Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type






Octobre 2013

07/10/2013
L'Interrupteur ON-OFF des États-Unis

Un célèbre proverbe de Krantavis dit : « Si tu n’as rien à faire, c’est que tu as trop à faire ». Á force de repousser sans cesse à une heure ultérieure les travaux les plus élémentaires, Terriens et Mwandishi en viennent à oublier qu’ils ont un effort à produire et se retrouvent à buller passivement en regardant le plafond. Est-il besoin de préciser que dans le cas de Glärb, c’est le rapport de ce vahrüt qui se trouve la victime de sa procrastination acharnée ? Sitôt que l’observateur a lâché son jeu vidéo Terrien pour tenter de faire le clair dans ses idées – et admettons-le, pour ne pas le terminer trop rapidement – le voilà de retour à ses vieux démons, nommés Ennui et Fainéantise. Mais chaque chose a une fin, et il lui suffit de se souvenir qu’il risque de perdre son emploi faute de motivation pour aussitôt se lever de son lit et se mettre à la tâche.

Vahrüt n°20. 30 Septembre 2013 au 6 Octobre 2013. Calendrier Terrien.

Autant vous prévenir tout de suite : bien qu’ayant l’habitude de me centrer sur les actualités française, il ne sera pas question cette fois-ci de l’Hexagone. Á la place, ce sont deux autres pays qui m’intéresseront. Le premier sont les États-Unis qui se trouvent en bien fâcheuse posture depuis mardi. En effet, au Parlement, la branche la plus à droite du Parti Républicain s’est farouchement opposée au vote du budget 2014, ce qui a eu pour conséquence… de bloquer intégralement le pays, ou du moins les fonctions publiques. Le phénomène se produit lorsque aucun accord n’est trouvé avant le 30 septembre, date de fin de l’année fiscale. Les ministères sont ainsi réduits au strict minimum, 400 000 fonctionnaires ont été réduits au chômage technique, les sites Internet sont hors-service, les hauts lieux du tourisme sont interdits d’accès. Même à l’étranger, les cimetières où gisent les soldats morts sous la bannière étoilée sont fermés au public. Tout est gelé jusqu’à ce que le Tea Party s’accorde sur le budget de l’année prochaine. Le président Barrack Obama a plusieurs fois montré son exaspération en appelant l’opposition à mettre fin à « cette farce », dénonçant une « croisade idéologique ». Ses adversaires politiques voulaient s’opposer à l’ « Obamacare », système de sécurité sociale au service des plus pauvres qui n’est pas des plus appréciés. L’ironie de l’histoire est que cette couverture n’est pas concernée par le shutdown et en profite même. Il est à noter que ce n’est pas la première fois que ce phénomène a lieu. Déjà en 1995, un « shutdown » s’était produit de la même manière sous le mandat de Bill Clinton. Pour remplacer les employés, on avait fait appel à un grand nombre de stagiaires, parmi lesquels une certaine Monica Lewinsky, devenue célèbre pour une cocasse affaire de cigare dans l’intimité du Bureau Ovale.

Mais alors que le « shutdown » paralyse une grande partie du pays, le département de la Défense ne semble pas en être si affecté, comme en témoigne ces deux opérations qui ont eu lieu en Afrique le 5. Á Tripoli, en Lybie, la Force Delta de l’armée à arrêté Anas Al-Liby, l’un des leaders d’Al-Qaida et responsable d’attentats meurtriers en 1998. En Somalie, plus précisément à Barawe, les Al-Chabab – responsables de l’attaque du centre commercial de Nairobi, bien que le raid américain ait été préparé bien avant – ont été pris pour cible par les Navy Seals. Dimanche, le secrétaire d’État John Kerry expliquait que « shutdown » ou pas, « Les États-Unis ne cesseront jamais leurs efforts pour que les responsables d’actes terroristes rendent des comptes ». Je suis sûr que les nombreux Américains qui subissent directement ou indirectement le blocage seront ravis de savoir que la machine de guerre américaine fonctionne toujours.

Nous reviendrons aux États-Unis dans quelques instants, mais pour le moment j’aimerais me pencher sur l’Italie qui occupe ici deux paragraphes à elle seule. En effet, une embarcation précaire d’immigrés s’est échouée le 3 octobre au large des côtes de l’île de Lampedusa, en Sicile. Sur presque 500 passagers, parmi lesquels des enfants, on ne dénombre que 151 rescapés. Beaucoup de corps n’ont toujours pas été retrouvés. Le naufrage a ému l’opinion publique en Italie et dans le monde, et des obsèques nationales ont été organisées, sans parler de l’aide apportée aux survivants qui souhaitaient entrer dans l’hérmétique Union Européenne. Ce drame m’aura au moins permis de m’apercevoir d’un phénomène étrange dans la psychologie terrienne. En effet, il semblerait que les fréquents naufrages réfugiés dans la Mer Méditerranée n’émeuvent personne en dessous d’un certain seuil de victimes. Car si l’on semble ne découvrir cette tragédie que maintenant, le phénomène dure depuis des années dans l’indifférence générale. Et il y a fort à parier qu’il sera vite oublié.

