Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type






Novembre 2014

10/11/2014
Des Présidents Bien en Peine

Pour la quatrième matinée consécutive, Glärb ouvre les yeux sur la vision d’un Boglib affalé sur le fauteuil, devant l’un de ces films Terriens qu’il n’a cessé de regarder. Les yeux injectés de sang, la nervosité et les bâillements incessants de son collègue ont de quoi l’inquiéter, mais toutes ses tentatives pour appeler le second observateur à la modération sont restés inaudibles. L’œuvre en noir et blanc que son camarade visionne dans un demi-sommeil met en scène un boxeur fou furieux. Pas tout à fait la tasse de thé de Glärb. Il laisse Boglib terminer son visionnage tandis que lui-même s’asseoit à son poste, prêt à la rédaction d’un nouveau rapport.

Vahrüt n°72. 3 Novembre 2014 au 9 Novembre 2014. Calendrier Terrien.

La chose était prévisible, mais elle n’en est pas moins importante. Le Parti Républicain a largement remporté le mardi 4 les midterms, élections législatives américaines situées à la moitié du mandat présidentiel. On savait que Barack Obama était fragilisé – notamment par les difficultés de la mise en place de « l’Obamacare », le surnom donné à la sécurité sociale obligatoire qu’il a mise en place. Les deux chambres du Parlement ont été renouvelées : la Chambre des Représentants (équivalent de l’Assemblée nationale française) est restée d’obédience républicaine, bien que ces derniers aient renforcé leur majorité : les prévisions leur donnent entre 242 et 247 sièges sur 435, contre 233 actuellement. Mais la plus sévère déculottée concerne le Sénat : sur les 100 sièges, le Parti Républicain est passé de 45 à 51. Le sénateur du Kentucky Mitch McConnell est largement pressenti pour devenir le nouveau président du Sénat, à la place du démocrate Harry Reid. Le président Obama, à présent entravé par les deux chambres du Parlement, va voir sa marge de manœuvre considérablement réduite. Notons que M. McConnell, qui a assuré, triomphant, vouloir travailler main dans la main avec le chef d’État, assurait il y a quatre ans que la priorité de son parti était de faire en sorte qu’Obama ne fasse qu’un seul mandat. Voilà qui ne laisse pas présager une excellente cohabitation.

En France, le journal Le Monde a lâché en avant-première une véritable petite bombe. Selon deux de ses célèbres journalistes d’investigation, Fabrice Lhomme et Gérard Davet, l’ancien Premier ministre François Fillon, membre éminent de l’UMP et candidat malheureux à la tête du parti en 2012, aurait prié l’Élysée d’accélérer les poursuites judiciaires qui visent son rival, l’ex-président sur le retour Nicolas Sarkozy. Celui-ci est déjà accablé par les affaires, notamment celle de Bygmalion, la dernière en date. Les deux journalistes s’appuient sur le témoignage du secrétaire général de l’Élysée, Jean-Pierre Jouyet – ancien membre du gouvernement Fillon – qui leur a relaté une rencontre avec ce dernier le 24 juin, au cours de laquelle il leur aurait demandé d’intervenir dans le fonctionnement de la justice. Sans surprise, le principal intéressé a nié les accusations : Aujourd'hui, on me prête des propos que je démens formellement avoir tenus et que les deux participants à ce déjeuner […] démentent formellement. » en annonçant porter plainte contre le journal. Pour cette procédure-ci, il serait probablement plus prudent de s’en tenir à la vitesse normale de la justice.

Mais on ne peut pas mentionner « Élysée » sans penser à l’homme qui l’habite. Sauf, peut-être, en ces temps incertains où l’on en viendrait presque à oublier qui est président. C’est donc avec le souci de rappeler son existence au pays que François Hollande s’est présenté jeudi 6 sur le plateau de l’émission « En direct avec les Français », avec le journaliste Gille Bouleau dans le rôle du médiateur. Après s’être emporté face à Thierry Demaizière sur sa cravate de travers, son régime alimentaire à base de frites, la pluie à son investiture et son casque de scooter, le « Président normal » a fait face à quatre Français triés sur le volet : une retraitée au chômage, une chef d’entreprise, un jeune diplômé au chômage et une mère de famille issue d’un milieu rural. L’occasion pour le chef de l’État de détailler ses (pas si nouvelles) mesures : un contrat aidé pour les séniors prochainement retraités, des emplois d’avenir supplémentaires pour les jeunes ou des cours de code sur tablettes pour les élèves de cinquième. Cette prestation télévisuelle de mi-mandat n’a pas grandement enflammé les journalistes, et moins encore les Français : sur les 7,9 millions de téléspectateurs, 78% des sondés ne l’ont pas trouvé convaincant.

Traversons les Pyrénées pour rendre visite aux Espagnols. Aux Catalans, plus précisément. Ces derniers devaient voter dimanche 9 en faveur ou non de leur indépendance. Pourquoi n’en parle-t-on pas autant que le référendum écossais alors que cette cause est défendue tout aussi ardemment ? Tout simplement parce que c’est pour du beurre. Le Tribunal constitutionnel, le 29 septembre, n’a pas accepté comme l’a fait son homologue britannique d’accorder un véritable vote d’autodétermination à sa province rebelle. L’enjeu, pour le Président du gouvernement régional Artur Mas, était donc surtout de rassembler les partisans pour ce « processus participatif » et de plaider une fois de plus pour l’indépendance : la question « Voulez-vous que la Catalogne devienne un Etat ? » était assortie, en cas de réponse positive, de « Voulez-vous que cet Etat soit indépendant ? ». Il s’agit surtout de sauvegarder la date symbolique du 9 novembre, qui était annoncée depuis plusieurs mois comme jour de la décision ultime.

En parlant de symbole, l’année 2014 est décidément une année forte en anniversaires. Après la 1ere Guerre mondiale et le génocide rwandais, le dimanche 9 novembre a été l’occasion de se commémorer les 25 ans de la chute du Mur de Berlin. Symbole du Rideau de fer qui séparait l’Europe en deux, entre le bloc de l’Ouest et celui de l’Est, entre capitalisme et communisme, le mur de Berlin a été construit dans la capitale allemande à partir d’aout 1961. L'enjeu était d'empêcher les Berlinois de l’Est – citoyens de la République Démocratique Allemande – de fuir vers la partie Ouest de la ville, République Fédérale Allemande. Après la fragilisation de l’Union Soviétique à la fin des années 80, ce n’était plus qu’une question de temps avant que le mur cède. Le soir du 9 novembre 1989, les Berlinois de l’un et l’autre côté ont pu se revoir en démantelant bout par bout la ligne de séparation. Les Terriens sont alors entrés dans le XXIe siècle et l’URSS n’a plus vécu que deux ans. Mais cette époque n’est pourtant pas si lointaine. L’Allemagne garde encore des cicatrices de la déchirure longue de presque quarante ans, la Russie semble en quête d’une revanche à la Guerre froide, et les murs prolifèrent sur Terre, que ce soit entre les États-Unis et le Mexique ou à Jérusalem, qu’il s’agisse de séparer des ethnies ou empêcher des migrants d’entrer. Les humains se réjouissent d’avoir abattu un mur, sans s'apercevoir qu'ils en ont dressé une dizaine par-dessus ses décombres.