Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type






Octobre 2014

06/10/2014
Des Manifestations Très Variées

Lorsque Glärb s’est subitement remis à parler, Boglib a sursauté tellement haut que son collègue a cru qu’il allait heurter le plafond. Ce n’est pas pourtant de gaieté de coeur qu’il lui a adressé la parole : il comptait même poursuivre son voeu de silence jusqu’à ce qu’il lise le message de sa hiérarchie. « Les microphones semblent dysfonctionner. » Pour ne pas avoir à expliquer à ses supérieurs qu’ils ne conversent plus pour ne plus avoir à se disputer, Glärb a ainsi fait semblant de réparer son matériel avant de solliciter ses cordes vocales pour la première fois depuis plusieurs vahrüt. Il en avait même oublié le son de la voix de Boglib. Tous deux se sont mis d’accord pour ne plus évoquer de sujets trop polémiques, surtout lorsque l’aîné des observateurs écrit son rapport.

Vahrüt n°67. 29 Septembre 2014 au 5 Octobre 2014. Calendrier Terrien.

Vous ne vous souvenez peut-être pas, mais en juin 2013, après les contestations en Turquie et au Brésil, j’avais parié que les suivantes prendraient place en Chine. Manque de chance, c’est l’Égypte qui a été la suivante, avec des conséquences que j’ai déjà abordé. À un an et demi près, j’aurais pourtant eu raison, puisque Hong Kong vit actuellement ce qui a été baptisé « Révolte des Parapluies ». À l’origine une colonie britannique, cette ville de la côte Est a été rétrocédée à l’Empire du Milieu en 1997 et jouit depuis d’un statut spécial. Plus occidentalisée que le reste du pays, elle avait reçu des autorités la promesse d’un système électoral fondé sur le suffrage universel (jusqu’à présent, les cinq millions d’habitants n’étaient pas tous électeurs). Mais l’élection prévue pour 2017 ne sera pas si libre que prévue : Pékin exige que les candidats (deux ou trois seulement) soient au préalable acceptés par un comité de nomination. Autrement dit, le processus n’encourage guère la pluralité. Voilà bientôt deux semaines que les étudiants sont dans les rues pour protester contre ce système qui leur est imposé et pour réclamer la démission de Leung Chun-ying, le chef de l’exécutif Hongkongais. Étonnamment courtois et peu violents, les manifestants de la coalition Occupy Central font jusqu’ici face à une police encore frileuse dans sa répression : la Chine de 2014 n’a aucun intérêt à reproduire le massacre de Tiananmen. Cela n’a pas empêché le président Xi Jinping de procéder à des arrestations d’artistes qui soutiennent le mouvement, et plus généralement de manifestants. Les États-Unis, en tant que rivaux des Chinois, surveillent de très près l’évolution de ces évènements, dans lesquels il n’est d’ailleurs pas impossible qu’ils soient impliqués.

Il y a un autre pays, en ce moment, qui parle beaucoup de vote. En effet, 143 millions d’électeurs brésiliens sont appelés à voter, dimanche 5, pour cinq élections en même temps : grâce au vote électronique, ils choisissent en moins d’une minute leur président, leur gouverneur, leurs députés fédéraux, leurs députés régionaux et le tiers de leurs sénateurs. Il ne s’agit que du premier tour des présidentielles, mais le suspense est tout de même au rendez-vous : les trois candidats qui s’opposent sont Dilma Roussef, l’héritière du socialiste Ignacio da Lula et grande favorite, l’écologiste et évangéliste Marina Silva, et l’ « outsider » Aecio Neves. Mme. Roussef est passée de 77% d’opinions favorables début 2013 à 30% dans les sondages qui précédaient la Coupe du Monde de football, mais elle reste favorite dans les intentions de vote. Mme. Silva, ex-ministre de l’environnement a remplacé Eduardo Campos, mort le 13 aout dans un accident d’avion et elle pourrait bien être la première présidente noire de la septième économie du monde. M. Neves, social-démocrate, a peu ou prou le même programme que ses rivales mais s’est laissé distancer par l’évangéliste avant de reprendre la main. La présidente est finalement arrivée largement en tête (41,5%) et aura un homme pour rival, M. Never ayant obtenu 33% des voix. L’évangéliste, elle, ne récolte que 21% et se voit ainsi éliminée. La suite au prochain rapport.