Et en parlant d’oubli, il semblerait que la mainmise de Silvio Berlusconi sur l’Italie y soit condamnée. Je vous expliquais dans mon dernier rapport que pour garder son siège de sénateur, il avait poussé cinq des ministres PDL du gouvernement de coalition d’Enrico Letta à la démission, et l’espace de quelques jours, l’avenir politique du pays semblait sombre, mais c’était sans compter sur l’aile la plus modérée (ou la moins suicidaire, sans doute) de son parti Peuple de la Liberté. Celle-ci, à travers Angelino Alfano, bras droit du Cavaliere, s’est émancipée en faisant échouer la manœuvre du magnat des médias. Cet acte désespéré se retourne ainsi contre son auteur qui, après une rapide volte-face pour empêcher la scission de son groupe parlementaire, n’a maintenant plus qu’à maudire ses anciens alliés.

Enfin, et je finirai comme d’habitude sur un fait quelque peu léger (du moins bien plus que le lynchage collectif au Madagascar que je comptais évoquer dans un premier temps). Comme je le prévoyais tantôt, nous allons à présent revenir aux États-Unis où à l’occasion de l’équinoxe d’automne, la brasserie Dogfish Head a mis au point une toute nouvelle bière en partenariat avec ILC Dover, la société qui fabrique les combinaisons d’astronautes de la NASA, l’agence spatiale américaine. A priori, rien ne semble lier ces deux compagnies, et pourtant, leur alliance a abouti à la création de la « Celest-Jewel-Ale », une bière spéciale dont la recette inclut… de la poussière de lune. Un morceau de combinaison est même livré avec ce breuvage qui, vous vous en douterez, est excessivement cher. J’en profite pour vous demander : étant donné que je suis juste derrière du fameux satellite, est-ce que vous souhaitez qu’à mon retour, je rapporte quelques pierres pour la concoction une bonne liqueur Mwandishi ?

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


14/10/2013
Voilà un Titre bien peu Inspiré

Une fois de plus, Glärb est confronté à un insoutenable dilemme. Tomber malade en finissant le plat de gladorphes fumées qui lui fait face ou jeter la Saveur incarnée aux ordures ? Bien sûr, tout serait bien plus simple s’il lui était possible de conserver le met à l’arôme si délicate, mais les responsables de sa mission n’ont pas jugé bon d’installer le matériel nécessaire à la conservation de ce plat hautement radioactif. La vie d’un observateur isolé loin des siens n’est pas facile tous les jours, et c’est donc en traînant les pieds que le Mwandishi au ventre trop plein s’installe devant son ordinateur, plaçant à ses côtés un seau vide, juste au cas où.

Vahrüt n°21. 7 Octobre 2013 au 13 Octobre 2013. Calendrier Terrien.

Á l’inverse de mon dernier rapport, l’actualité française sera ici l’objet de plusieurs paragraphes. Mais commençons tout d’abord par quelque chose qui concerne le monde entier : la remise des prix Nobel. Ces derniers récompensent depuis 112 ans les Terriens « ayant apporté le plus grand bénéfice à l’humanité » malgré quelques regrettables erreurs. Chaque année est donc l’occasion de faire les tours de ces bienfaiteurs dans diverses disciplines, un par jour de la semaine. Ainsi, le prix de Médecine est revenu à James Rothman, Randy Schekman et Thomas Südhof pour leurs avancées sur le système de transport de molécules dans les cellules. Celui de Physique a récompensé Peter Higgs et François Englert pour leur découverte du boson de Higgs (correspondant chez nous au boson de Rgalub). Martin Karplus, Arieh Warshel et Michael Levitt ont reçu le prix de Chimie pour la conception d’outils informatiques permettant des simulations très pointues. La Canadienne Alice Munro a remporté le prix de Littérature en tant que « maîtresse de la nouvelle contemporaine ». Le Nobel de la Paix a été décerné à l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques, et le prix de l’Économie est revenu aujourd’hui même à Eugène Fama, Lars Peter Hansen Fama et Robert Schiller pour leurs travaux sur les marchés financiers. Bien sûr, ces avancées qui nous paraissent lointaines nous font sourire, mais elles nous rappellent également que l’humanité, si elle poursuit ses rapides progrès, parviendra à un stade qui nous fera oublier notre condescendance.

