitante à propos du gaz de schiste et d’avoir abandonné la taxe carbone. Le tout tandis que son président affirmait que « l’environnement, ça commence à bien faire ». Sa jumelle maléfique, sans doute.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


24/03/2014
Municipales Round One : K.O par Abstention

Doit-il se sentir soulagé ? Après un long silence radio, Glärb a enfin reçu une réponse : un simple « Poursuivez votre mission. » Au-delà de l’impolitesse d’un tel ordre, cela ne le renseigne nullement sur la situation chez lui. Il se doute que s’ils ont le temps de lui envoyer un message, c’est que les choses ne vont pas si mal, mais il ne peut s’empêcher d’imaginer le colonel Triglob taper à la va-vite un message alors que son vaisseau est en train de se désagréger autour de lui. Bien sûr, c’est idiot, mais angoisser sur des situations improbables, c’est la seule chose qui lui reste. Ça, et puis l’écriture de rapports. Et Grand Theft Auto V sur la console qu’il a récupéré sur Terre, mais il va plutôt s’occuper de son rapport.

Vahrüt n°42. 17 Mars 2014 au 23 Mars 2014. Calendrier Terrien.

Dimanche, les Français ont été appelés à voter pour les élections municipales, qui se sont révélées riches en enseignements. Le but de cette routine démocratique est très simple, car le principal enjeu est de confirmer ou non les sondages réalisés ces derniers mois par TNS-Sofres, Ipsos et autres instituts du même acabit. En effet, prévoyant l’abstention record due à l’impopularité du gouvernement et les affaires en série de la droite, ce sont les sondages qui se sont occupés de déterminer qui serait vainqueur dans chaque ville, une manière d’économiser aux citoyens le temps d’aller voter pour leur nouveau maire. Il ne s’agit pour le moment que du premier tour, où l’on ne peut être élu qu’en récoltant plus de la moitié des voix ; un phénomène qu’on a vu à Bordeaux avec Alain Juppé, à Meaux avec Jean-François Copé, à Argenton-sur-Creuse avec Michel Sapin (actuel ministre du Travail), ou encore à Bègles avec Noël Mamère. Ce qui ressort de ce premier tour, c’est l’immense claque infligée… aux instituts de sondage, qui ont largement sous-estimé la percée du Front National : à Hénin-Beaumont, le candidat FN Steeve Briois a été élu avec la majorité des voix, une première qui inquiète beaucoup de monde. D’une manière générale, les scores frontistes ont été particulièrement élevés, et non seulement le parti de Marine Le Pen est en passe de remporter plusieurs villes, mais celles où il est en troisième position avec plus de 10% verront des triangulaires (voire quadrangulaires ou pentagulaires) au second tour. Dans ces cas-là, le parti d’extrême-droite aura, sinon un siège de maire, une forte capacité de nuisance. Ah oui, et accessoirement, c’est l’UMP qui a réalisé les meilleurs scores.

Restons dans l'Hexagone. La centrale nucléaire de Fessenheim, la plus vieille de France, a de nouveau fait parler d’elle. Construite en 1970 et mise en service en 1978, elle est régulièrement critiquée pour sa sécurité hasardeuse, un comble puisqu’étant située en Alsace, une fuite mettrait en péril toute l’Europe (à cause des accords de Schengen, les nuages toxiques peuvent maintenant traverser la frontière française). Pour dénoncer ce danger, une soixantaine de militants de l’ONG environnementale Greenpeace s’y sont infiltrés pour brandir des banderoles « Stop risking Europe ». Ces activistes pour la plupart étrangers (de 14 nationalités différentes) ont été immédiatement expulsés du territoire. Les militants turcs, australiens et israéliens, non-originaires de l’Union Européenne, ont même été interdits de séjour en France pour deux ans, une mesure habituellement réservée à ceux qui présentent un danger pour la sécurité du pays, comme les terroristes. Cécile Duflot, la ministre du logement et membre du parti Europe-Écologie-Les-Verts, n’a pas manqué de leur exprimer son soutien quand bien même elle fait partie du gouvernement. La démarche de l’ONG visait à montrer que la centrale est vulnérable face à une attaque terroriste, mais si la défense du site avait tiré à balles réelles comme en cas de véritable assaut, je doute que les militants anti-nucléaires se seraient sentis plus en sécurité.

Et maintenant, comme à chaque fois, un petit retour en Crimée. L’annexion russe de la région a fait son premier mort lorsque l’armée a entrepris de chasser les militaires des bases ukrainiennes. D’autres pays commencent à se sentir menacés, comme les pays baltes, mais aussi et surtout la Moldavie, qui possède également un territoire russophone à forte tendance séparatiste : la Transnistrie. L’Union Européenne, fidèle à sa parole, s’est empressée d’exécuter ses redoutables sanctions, qui consistait à priver des responsables russes de visas ou de geler leurs avoirs, et ce même si bon nombre d’eux n’ont ni avoirs à l’étranger, ni un besoin désespéré de vacances en Europe de l’Ouest. Mais c’est l’intention qui compte. Les États-Unis ont frappé des personnalités plus proches de Vladimir Poutine, au point que ce dernier envisage de répliquer. En France, le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius a brandi la menace d’annuler la vente de deux navires « Mistral », fleuron de l’armement français, surnommés « couteaux-suisses » pour leur polyvalence. Cette vente, conclue en 2011 entre Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev, prévoit l’envoi du Vladivostok fin 2014, puis du Sébastopol en 2016, le tout pour 1,2 milliards d’euros. Cette sanction reste peu crédible, étant donné qu’elle a crée des milliers d’emplois français et qu’elle ferait perdre une somme assez conséquente. Ce serait comme imaginer une sanction financière de la Grande-Bretagne ou un embargo sur le gaz russe en Allemagne.