Mais rendons-nous comme à notre habitude dans l’Hexagone. La grève de quatorze jours d’Air France s’est à peine achevée (et sans accord définitif) que ce sont à présent les professions libérales (huissiers, notaires, médecins, mais surtout pharmaciens) qui les remplacent. En cause ? Un projet de réforme qui autoriserait les grandes surfaces à vendre des médicaments en ouvrant le capital des SEL (Sociétés d’exercice libéral) aux non-professionnels. On peut aisément voir en quoi de tels projets suscitent leur colère. Certes, les médicaments aux effets plus hasardeux feront toujours l’effet de prescriptions formulées par les médecins, mais les pharmaciens voient s’échapper une partie de leur manne financière. Mardi, presque 9 pharmacies sur 10 étaient fermées. La dernière fois que la profession était dans les rues pour une grève aussi suivie, c’était en 1986.

Mais ce ne sont pas les seuls à manifester. Terrifiés à l’idée que le monde les ait oubliés, les membres de la Manif pour Tous ont entrepris de réinvestir les rues de France ce dimanche pour rappeler leurs revendications avec quelques approximations. Entre autres choses, les protestataires de bleu et de rose vêtus réclament l’abrogation (non-rétroactive) de la « loi Taubira », qui a autorisé le mariage homosexuel et contre laquelle ils ont bataillé en 2013. Ils exigent en outre « l’interdiction universelle » de la Gestation Pour Autrui (qui n’a jamais été légalisée en France et ne fait l’objet d’aucun projet), même chose pour la Procréation Médicalement Assistée qui n’est pas dans les priorités du gouvernement. Évidemment, la fameuse et fumeuse « théorie du genre » était également de la partie. Ils étaient entre 70 000 et 500 000 à Paris à défiler sous ces slogans, menés par Ludovine de la Rochère, sur un petit air de « Ne nous oubliez pas trop vite ».

Finissons sur un peu de science. Le fait le plus marquant de cette semaine terrienne est probablement l’accouchement d’une Suédoise de 36 ans. Celle-ci est pourtant née sans utérus, mais suite à une greffe de la part d’une amie de sa famille âgée de 61 ans, elle a été capable après une fécondation in vitro de donner naissance à un garçon en bonne santé, quoique très petit. Une prouesse qui n’a jamais pu être réalisée chez les Mwandishi, je me permets de le rappeler. Certes, notre système reproductif est un peu plus complexe que celui des Terriennes, mais avouez que cela force le respect. Toujours en science, mais pas dans la même thématique, je ne peux pas m’empêcher d’évoquer Pluton. Ce petit caillou, le plus éloigné de leur système solaire, était considéré comme une planète à part entière jusqu’en 2006, après quoi son statut de « planète naine » l’a relégué au rang des oubliés de l’espace. Et pourtant, voilà qu’au terme d’un débat au Centre d’astrophysique de Harvard, il a été décidé après un vote de réintégrer Pluton au club des planètes : après tout, elle gravite autour du Soleil, est relativement sphérique et domine la gravité de sa zone. On serait mal placés pour leur reprocher cette incapacité à se décider, puisque selon nos critères très arbitraires du siècle dernier, la Terre n’aurait même pas été considérée comme une planète !

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


12/10/2014
Une Affaire d État

Les relations qui lient Glärb et Boglib semblent avoir trouvé un certain équilibre. Bien sûr, il serait hâtif de dire qu’ils ont cessé de se disputer, mais tous deux ont tout du moins entrepris de faire quelques efforts pour rendre la cohabitation moins invivable qu’elle ne l’a été ces dernières semaines. Dans un élan de sympathie, certes un peu forcée, Glärb a proposé à son cadet de lui montrer comment rédiger un rapport. L’autre a poliment refusé, et c’est avec un petit haussement d’épaules que l’observateur s’est mis au travail.

Vahrüt n°68. 6 Octobre 2014 au 12 Octobre 2014. Calendrier Terrien.