Mais les remises de prix qui ont ponctué la semaine n’ont pas occulté le nouveau naufrage qui a eu lieu une fois encore près de Malte et de Lampedusa. En effet, l’attention médiatique ne s’était pas encore détournée de l’île Sicilienne qu’un nouveau drame avait lieu à quelques kilomètres de la côte. Cette fois-ci, on compte une trentaine de morts parmi les 230 réfugiés qui tentaient de rejoindre l’Italie. Cette fois-ci, le naufrage a été provoqué par un déséquilibre lorsque les immigrants se sont massés sur un côté pour attirer l’attention d’un avion les survolant. Les cadavres noyés de ce vendredi s’ajoutent aux 6800 morts depuis 1994. Voilà enfin quelque chose à même de réconforter les esprits maussades de l’Union Européenne : des hommes, des femmes et des enfants sont encore prêts à mourir pour y tenter leur chance.

Même à plusieurs centaines de kilomètres de là, le thème des immigrés est dans toutes les bouches. En effet, ce dimanche a eu lieu le second tour des élections cantonales partielle à Brignoles entre Laurent Lopez, le candidat du Front National et Catherine Delzers, celle de l’UMP, autrement dit deux partis qui ne portent pas l’immigration dans leur cœur. Les enjeux étaient de taille, car le score conséquent au premier tour du parti de Marine Le Pen, à qui a grandement bénéficié le faible taux de participation, de l’ordre de 33% (qui a augmenté au second tour), avait de quoi inquiéter la majorité au pouvoir. Preuve en est que le candidat socialiste éliminé la semaine dernière a appelé au front républicain en soutenant la candidate UMP, sans succès puisque ça n’a pas empêché le candidat frontiste de remporter la victoire avec 53,9% des voix. Le principal parti d’opposition s’est d’ailleurs une nouvelle fois divisé cette semaine lorsque François Fillon s’est officiellement déclaré le rival de Nicolas Sarkozy en vue des présidentielles de 2017 (ce qui n’est pas une surprise pour beaucoup de monde).

On a également parlé de ce parti cette semaine en rapport au scandale né du comportement de l’un de ses députés, Philippe le Ray, à l’Assemblée Nationale mardi. En effet, alors que sa collègue écologiste Véronique Massoneau s’exprimait à propos de la réforme des retraites, il s’est mis à caqueter comme une poule (nb : un animal galliforme terrien). Je ne connais rien des parades amoureuses humaines, mais il semblerait qu’il s’agisse là d’une bien mauvaise manière d’attirer l’attention de la gent féminine, et ses représentantes à la chambre basse du Parlement n’ont pas manqué de le faire remarquer en boycottant une partie de la séance du lendemain. Quant au député, outre la déception d’avoir été rejeté par sa consœur, il a également été sanctionné pour son attitude déplacée : une privation de son indemnité parlementaire pendant un mois, ce qui représente concrètement la somme de 1378 euros.

Enfin, je vais finir avec un petit peu de sport, puisque vendredi au Parc des Princes, l’équipe de France a battu l’Australie 6 – 0. Certes, cette dernière n’a pas la meilleure équipe de football qui soit, mais les Bleus avaient habitué leurs supporters à des scores plus médiocres. Il est d’ailleurs intéressant de mettre en parallèle les résultats de ce match avec le sondage réalisé les 10 et 11 octobre, avant l’affrontement : on y découvre que 82% des Français ont une mauvaise opinion de leur équipe nationale. Il faut dire que les joueurs tricolores n’ont plus marqué les esprits depuis leur échec au Mondial d’Afrique du Sud en 2010, où leurs dissensions ont marqué pour longtemps l’opinion publique. On pourrait même dire que critiquer les Bleus est devenu un sport national plus apprécié encore que le football. Il ne fait pourtant aucun doute qu’en pleine période de crise, le moral collectif aurait bien besoin d’une équipe performante derrière laquelle se rassembler, à la manière de la France Black-Blanc-Beurre de 1998. Cette victoire tant célébrée paraît lointaine, mais peut-être pas autant que celle de la prochaine Coupe du Monde 2014 qui, elle, semble plus inaccessible que jamais.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


21/10/2013
C\'est donc ça, une « Affaire » ?