Est-ce parce qu’il a senti la faiblesse de l’Union Européenne que Recep Tayyip Erdogan, premier ministre turc, s’est mis en tête de tout faire pour enterrer les espoirs d’intégration de la Turquie ? Plongé dans une affaire de corruption qu’il s’acharne à démentir malgré les enregistrements accablants (sûrement le coup d’un Patrick Çalı, l’équivalent turc d’un Patrick Buisson), le leader de l’AKP est acculé. Ainsi, parce que dénoncer le complot des américains et de Fethullah Gülen (dont la volonté de nuire au premier ministre est avérée) ne suffit plus, et parce qu’il a déjà renforcé le contrôle de la justice et de la police, M. Erdogan avait fait une nouvelle promesse : « Nous allons supprimer Twitter. Je me moque des réactions de la communauté internationale. Ils verront la force de la Turquie». Et il a en effet bloqué l’accès au site en Turquie, 11e sur le classement des pays utilisateurs de Twitter (la France est 18e). La communauté internationale a instantanément dénoncé ce geste, qui rapproche la Turquie de la Chine, de l’Iran, de Cuba ou encore de la Corée du Nord. Une mesure vouée à l’échec, puisque avec les nombreux moyens qui existent pour contourner le blocage, les utilisateurs turcs ont battu des records en termes de tweets postés dans les heures qui ont suivi. Même le président Abdullah Gül a critiqué cette interdiction… via Twitter. Au moins, il aura essayé.

Enfin, ce qui devait arriver est arrivé. Après trois ans de guerre civile, après bientôt 150 000 morts, après l’usage d’armes chimiques contre son propre peuple, le président syrien Bachar al-Assad peut commencer à trembler, car si son homologue américain Barrack Obama a renoncé à l’intervention militaire, il dispose d’autres options tout aussi efficaces. Grand mal en a pris au « Boucher de Damas » de franchir la ligne rouge énoncée par l’occupant de la Maison Blanche, car il vient de recevoir son plus grand revers depuis le début de la guerre : Washington a fermé son ambassade de Syrie. Prends ça, « Axe du Mal ».

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


31/03/2014
Municipales Round Two : K.O par UMP

Les messages, dernièrement, se sont multipliés. Sa hiérarchie l’encourage à poursuivre dans cette voie, lui pose des questions sur la situation en Crimée, les élections municipales ou encore les habitudes d'hygiène des Terriens. Ces réponses à ses rapports sont certes de loin préférables au silence pesant qui s’est imposé ces dernières semaines, mais il s’acharne à penser qu’on lui cache toute la vérité. Dès qu’il pose une question sur la guerre censée faire rage, ses supérieurs l’esquivent habilement. En fin de compte, il ne peut que tenir son mal en patience en faisant son travail en attendant qu’on lui apporte toute la lumière sur les événements.

Vahrüt n°43. 24 Mars 2014 au 30 Mars 2014. Calendrier Terrien.

Et c’est reparti pour un tour : dimanche 30 mars s’est tenu le second tour des élections municipales en France. Le premier, rappelons-le, s’était caractérisé par l’échec cuisant des instituts de sondage qui n’avaient pas mesuré l’ampleur du « vote-sanction ». L’UMP a remporté un très grand nombre de villes – beaucoup de celles que le parti avait perdu en 2008 – y compris Toulouse, Saint-Étienne, Amiens, Ajaccio, Caen, Limoges, Quimper, Reims, Roubaix, etc. François Bayrou a quant à lui enfin gagné à Pau. Le PS, lui, a réussi à obtenir Avignon, Douai, Verdun, Lourdes mais a perdu à Grenoble face aux écologistes et à Montpellier face au dissident de gauche. Lyon, Nantes et Strasbourg ont gardé leurs maires PS, Marseille son vieux maire UMP, et Paris a vu sans surprise élire Anne Hidalgo, l’héritière du maire sortant. Comme il fallait s’y attendre, le parti de Marine Le Pen a gagné plusieurs villes : outre Steeve Briois ayant remporté Hénin-Beaumont au premier tour, on compte à présent Béziers, Camaret-sur-Aigues, Cogolin, Fréjus, Hayange, Le Luc, Le Pontet, Mantes-la-Ville et Villers-Cotterêt ainsi que le VIIe secteur de Marseille. De quoi rappeler l’élection de 1995, lorsque le FN avait remporté Toulon, Marignane et Orange, puis Vitrolles en 1997. Le bilan était plutôt mitigé, notamment sur le plan culturel, où les censures étaient légion. L’abstention, ce dimanche, a atteint un record de 38%. Le prochain rendez-vous aux urnes est fixé au 22 mai pour les européennes, et il y a fort à parier que le gouvernement n’a pas fini de pousser des cris horrifiés, et ce même si le président décide de remanier le gouvernement comme ses soutiens le supplient.