Voilà qui commence à devenir une habitude. Une nouvelle affaire sur Nicolas Sarkozy a émergé dans les colonnes du Monde lundi 6. Après les affaires Karachi, Bettencourt, Tapie, Bygmalion, des sondages de l’Élysée, du trafic d’influence et des amendes des comptes de campagne, il s’agit de la huitième. Deux juges d’instruction s’intéressent en effet à des contrats signés avec le Kazakhstan en 2010 pour environ 2 milliards d’euros, avec pour objet la conception de 45 hélicoptères d’Eurocopter. Dans ce « Kazakhgate » comme lors de l’affaire Karachi, des rétrocommissions sont peut-être concernées (les commissions sont les sommes versées aux intermédiaires pour réaliser les contrats avec les pays partenaires ; parfois les vendeurs donnent des commissions plus importantes pour pouvoir en récupérer eux-mêmes une partie en retour, ce qui est illégal). Cerise sur le gâteau, l’une des conditions du président Noursoultan Nazabaïev à la signature du contrat était que son homologue français fasse pression sur le Sénat belge pour que trois oligarques kazakhs poursuivis en Belgique aient une peine réduite. Les possibles rétrocommissions ne concernant que les intermédiaires, c’est surtout sur ce point que Sarkozy est concerné, et si son implication était avérée, il s’agirait véritablement d’une « affaire d’État ». Ça n’empêchera évidemment pas le principal intéressé de se lancer dans la course à la présidence de l’UMP, puis à un nouveau mandat. Qu’il s’agisse ou non d’un acharnement politique de juges malfaisants, il est vrai que cinq ans d’indemnité présidentielle lui seraient assez confortables.

Quittons quelques temps la France pour nous intéresser à la guerre contre Daech (autre nom de l’État Islamique). On a beaucoup parlé ces derniers jours de la ville de Kobané, une ville kurde située dans l’extrême nord de la Syrie, aux portes de la Turquie. Le groupe terroriste s’est lancé à sa conquête une première dès juillet, mais ce n’est que depuis quelques semaines, à leur second assaut, qu’elle a obtenu le titre de « Stalingrad du Moyen-Orient ». La majorité de la population a fui les combats entre terroristes islamistes et combattants kurdes (parmi lesquels les fameux peshmergas irakiens). Et la Turquie, pendant ce temps ? Elle regarde. Après la libération de ses otages, elle a rejoint la coalition américaine. Personne n'a oublié l'ambiguïté qu’elle a entretenue depuis des mois sur l’État Islamique, qu’elle soutenait lorsqu’il se contentait de combattre Bachar El-Assad. Aujourd’hui, Recep Tayyip Erdogan garde une attitude contradictoire : la guerre frappe à ses frontières, mais il laisse les frappes américaines repousser Daech sans intervenir. Il faut dire que le chef de l’AKP, le parti au pouvoir, ne porte pas les Kurdes dans son cœur, et le PKK de ces derniers le leur rend bien. En prenant tout son temps dans le but de les affaiblir, il montre pourtant à ses alliés occidentaux que la Turquie du XXIe siècle, pourtant dans l’OTAN, n’est plus un allié si fiable que par le passé.

Cette semaine a également été l’occasion de voir décernés les prestigieux Prix Nobel, que j’ai déjà abordé l’année dernière. Le prix de Médecine a été décerné à John O’Keefe et au couple norvégien May-Britt et Edvard Moser pour leurs découvertes sur les « cellules qui constituent un système de géoposition dans le cerveau ». La Physique a été pour les japonais Hiroshi Amano et Isamu Akasaki ainsi qu’à l’Américain Shuji Nakamura, les inventeurs de la diode électroluminescente (LED). Les Américains Eric Betzig et William E. Moerner, avec l’Allemand Stefal Hell, ont reçu le Nobel de Chimie pour leurs études sur la nanoscopie. Le Prix Nobel de littérature est le Français Patrick Modiano pour « l'art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l'Occupation ». Il s’agit du quinzième Français à recevoir cette distinction. Comme on le prévoyait depuis déjà quelques temps, le prix Nobel de la Paix est revenue à la jeune Pakistanaise Malala Yousafzay, la militante de 17 ans pour la scolarisation des filles (victime d’un attentat en 2012) et plus jeune lauréate de l’histoire du Prix Nobel, en même temps qu’à Kailash Satyarthi, lui aussi militant pour le droit des enfants, mais en Inde. Récompenser un Indien et une Pakistanaise, un hindou et une musulmane, est un geste fort compte tenu de la rivalité de ces deux pays et ces deux religions. Ceci étant dit, rendez-vous l’an prochain à la même période.