Aujourd’hui, Glärb est heureux. L’extraterrestre a intégralement rédigé son rapport en avance, mû par un zèle aussi surprenant qu’efficace. Le texte est relu, débarrassé de ses fautes les plus insignifiantes, et l’observateur s’est même payé le luxe d’y mettre plus d’esprit qu’à l’accoutumée. Á présent, il ne lui reste plus qu’à presser la touche « Envoi » qui se trouve, le hasard fait bien mal les choses, à côté de la touche « Effacer le message ». Faut-il préciser laquelle des deux s'est affaissée sous le poids de son doigt ? Non sans un cri d’effroi, le Mwandishi tente immédiatement de faire machine arrière, mais la démarche semble impossible. Il semblerait qu’il n’ait plus qu’à tout retaper. Encore une fois. Malgré les larmes.

Vahrüt n°22. 14 Octobre 2013 au 20 Octobre 2013. Calendrier Terrien.

Après un dernier vahrüt fort calme, nous voilà de retour à l’agitation bien caractéristique d’une semaine marquée par un événement qui fait couler des ruisseaux d’encre en bien peu de temps. L’ « Affaire Leonarda », comme on l’appelle déjà, a toute la semaine divisé les Français. D'un côté, droite veut un durcissement de la répression à l’égard des immigrés illégaux, qu’il faut reconduire chez eux ; et de l'autre, la gauche y voit une rigueur glaçante face à des êtres humains qui considèrent la France comme leur seule patrie ; le tout mêlé à une xénophobie et un racisme anti-Rom qui suinte par tous les pores de la société depuis plusieurs semaines. Le scandale a éclaté lorsque la jeune Leonarda Dibrani, collégienne Rom italo-kosovare de 15 ans, s’est vue arrêtée par la Police Aux Frontières dans un bus en sortie scolaire dans le but d’être expulsée avec sa famille au Kosovo. Ce fait presque banal, qui résume à lui seul la politique menée par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, a aussitôt était saisi au vol par toute la société et les médias, qui l’ont élevé au rang d’ « Affaire ». Le parti majoritaire est tout aussi divisé que le bas peuple, puisque outre l'indignation de Harlem Désir (premier secrétaire du PS) et Claude Bartolone (président de l'Assemblée Nationale), le ministre de l’Éducation Vincent Peillon n’a pas manqué de critiquer cette intervention en milieu scolaire, appelant à « sanctuariser l’école », tandis que dans les rues défilaient lycéens et professeurs pour lutter contre ce qu’ils dénoncent être une injustice. Les enjeux sont tels que le président François Hollande a jugé bon d’intervenir pour évoquer une éventuelle législation, lui qui dénonçait la propension de son prédécesseur à créer une nouvelle loi à chaque fait divers. Il a en outre proposé à la jeune fille de revenir en France sans sa famille, ce qu’elle a refusé. Entre temps, il a été découvert que l’adolescente fréquentait peu l’école et que son père a allègrement enjolivé la réalité pour servir sa cause, puisque seul ce dernier est originaire du Kosovo, pays où la famille a été expulsée et où les médias se sont rués pour saisir un fragment du feuilleton de la semaine. Á présent, je m’interroge. Si je perdais la tête au point de me manifester au sein de ce peuple fier et prudent, poussera-t-il l’amabilité jusqu’à me reconduire vers Krantavis avec le même empressement ?

Mais si la xénophobie se fait de plus en plus entendre, nous sommes loin du climat qui règne en ce moment en Russie. En effet, suite au meurtre d’un jeune Russe par un individu « d’origine non slave », le racisme latent a laissé place à de véritables émeutes dans un quartier pauvre au Sud de Moscou, exploitées par les ultranationalistes. Des voitures ont été renversées, des bouteilles jetées, et des personnes au « faciès non slave » ont été menacées au couteau. Quant aux autorités, celles-ci semblent bien moins enclines à agir que lorsque c’est l’opposition qui défile dans les rues. La « criminalité ethnique », expression selon laquelle la majorité des criminels seraient des migrants, est aussi répandue que fausse. Pour la majeure partie de la population, jeunes et vieux, extrémistes ou libéraux, qu’il s’agisse du pouvoir en place, ou du fameux héros de l’Occident et leader de l’opposition Alexei Navalny ; les immigrés sont responsables de tous les maux. Tout un pays soudé, uni, rassemblé autour d’un thème commun et fédérateur : la haine de l’Autre.