Mais traversons la Mer Méditerranée pour rejoindre l’Afrique. L’Égypte post-Morsi n’a plus grand-chose à envier à celle qui a précédé le printemps arabe de 2011. Les Frères Musulmans, parti d’islam politique sont toujours fortement réprimés par le maréchal Al-Sissi qui, s’il n’est pas encore au pouvoir, est l’homme fort du pays. Cette semaine, lors d’un procès de centaines de ses membres, 529 Frères Musulmans – dont beaucoup par contumace, seuls 153 ayant été arrêtés – ont ainsi été condamnés à mort par le juge Saed Youssef (qui s’était fait remarquer pour avoir condamné à 30 ans de prison un homme ayant volé des vêtements féminins). Ce jugement controversé porte sur les violences d’aout 2013, au cours desquelles plusieurs policiers avaient été tués (à noter qu’un des accusés est en fauteuil roulant ; un outil mortel comme chacun sait). Notons toutefois que du temps d’Hosni Moubarak, la peine capitale, bien que prononcée, était rarement exécutée. Le parti qui a mené Mohammed Morsi au pouvoir est par ailleurs également source de tensions à l’Est : encouragé par le Qatar, il tente de s’imposer en Arabie Saoudite et dans les Émirats Arabes Unis mais y est considéré comme un groupe terroriste.

Sachez toutefois que nous nous n’en avons pas encore fini avec les élections municipales. Non, je ne parlerai plus cette fois-ci de la France, mais de la Turquie. Les citoyens de ce pays dans la tourmente depuis les manifestations de la place Taksim en 2013 ont voté dans un scrutin qui avait des allures de référendum pour le premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Soupçonné d’un autoritarisme toujours plus fort, plongé dans des affaires de corruption, ce dernier avait bloqué Twitter la semaine dernière, puis Youtube jeudi pour empêcher la diffusion des enregistrements qui l’éclaboussent (le blocage de Twitter a d’ailleurs été invalidé par la justice entre temps). On aurait cru que de telles gesticulations lui vaudraient une cuisante défaite aux élections, mais il n’en a rien été : à Istanbul, Ankara, et ailleurs, on a réélu des maires issus de l’AKP, le parti au pouvoir, parfois avec un meilleur score qu’aux précédentes élections, et le chef du parti en a profité pour lancer des menaces à peine voilées à ses adversaires. Nul doute que François Hollande sera intéressé de connaître les méthodes du chef du gouvernement turc pour garder ses villes.

Un petit retour plus à l’ouest, cette fois-ci au Maroc. Les relations entre le royaume et la France n’ont cessé de se dégrader ces dernières semaines. Cela avait commencé lorsqu’un acteur espagnol, Javier Bardem a cité l’ambassadeur français aux Nations Unies décrivant en 2011 le Maroc comme une « maîtresse avec laquelle on dort toutes les nuits, dont on n'est pas particulièrement amoureux mais qu'on doit défendre ». De nouvelles tensions ont en même temps surgi quand Abdellatif Hammouchi patron du contre-espionnage marocain, en visite en France, a été visé par une plainte pour « complicité de torture » émise par des franco-marocains assistés par l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture. Et voilà maintenant que Salaheddine Mezouar le ministre des Affaires étrangères marocain lui-même a subi une fouille approfondie lors d’une escale à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle : forcé de retirer chaussures, ceinture et veste, il a vu sa mallette et ses effets personnels fouillés. Encore un peu et le ministre de l’Intérieur menaçait de le renvoyer chez lui dans un charter.

Je vais finir ce rapport par un achat. Un rachat, plutôt. Quelques semaines après avoir fait l’acquisition de l’application WhatsApp pour 19 milliards de dollars, Facebook a acheté la petite entreprise Oculus VR pour 2 milliards. Cette petite entreprise californienne est spécialisée dans la réalité virtuelle et a déjà commencé à percer avec l’Oculus Rift, envisagé comme le futur du jeu vidéo. Mais Mark Zuckerberg voit bien plus loin que ce seul secteur. Le fondateur de l’immense réseau social anticipe l’après-mobile et conçoit la réalité virtuelle comme une réalité virtuelle qui « a l’opportunité de créer une plateforme plus sociale que jamais, tout en révolutionnant notre manière de travailler, de jouer et de communiquer ». Reste à savoir si à l’inverse des Mwandishi, les humains réussiront à développer cette technologie sans s’en lasser au bout de dix ans. En tout cas, l’affaire fait grincer des dents, étant donné que l’entreprise avait levé ses premiers fonds grâce au financement participatif et que ses beaux jours d’indépendance sont derrière elle ; d’autant plus que la politique de Facebook n’est pas au goût de tout le monde. M. Zuckerberg a d’ailleurs précisé qu’il y aura de la publicité. Évidemment.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.