Faisons à présent un petit saut en Allemagne. Sans cesse considérée par les investisseurs comme le moteur de la zone euro, la 4e économie du monde a subi quelques déconvenues cette semaine. Tout a commencé avec des avis d’experts épinglant la croissance allemande, qui se serait brutalement dégradée. L’industrie a en effet fortement chuté, or c’est là-dessus que repose l’économie allemande. Cette surprise a complètement bouleversé les marchés financiers : le CAC 40 a connu sa pire séance de l’année vendredi et les baisses sont aussi fortes à Paris qu’à Londres, à Rome ou à Berlin. Même Wall Street, à New York, a ressenti cette panique généralisée : « les marchés ont peur » affirme un stratégiste d’Axa IM. Les instituts économiques qui conseillent le gouvernement allemand ont revu leurs prévisions à la baisse (de 1,8% en avril, ils sont passés à l’espoir d’une croissance de 1,2% du PIB pour 2014-2015). La crainte d’une récession commence à surgir. D’autant plus que l’Allemagne a plusieurs préoccupations qui pourraient se ressentir sur son économie : le vieillissement de sa population, le manque d’investissements (notamment dans les infrastructures de transport) et les tensions avec la Russie (le commerce entre les deux pays était fort, avant la crise ukrainienne). En parallèle, le Telegraph britannique prévoit que la France sera la puissance dominante de l’Europe en invoquant trois spécialistes, dont un allemand.

Enfin, je vais évoquer un pays qui a bien d’autres préoccupations qu’une crise économique. J’ai plusieurs fois parlé de la Corée du Nord et de son régime, le dernier au monde à s’inspirer directement du stalinisme. Son président Kim Jong-un fait l’objet comme son père et son grand-père d’un véritable culte. Figurez-vous que le dictateur rondouillard a disparu depuis un mois et ne s’est même pas montré au 69e anniversaire du parti au pouvoir. Personne ne sait où il est passé, mais les hypothèses à l’étranger vont bon train, de la maladie au changement politique. Je sais que les Terriens sont férus d’enlèvements par des extraterrestres, mais je peux en tout cas vous assurer que je n’ai rien à voir là-dedans.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


20/10/2014
C est Fatigant de Trouver des Titres

La vie suit son cours au cœur de l’Indiscret. Dans le petit vaisseau Mwandishi, les deux observateurs sont parvenus à passer une semaine entière sans dispute majeure – un triomphe compte tenu de leurs relations un mois plus tôt. Il faut dire aussi qu’en ne s’adressant la parole que pour échanger des banalités, ils ne risquaient pas d’en venir aux mains. Cela n’empêche pas la hiérarchie de Glärb et Boglib de saluer leur entente par une infime augmentation de salaire. C’est donc en démarrant son message par un remerciement poli que l’aîné des deux extraterrestres se met au travail.

Vahrüt n°69. 13 Octobre 2014 au 19 Octobre 2014. Calendrier Terrien.

Voilà quelques temps que je n’ai pas parlé d’Hong Kong, mais cela ne signifie pas que les évènements sont terminés. Du moins pas tout de suite, car avec le regain d’ardeur dont font preuve les policiers, il n’est pas dit que la « Révolution des Parapluies » dure encore longtemps. Déjà en début de semaine, les autorités délogeaient et détruisaient les camps d’Admiralty non loin du siège du pouvoir et de Causeway Bay, le quartier commerçant de la ville. Mercredi, une vidéo montrait des représentants de la loi passer à tabac un manifestant. Vendredi, les militants pro-démocratie ont quitté le camp de Mongkok avant que ne charge la police, mais des affrontements ont eu lieu lorsqu’ils ont cherché à le réinvestir. C’est également dans ce quartier qu’a eu lieu une nuit de violence entre samedi et dimanche, blessant une vingtaine de personnes. Le chef de l’exécutif, Leung Chung-ying, refuse toujours de démissionner mais a laissé entendre qu’il n’excluait pas un dialogue avec les étudiants. À Hong Kong plus qu’ailleurs en Chine, le souvenir du massacre de Tiananmen en 1989 est cultivé, mais si les deux évènements présentent des similarités dans leur déclenchement, le gouvernement a appris de ses erreurs et ne rentrera pas dans une spirale de la violence.