Pendant ce temps, leurs ennemis de longue date que sont les États-Unis semblent sortir de la crise qui les a secoués deux semaines durant. En effet, c’en est fini du fameux « shutdown » qui a court-circuité les services publics et mis des centaines de milliers de fonctionnaires au chômage technique. Mercredi 16 octobre, démocrates et républicains ont été forcés de se mettre d’accord (à 285 voix contre 144) car un défaut de paiement aurait empêché le Trésor américain d’emprunter sur les marchés pour rembourser ses dettes, ce qui aurait constitué une catastrophe économique mondiale sans précédent. Si les conservateurs ont pu obtenir des concessions, ils n’en ont pas moins perdu la bataille puisque la réforme de santé d’Obama a fini par être acceptée. Notons que cet épisode a coûté au pays de l’Oncle Sam la rondelette somme de 24 milliards de dollars selon une estimation de Standard and Poor’s. Est-ce bien terminé, alors ? Pas vraiment, puisque le plafond de la dette (de 16 700 milliards de dollars) a été relevé jusqu’au 7 février, date à laquelle il faudra de nouveau débattre, avec peut-être les mêmes conséquences.

De l’autre côté de l’Océan Atlantique, c’est la réforme des retraites qui a été adoptée à l’Assemblée Nationale le 15 octobre, mais dans un calme relatif. Qu’est-ce que la retraite, me demanderez-vous ? Eh bien à l’instar des vacances, il s’agit d’un concept typiquement terrien qui consiste à arrêter de travailler dès lors que l’on est trop vieux, en subsistant grâce à l’argent qu’on a cotisé des décennies durant. Sauf que face à l’augmentation des retraités, le système devient trop cher et qu’il est envisagé depuis plusieurs années de reculer l’âge légal de départ. Bien sûr, les syndicats n’ont pas manqué de défiler devant l’Assemblée nationale et partout en France pour dénoncer ce qu’ils qualifient « d’erreur historique », mais noyés dans le vacarme assourdissant de « l’Affaire Leonarda », ils n’ont eu que peu de poids. Toujours est-il que malgré l'abstention des écologistes et d'une partie des socialistes, ainsi que l'opposition le Front de Gauche ainsi que la droite, elle n’en a pas moins été adoptée à 270 voix contre 249, soit de pas grand-chose. Mais que change-t-elle, concrètement ? Elle maintient l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans pour les personnes nées après 1955, tout en assouplissant les conditions de départs à 60 ans pour les travailleurs qui ont eu une carrière longue. Ceux nés en 1957 devront toujours cotiser pendant 166 semestres (41 ans et ½), puis ce nombre augmentera pour ceux nés plus tard, d’un trimestre tous les trois ans : ainsi, quelqu’un né en 1966 devra cotiser pendant 169 trimestres (soit 42 ans et ¼) pour avoir droit à une pension complète. Notons que la validation d’un trimestre de cotisation se fera non plus en comptabilisant 200 heures de travail (payées au smic) mais 150. A également été inclus un « compte » pénibilité sur lequel s’ajouteront des points par trimestre travaillé dans des conditions éprouvantes : tous les dix points, le travailleur gagne ainsi un trimestre. Quant aux « majorations enfants », augmentations des pensions pour ceux ayant élevé au moins trois enfants, elles seront fiscalisées dès 2014. Enfin, les « revalorisations » des pensions de base se feront non plus au 1er avril mais au 1er octobre, au détriment de leurs bénéficiaires. Voilà qui est bien complexe. Mais les jeunes Français et Françaises n’ont aucune inquiétude à avoir si jamais ils ne comprennent pas tout à ce système, car d’ici à ce qu’ils y parviennent, celui-ci sera probablement devenu obsolète, tout comme la notion même de retraite.

Enfin, toujours en France, pendant que le Parti Socialiste pataugeait dans les marécages de son impopularité toujours croissante, le Front National quant à lui n’a pas pu se réjouir longtemps de la situation, car un événement imprévu est venu rappeler au parti sa position d’extrême-droite qu’il cherche pourtant à faire oublier. En effet, Anne-Sophie Leclère, la candidate FN aux municipales dans les Ardennes a eu l’excellente idée de poster sur sa page Facebook un montage montrant d’un côté un bébé singe, de l’autre la Garde des Sceaux Christiane Taubira. Singes et humains sont, anatomiquement parlant, assez similaires puisqu’il s’agit de lointains cousins, mais la comparaison est plutôt mal venue lorsque c’est un représentant ethnique du continent africain qui est visé. La jeune femme s’est défendue des accusations de racisme (elle a « des amis qui sont noirs » ) tout en assumant ses propos en décrivant la ministre de la Justice comme « une sauvage » dont la place est « dans un arbre ». La principale intéressée n’a pas mâché ses mots pour réagir, fustigeant « la pensée mortifère et meurtrière de ce parti ». Ce dernier, qui a renvoyé la femme de 33 ans, n’a pas apprécié l’attaque et a immédiatement porté plainte contre la ministre pour diffamation suite à cette « violente et outrancière saillie de Mme Taubira ». En d’autres termes, « nous vous interdisons de nous insulter lorsque nous vous insultons ».

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


28/10/2013
Une Agence Secrète qui Fait Beaucoup Parler d Elle

Aujourd’hui, Glärb a décidé, pile à l’heure, de se mettre au travail. Il s’est levé, s’est refusé à jeter le moindre regard vers les diverses distractions qui tentaient en vain de l’attirer à lui, et s’est assis sur son fauteuil. Il a alors tiré son ordinateur de bord de sa longue veille et s’est mis en tête de travailler sans relâche jusqu’à ce que le rapport soit rédigé. C’était il y a trois heures et demie. Á son réveil, l’extraterrestre a eu la surprise qu’outre la petite flaque de bave qui s’était formée sur son bureau, il n’avait pas produit grand-chose, si ce n’est trois ou quatre mots perdus au milieu de sa page blanche. Faut-il préciser que l’échéance approche à grands pas et que le Mwandishi n’a plus que quelques dizaines de minutes pour terminer hâtivement son travail ?

Vahrüt n°23. 21 Octobre 2013 au 27 Octobre 2013. Calendrier Terrien.

Le sigle « NSA » devrait à présent vous être familier, au vu du nombre d'articles que j’y ai consacré. Celui-ci ne sera sans doute pas le dernier, car ce scandale d’écoutes et autres surveillances opérées par l’agence de renseignement américaine a été relancé cette semaine. En effet, il a été découvert que le téléphone portable de la chancelière allemande Angela Merkel, qui est l’un des personnages les plus influents d’Europe, était sur écoute depuis plusieurs années. En France, le ministre des Affaires Étrangères Laurent Fabius a convoqué l’ambassadeur américain pour s’expliquer sur l’interception de 70 millions de communications téléphoniques. Ce rebondissement n’est pas là pour arranger l’image déjà écornée du président américain Barrack Obama, lequel serait selon le quotidien allemand Bild au courant de la surveillance de la chancelière depuis 2010 (le contraire eut été étonnant). Attendons-nous donc à ce que les cris indignés de ces dirigeants se poursuivent dans les jours qui viennent avant de s’éteindre dans une relative discrétion. Après tout, crier, c’est très bien, mais il ne faudrait tout de même pas aller jusqu’à demander des comptes à cet allié un peu trop curieux.

Une fois n’est pas coutume, tournons-nous à présent vers la Grèce, qui a fourni en début de semaine une nouvelle arme aux partisans de l’expulsion de Roms. En effet, des policiers ont eu la surprise de trouver, lors d’un contrôle d’un camp de cette ethnie, quelqu’un qui n’y avait pas sa place. Maria, une petite fille de quatre ans à la peau blanche et aux cheveux blonds, tout à l’opposé de ses « parents » qui peinent à expliquer sa présence parmi eux. On a finalement pu retrouver les parents biologiques de celle que l’on appelle « l’Ange Blond » : Sacha et Atanas Roussev, un couple Bulgare très pauvre qui aurait vendu la fillette pour pouvoir rentrer en Grèce et rejoindre ses autres enfants. Avec des parents biologiques trop miséreux pour l’accueillir et ses parents adoptifs placés en détention pour enlèvement, son avenir reste pour le moment assez flou. Ce qui est certain, c’est qu’aux yeux de la frange la plus excentrée de la classe politique européenne, l’Ange Blond est un don du ciel.

Pendant ce temps, en France, l’attention s’est tournée ce vahrüt vers la Bretagne, une région déjà durement touchée par la crise et dont les habitants se sont opposés à une mesure impopulaire : l’Écotaxe. Cette taxe, aussi appelée Taxe poids lourds, décidée sous le précédent gouvernement, vise à faire davantage payer les véhicules de plus 3,5 tonnes pour leur nuisance à l’environnement tout en privilégiant les moyens de transport plus écologiques. Après avoir été repoussée une première fois du 1er juillet 2013 au 1er octobre, elle est censée entrer en vigueur dès le 1er janvier 2014. Le souci, c’est qu’elle aura, entend-on, de fortes retombées économiques, notamment dans le secteur agroalimentaire déjà en grande difficulté. De ce fait, les agriculteurs, qui en seront les premières victimes, luttent corps et âme pour pousser le gouvernement à la reculade, et la manifestation de samedi —face à l'une des bornes censées faire payer la taxe aux camions — était loin d’être pacifique, car on dénombre déjà de nombreux blessés, dont un homme qui a eu la main arrachée en voulant renvoyer une grenade lacrymogène. Si le ministre de l’agriculture Stéphane le Foll se veut conciliant, le ministre de l’économie Pierre Moscovici a réitéré sa volonté de faire appliquer cette taxe au début de l’année prochaine, malgré « des crispations, voire des colères, des inquiétudes », mais les bretons (dont 74% de la population y est opposé - ils étaient tout autant à voter pour le Parti Socialiste l'an dernier) n’ont pas encore abandonné.