Cap vers Rome à présent, où décidément, l’Église montre de sérieux signes de changement. Le Pape François a convoqué un synode d’évêques sur le thème de la famille. Le relatio synodi devait porter sur des sujets très controversés comme l’accueil dans l’Églises des croyants en union libre, divorcés ou surtout homosexuels. Chacun des 62 paragraphes devait obtenir la majorité qualifiée (des deux tiers) auprès de 253 évêques rassemblés pour l’occasion. Comme on pouvait s’y attendre, les trois paragraphes exclus concernent les divorcés et les homosexuels, mais à en croire les porte-paroles, « cela ne veut pas dire qu’ils sont complètement rejetés ». Malgré un rapport final, samedi 18, un peu édulcoré, le synode ne témoigne pas moins d’une volonté de l’Église catholique et surtout du Pape d’évoluer. De quoi plaire à la Manif Pour Tous.

Passons en Algérie, qui a vu se dérouler une manifestation pour le moins atypique : plus d’un millier de policiers ont marché à Ghardaïa, ville du sud où les Mozabites (Berbères ibadites) et Chaambis (Arabes malékites) s’entretuent depuis des mois et où les autorités sont débordées. Ce phénomène est inédit dans un pays où Abdelaziz Bouteflika, président fantôme, s’appuie sur la sécurité. Entre autres revendications, les forces de l’ordre souhaitaient une amélioration de leurs conditions de travail. D’autres manifestations, plus ténues, ont eu lieu dans les jours qui ont suivi dans d’autres villes. Au cours de l’une d’elle, trois blogueurs militants qui les observaient ont été arrêtés.

Retour en Europe pour un peu de sport, maintenant. Du moins, si se taper dessus compte comme un sport, ce qui je crois est le cas sur Terre sous certaines conditions. On évoque souvent le rôle militaire ou commercial des drones, mais on parle beaucoup moins de leur capacité à ruiner un match de football. Mardi soir, la rencontre Serbie – Albanie a tourné au pugilat après l’arrivée d’un de ces engins volants affichant un drapeau de la Grande Albanie (rêve nationaliste englobant Albanie, Kosovo et des morceaux de Serbie, Monténégro, Macédoine et Grèce). Un joueur de l’équipe serbe a essayé d’attraper le drapeau qui s’agitait au-dessus de la pelouse et attiré à lui un troupeau de joueurs adverses furieux, bientôt rejoints par des supporters serbes. Les insultes et appels au meurtre ont fusé et le match de qualification de l’Euro 2016 a été annulé peu avant la mi-temps. À cet incident diplomatique s’ajoute les accusations de la Serbie envers Olsi Rama, le frère du Premier ministre albanais Edi Rama, soupçonné d’avoir lui-même piloté le drone. La méfiance est de mise, car après la courte guerre de 1969 qui a opposé le Salvador et le Honduras, on sait qu’un match de football peut servir de prétexte à un conflit armé.

Finissons sur de l’art. Enfin, tout est relatif. Les Parisiens n’étaient pas très contents de voir apparaître sur la très chic Place Vendôme la dernière œuvre de l’artiste américain Paul McCarthy, baptisée « Tree ». Il s’agit d’un sapin vert gonflable de 24 mètres de haut, mais pas seulement. En effet, sa similitude avec un objet de stimulation sexuelle n’est pas passée inaperçue et les opposants au « plug anal » étaient nombreux. Mais aussi rebutante que paraisse cette construction d’art contemporain, je ne crois pas que sur Krantavis, agresser le responsable de cette offense à la morale et vandaliser le monument vert pendant la nuit soit une façon acceptable de manifester son désaccord. Sur Terre oui, visiblement, puisque l’Américain a décidé de retirer la structure controversée. Notons qu’avant la Ville Lumière, Hong Kong avait déjà subi une de ses œuvres d’art : une gigantesque crotte en plastique.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


27/10/2014
Les Maîtres du Temps

Ce vahrüt a été bien plus silencieux que les précédents. Passe encore si Glärb avait surpris son cadet en train de se délecter de vidéos de petits chatons en train de faire des actes rigolos. Chacun ses péchés mignons, après tout. Mais ce n’étaient pas des petits animaux qui batifolaient sur l’écran qu’a entrevu l’observateur par-dessus l’épaule de Boglib. Sur Terre comme sur Krantavis, il y a les choses qui sont morales et socialement acceptables et celles qui ne le sont pas. Et qui sont formellement interdites pendant les heures de travail. Le jeune Mwandishi s’en est donc sorti avec un sermon, une grande honte et l’envie de garder le silence quelques temps. Ce qui n’est pas pour déplaire à Glärb, soucieux d’écrire son rapport en toute quiétude.