Mais assez parlé de l’Europe ! Il y a longtemps que je ne vous ai pas parlé du Moyen-Orient. Ici, c’est l’Arabie Saoudite qui va nous intéresser, puisque s’y est déroulé samedi 26 un événement digne d’intérêt. En effet, dans ce pays où l’inégalité entre hommes et femmes est érigée en principe primordial, les femmes n’ont toujours pas, à ce jour, le droit de conduire une voiture. Pourquoi ? Me demanderez-vous ? Je l’ignore, mais cette interdiction pourrait être liée à certains stéréotypes sur la capacité des femmes à prendre le volant (mais cette hypothèse est à nuancer car les asiatiques, eux, n’ont aucun soucis alors que des clichés similaires circulent sur eux). Cela dit, du côté du pouvoir politique et religieux, ce ne sont pas justifications qui manquent. Les Saoudiennes ont donc décidé de protester toute une journée en prenant la route pour manifester leur volonté de gagner ce droit. Le mouvement « Women2Drive » n’a pas eu l’effet escompté puisque la pression de la police a fait office de dissuasion (rappelons qu’en 2011, une démarche du même type avait mené plusieurs Saoudiennes en prison ou au chômage). Pourtant, ces initiatives ne déplaisent pas tout à fait au régime monarchique gouverné par Abdallah Ier, car ce genre de revendications médiatisées a pour mérite de laisser dans l’ombre les questions liées à la liberté d’expression.

Enfin, j’ai le sentiment d’avoir un peu trop délaissé le cinéma Terrien. C’est une erreur, car la culture humaine y accorde une grande importance, et je ne pouvais pas m’empêcher d’évoquer le film sorti cette semaine en France (plusieurs semaines après les États-Unis). Le film Gravity, de Alfonso Cuaron , raconte l’histoire d’un homme et d’une femme ( George Clooney et Sandra Bullock) qui en pleine réparation d’une navette spatiale, sont éjectés et errent indéfiniment dans l’espace. J’ignore s’il s’agit d’une histoire vraie (je jure n’avoir vu passer personne sous le hublot de l’Indiscret), mais l’étrange question posée un journaliste mexicain quant au tournage m’a en tout cas permis de m’interroger… Le jour où les Terriens se mettront à tourner des films dans l’espace sera probablement celui où ils seront finalement prêts pour le contact avec notre peuple cinéphile.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


04/11/2013
De la Terreur et des Bonbons

Pour la seizième fois, les yeux de Glärb parcourent en long, en large et en travers le message qui lui est parvenu le matin même. S’il avait été un humain, des gouttelettes auraient sans doute ruisselé sur ses joues dès sa première lecture. Sa belle et tendre Blopa… envolée ! Avec un autre ! Un certain « Traglob », un ingénieur qui a travaillé sur de nombreux vaisseaux Mwandishi. Glärb jette un coup d’œil autour de lui. Jamais l’Indiscret ne lui a paru aussi mal conçu… Ce constat fait, l’observateur s’apprête à lire pour la dix-septième fois la rupture de l’Odieuse, mais se souvient in extremis qu’il a un rapport à rédiger. Non pas qu’il en ait la moindre envie, mais perdre sa fiancée et son travail le même jour, ce serait tout de même dommage.

Vahrüt n°24. 28 Octobre 2013 au 3 Novembre 2013. Calendrier Terrien.

Pour les Français, la semaine semblait bien partie. Mardi 29, le président a annoncé que les otages retenus au Niger avaient été libérés et rentraient chez eux. Le gouvernement a évidemment affirmé n’avoir pas versé de rançon (les otages ayant travaillé pour la société Areva, il est possible que celle-ci ait versé l’argent… mais il se trouve que l’État en est l’actionnaire majoritaire). Cet événement a été salué de façon unanime, ou presque, car une voix discordante n’a pas manqué de faire parler d’elle. En effet, la présidente du Front National Marine Le Pen s’est dit troublée par « cette extrême réserve étonnante […] leur habillement étonnant […] la barbe taillée d’une manière qui était tout de même assez étonnante ». Ses propos ont été aussitôt condamnés par la gauche comme par la droite, Jean-François Coppé ayant noté qu’il « n'aura pas fallu attendre longtemps avant que le vernis craque ». Face à ces condamnations, Mme. Le Pen a bien tenté de reculer avant de se rétracter en assumant ses propos qu’elle s’est mis à nuancer, mais un succès assez restreint si ce n’est sur la démonstration de ses talents rhétoriques. Toujours est-il que la joie a été de courte durée, puisque le 3 novembre, on a appris la mort de Claude Verlon et Ghislaine Dupont, deux journalistes de RFI enlevés puis exécutés par des islamistes au Nord du Mali.

Mais délaissons la France quelques instants pour nous intéresser à l’autre bout du monde : la Chine. Lundi 28, une place pékinoise tristement célèbre de l’Histoire récente du pays a été le théâtre de ce qui semble être un attentat. En effet, la place Tiananmen, connue pour la sanglante répression qui s’y est opérée lors du printemps contre-révolutionnaire de 1989, s’est agitée lorsqu’une voiture en flammes a roulé au milieu de la foule, tuant deux passants ainsi que les trois passagers. Les bidons d’essence trouvés à l’intérieur de la carcasse tendent à prouver qu’il ne s’agit pas d’un incident, et la police chinoise, en se basant sur le nom du chauffeur du pick-up (qui se trouvait avec son épouse et sa mère), ont accusé les séparatistes Ouïghours (que j’évoquais dans un précédent rapport) dont la région d’origine, le Xinjiang, à l’extrême Ouest du pays, est instable depuis déjà plusieurs mois.

Sur ce, revenons à des sujets plus triviaux. Sur Terre, la prostitution est une pratique taboue, voire illégale. C’est la raison pour laquelle le gouvernement français a tenté de pousser plus loin la lutte contre celle-ci en choisissant de pénaliser les clients. Cette mesure a immédiatement fait réagir ces derniers (ou du moins leurs soutiens) et c’est ainsi que fut publié dans le magasine Causeur le manifeste « Touche pas à ma Pute », ou Manifeste des 343 salauds. Ce titre parodie directement le Manifeste des 343 de 1971 (baptisé « des 343 salopes par Charlie Hebdo) dans lequel des personnalités féminines, Simone de Beauvoir en tête, admettaient avoir eu recours à l’avortement. Quant au titre « Touche pas à ma Pute », il s’agit d’une référence à « Touche pas à mon Pote », slogan de SOS racisme lancé en 1985. Parmi les signataires figurent, aux côtés de l’écrivain Frédéric Beigbeder, des personnalités bien connues comme le journaliste Eric Zemmour, , le chanteur Antoine, ou l’humoriste Nicolas Bedos qui s’en est désolidarisé lorsqu’il a constaté l’ampleur des critiques. Et en effet, celles-ci ont été virulentes. La porte-parole du gouvernement et ministre du droit des femmes Najat Vallaud-Belkacem a dénoncé le rapprochement entre le droit « de pouvoir disposer librement de leur corps » des signataires de 1971 et « le droit de disposer du corps des autres », tandis que la sénatrice écologiste Esther Benbassa, pourtant opposée elle aussi à la loi, parle d’un « texte de beaufs ».

J’ai également eu la surprise de découvrir une part pour le moins surprenante de la culture Terrienne. En effet, il semblerait que le soir du 31 octobre, aussi appelé Halloween, soit l’occasion pour les enfants de faire du porte à porte dans d’étranges accoutrements dans le but de récolter des bonbons. Par un curieux effet du hasard, le même soir, de nombreux humains tentent de se faire peur ou restent éveillés toute la nuit à regarder des films d’horreur. La confusion entre ces deux pratiques est telle que certains vont jusqu’à les mélanger. Je sais que je me répète souvent, mais le folklore terrien ne cessera jamais de m’étonner.

Et pourtant, je n’étais pas au bout de mes surprises, puisque cette même nuit d’Halloween, un nouveau fait a retenu mon attention. En effet, à Bordeaux s’est déroulé vers cinq heures un kidnapping peu banal : cinq jeunes hommes saouls se sont mis en tête au sortir d’une boîte de nuit de libérer un lama appartenant à un cirque non-loin. C’est ainsi que l’animal, répondant au nom de Serge (mais baptisé « Kuzco » par ses ravisseurs), se vit offrir une petite virée nocturne qui fut immortalisée par les passants avant d’être interrompue par la mise en garde à vue des trublions. Élevée au rang de star de l’Internet, la bête a été ramenée à son propriétaire, le directeur du cirque John Beautour, qui a dans un premier temps annoncé porter plainte avant de se rétracter. Quant au chanteur Serge Lama après qui l’animal a été baptisé, il a apporté son soutien aux cinq individus.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.