Vahrüt n°70. 20 Octobre 2014 au 26 Octobre 2014. Calendrier Terrien.

Cette semaine a été chargée en événements, mais aucune n’a plus fait parler d’elle que la fusillade qui a eu lieu au Parlement d’Ottawa mercredi soir, au Canada. Michael Zehaf-Bibeau, 32 ans, a tué un militaire et pénétré dans le siège des représentants avec la volonté d’y faire un massacre. Il y a été abattu par Kevin Vickers, le chef de la sécurité des lieux. Celui-ci, âgé de 58 ans, est aujourd’hui considéré comme un héros par les Canadiens. Quant au tueur, il a été aussitôt qualifié de « terroriste » par le Premier ministre Stephen Harper. Mais s’il est bel et bien islamiste, les choses sont un peu plus complexes et plusieurs journaux, le New York Times en tête, ont brossé le portrait d’un canado-libyen originaire de Montréal, ravagé par l’usage de drogues et qui a vu dans l’islam un moyen de trouver un sens à sa vie jusqu’à basculer dans la violence. Le gouvernement libéral du Canada a déjà annoncé son intention de renforcer la législation et les services anti-terroristes.

Et cette semaine encore, on a voté un peu partout. J’avais promis de parler du second tour des présidentielles au Brésil, sans savoir à ce moment-là qu’il aurait lieu après trois semaines et non une seule. Le duel entre la socialiste Dilma Roussef et le social-démocrate Aecio Neves s’est achevé par la réélection sans grande surprise de la chef du Parti des travailleurs, avec 51,45% des voix. En Ukraine, c’est pour les législatives que l’on s’est rendu aux urnes. Sauf peut-être à l’Est, où si l’on parle bien moins qu’avant de la guerre entre séparatistes pro-russes et armée ukrainienne, le conflit n’a pas disparu pour autant. Le président Petro Porochenko s’est pourtant rendu à Kramatorsk, en vêtements militaires et bien protégé. Le premier constat à faire (outre la participation de seulement 52%) est que les deux partis pro-occidentaux ont été massivement plébiscités par les votants. La liste du président Porochenko a recueilli 23% des voix lorsque celle du Premier ministre Arseni Iatseniouk, à la tête du Front populaire, a récolté 21% de voix, le double de ce que prédisaient les sondages. Cinq millions d’Ukrainiens n’ont pu voter en Crimée et dans le Dombass, mais la Russie a reconnu le résultat du scrutin. Enfin, en Tunisie, d’autres élections ont vu s’opposer laïcs et islamistes. Dans le pays qui a le mieux géré la transition démocratique suite au Printemps arabe, les 5,3 millions d’électeurs ont selon les estimations porté leur dévolu sur Nidaa Tounès, le parti anti-islamiste, qui pourrait remporter 83 sièges (38,24%) contre 68 pour le parti islamiste Ennahda (31,35%).

Ce vahrüt a également été marqué par un décès très commenté, celui de Christophe de Margerie, patron de Total. Le PDG du géant pétrolier français a perdu la vie sur l’aéroport moscovite de Vnoukovo. Son avion personnel a décollé en pleine nuit lundi soir au milieu d’une tempête de neige, au moment où un chasse-neige se trouvait sur la piste. Le Falcon lancé à 248 km/h l’a percuté au moment de quitter le sol et a basculé du côté droit jusqu’à s’écraser, tuant sur le coup les quatre personnes qui se trouvaient à bord. Vladimir Martynenko, le conducteur du véhicule en cause, avait 0,6 gramme d’alcool par litre de sang au moment de l’accident. Moscou a dénoncé la « négligence criminelle des fonctionnaires ». La mort d’un grand patron, tantôt admiré, tantôt détesté, a suscité bon nombre de réactions différentes en France et nourri l’humour noir un tantinet douteux de certains Terriens.

Je comptais à l’origine évoquer les troubles du Parti Socialiste en plein chaos, entre le soutien peu surprenant de Martine Aubry aux frondeurs socialistes et les réactions hostiles à Benoît Hamon assurant que « la politique de l'exécutif menace la République » mais je vais finalement me pencher davantage sur la droite de l’échiquier. Le député-maire de Levallois-Perret Patrick Balkany a été mis en examen mardi pour « blanchiment de fraude fiscale », « corruption passive » et « blanchiment de corruption ». Jusque là, ça ne surprendra guère ceux qui s’intéressent à la politique française. Mais le Canard enchaîné a créé la surprise en révélant qu’une soixantaine de députés auraient quelques menus soucis avec le fisc. Si le journal n’a pas révélé de nom (il serait difficile de se défendre contre soixante procès d’un coup), il n’en a pas moins attisé la suspicion déjà forte à l’égard des politiques. Une suspicion somme toute méritée, lorsqu’on apprend la même semaine par Mediapart que Gilles Carrez, député UMP et commissaire des finances de l’Assemblée, pourrait se voir infliger un redressement fiscal pour régulariser sa situation vis-à-vis de l’impôt de solidarité sur la fortune, ou ISF. À ce niveau-ci, on en est à du gag de répétition.

Enfin, finissons par une curieuse tradition humaine. Certes, celle-ci n’a pas cours partout dans le monde, mais elle n’en éveille pas moins notre curiosité. Saviez-vous que deux fois par an, certains pays Terriens s’amusaient à changer l’heure ? Ils l’avancent ou la reculent d’une heure à l’envi selon un procédé rigoureusement codifié : c’est à deux heures du matin, un dimanche de fin octobre, qu’ils passent à « l’heure d’hiver ». La raison invoquée est l’économie de l’électricité, mais connaissant bien cette race, je les soupçonne plutôt de juste vouloir s’amuser à contrôler le temps. C'est tout à fait leur genre.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


03/11/2014
Manifestations Très Variées – Le Retour

Ce nouveau vahrüt qui s’achève aurait pu rester silencieux, comme l’ont été bien des jours passées à bord de l’Indiscret. Mais c’était sans compter sur les deux mots qu’a soupirés Boglib il y a quelques jours, partiellement pour expliquer ses écarts de semaine précédente. En effet, si son collègue s’ennuie, cela explique bien des choses. C’est alors que le plus ancien des deux observateurs a entrepris de montrer à son cadet ce que le vaste réseau humain peut receler de biens culturels. Lui-même n’y a pas accordé beaucoup de temps, mais si cela peut occuper son congénère et l’empêcher de traîner sur des sites peu nets, ça ne peut que l'avantager. Tant que Glärb est en paix pour écrire son rapport, tout va bien.

Vahrüt n°71. 27 Octobre 2014 au 2 Novembre 2014. Calendrier Terrien.

Commençons par le plus évident : en France, on ne parle que de cela. C’est dans la nuit de samedi à dimanche, le vahrüt dernier, que Rémi Fraisse a perdu la vie, mais j’ai bien fait d’attendre de plus amples informations pour l’évoquer. Le barrage de Sivens est censé être construit sur le Tescou, un affluent du Tarn dans la Garonne. Comme bien d’autres projets en France (comme Notre-Dame-des-Landes), il suscite une vive opposition, notamment des écologistes et de l’extrême-gauche, qui s’est matérialisée par des affrontements avec les gendarmes. C’est au cours de l’une de ces escarmouches, dans la nuit de samedi à dimanche, que le jeune homme est mort. Son dos était brûlé, et seule la partie inférieure de son sac à dos a été retrouvée. Le tout avec des traces de TNT, l’explosif utilisé dans les explosifs de la gendarmerie. La piste retenue est donc celle de la grenade offensive, dont le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve s’est empressé de suspendre l’utilisation. La mort du militant, récupérée par tous les camps, a également provoqué samedi 1er des manifestations « contre les violences policières » à Nantes et à Toulouse, qui ont fini en violents heurts. Au total, cinq personnes ont été blessées, et la police a procédé à 34 interpellations. Le préfet de Loire-Atlantique a défendu la police en arguant que les manifestants avaient « lancé des bouteilles remplies d'acide sur les forces de sécurité ». Le Premier ministre Manuel Valls a décrit ces échauffourées comme « des insultes à la mémoire de Rémi Fraisse ».

On manifestait également à Ouagadougou, mais pas pour les mêmes raisons. En effet, le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, au pouvoir depuis son sanglant coup d’État de 1987 (27 ans), s’apprêtait à modifier la Constitution pour s’autoriser à briguer un cinquième mandat. C’était sans compter sur le refus des burkinabés, qui ont marché plusieurs jours au son de « Blaise, dégage ! ». Le président de 63 ans a bien tenté de calmer la contestation, mais il n’a finalement pas été long à céder : vendredi 31, il démissionnait au profit d’Honoré Traoré, le chef d’état-major chargé d’assurer la transition vers de nouvelles élections prévues sous 90 jours. Mais instabilité oblige, c’est finalement le second de la garde présidentielle, Isaac Zida, qui s’est emparé du pouvoir avec le soutien de l’armée. Le nouveau maître du pays est resté flou sur la tenue des prochaines élections, mais a assuré aux manifestants que leurs espoirs ne seraient pas déçus. Ces derniers ne sont pas très rassurés, mais les manifestations n’ont pas repris pour autant. Ils ont au moins quelque chose pour se consoler : on a déjà vu des destitutions et coups d’États se dérouler de façon bien moins pacifique.

Déplaçons-nous un peu vers l’Est, à présent, et plus particulièrement en Israël. Voilà des décennies que le lieu saint de Jérusalem-Est est au centre des tensions entre Israéliens et Palestiniens. Les uns l’appellent « Mont du Temple », les autres « Esplanade des Mosquées », il s’agit d’un lieu important pour les trois religions majeures. Pour le moment, il appartient aux musulmans mais les visiteurs juifs y sont autorisés, à condition de ne pas prier à voix haute. Dans un contexte toujours tendu après l’opération Barrière Protectrice de cet été, un homme à moto a tenté d’assassiner la figure d’extrême-droite Yehuda Glick, mercredi 29, à sa sortie du Centre de l’héritage Menahem-Begin. La police a identifié l’auteur présumé de cet acte comme Mutaz Hijazi avant de donner l’assaut sur sa maison et de l'abattre. En réponse à l'attaque, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a d'abord interdit l’accès à l’Esplanade des Mosquées pour tous. Le président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, a aussitôt qualifié cette décision de « déclaration de guerre ». Jeudi, toutefois, l’accès au lieu saint a de nouveau été autorisé, mais de façon très limitée (interdiction aux moins de cinquante ans). La moindre étincelle, le moindre faux pas du parti Likoud au pouvoir, la moindre attaque du Hamas, pourrait enflammer Gaza et la Cisjordanie.

Mais revenons plutôt en Europe, dans un pays dont je parle peu : la Hongrie. Les manifestations s'y succédaient depuis des semaines. En cause, le projet du Premier ministre de la droite dure Viktor Orbán de créer la première « taxe Internet » : 150 florints (soit 0,50 centimes d’euros) par gigaoctet transféré. EUobserver.com écrivait que « le streaming d’un film pourrait coûter 15 euros, celui d’une série entière environ 254 euros ». Voilà qui fait cher la culture. Mais que Boglib, à qui je viens d’apprendre comment faire fonctionner ces étranges « torrents » Terriens, se rassure. Après d’immenses manifestations, le chef du gouvernement est revenu sur ses pas et a abandonné son projet de loi.

Cette semaine, comme l’année dernière et de nombreuses autres avant cela, on a de nouveau fêté Halloween sur Terre. Vous ne vous souvenez peut-être pas du très court paragraphe que j’avais écrit à ce sujet. J’avais à cette époque très mal cerné cette partie du folklore terrien, mais soyez assurés que j’en ai à présent saisi toutes les subtilités. Ainsi, pendant que les plus jeunes partent déguisés dans les rues à la tombée de la nuit pour sonner aux portes en quête de sucreries, les grands quant à eux se recouvrent de maquillage, de faux sang et se costument pour aller faire la fête. Les plus casaniers se contentent de regarder un film d’horreur, et les vieux préfèrent râler sur ces « ces modes américaines imposées » (et tant pis si la fête est d’origine celtique). Oh, et puis il y a ceux qui prennent un malin plaisir à se déguiser en une créature terrifiante de la mythologie terrienne : le clown. Brrr…

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.