Actuglarb - Revues de Presse du Troisième Type






Septembre 2014

08/09/2014
Come-Back Galactique

Glärb peine encore à réaliser qu’il ne s’est absenté qu'un mois. Non seulement ce laps de temps lui a paru bien plus long, tout occupé qu’il était à aller et venir dans tous les sens sur son monde natal, mais qui plus, les nouvelles de la Terre ne l’ont pas attendu pour s’enchaîner. Sa mère rétablie, le voilà prêt à reprendre le travail qui l’occupe depuis une quinzaine de mois, avec cette fois-ci une différence significative : la présence d’un autre Mwandishi à ses côtés. Boglib est bien plus jeune que lui, mais semble infiniment plus sage. Nul doute qu’il ne pourra plus prendre de vacances sur Terre ou ramener des animaux autochtones avec lui à ses côtés, et c’est exactement ce qu’avait en tête sa hiérarchie en les associant. Boglib en est encore au processus d’apprentissage et le maigre briefing dont il a bénéficié ne saurait lui enseigner tout ce qu’il y a à savoir sur la Terre, aussi le premier des deux observateurs devra-t-il prendre soin de tout lui expliquer. Mais d’abord, il lui faut écrire son rapport au plus vite, car la Planète Bleue continue toujours de tourner.

Vahrüt n°63. 1er Septembre 2014 au 7 Septembre 2014. Calendrier Terrien.

Il y a beaucoup à dire sur ce que j’ai raté pendant ces quelques semaines humaines. L’un des changements majeurs touche à la politique française. À la mi-aout, la voix de la gauche du Parti Socialiste, de plus en plus en désaccord avec le pouvoir exécutif, s’est faite de plus en plus forte jusqu’à être relayée par une partie du gouvernement : c’est ainsi qu’à l’Économie, Arnaud Montebourg a émis la critique de trop, aussitôt soutenu par son collègue de l’Éducation Nationale Benoît Hamon, qui affirmait même n’être « pas loin des frondeurs ». Bien mal leur en a pris, puisque le Premier ministre Manuel Valls n’a pas digéré ces graines de rébellion et un nouveau gouvernement Valls 2 a été annoncé le 25 aout. Cette fois-ci, avec Emmanuel Macron, ancien banquier de Rothschild et qui n’a jamais eu le moindre mandat électif, pour prendre la succession de Montebourg, il n’y a plus d’ambiguïté possible sur la ligne du gouvernement social-libérale Parmi les surprises, on trouve le maintien de Christiane Taubira à la Justice, la Garde des Sceaux étant une cible privilégiée de la droite pour son implication dans le Mariage pour Tous tant décriée (ou pour sa couleur de peau, en ce qui concerne l’extrême-droite). Mais l’opposition peut se délecter d’une nouvelle cible, en la personne de Najat Vallaud-Belkacem, promue du Droit des Femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports à l’Éducation Nationale. Nommée « l’ayatollah » dans le journal d’extrême-droite Minute, il s’agit d’une victoire pour les Français d’origine maghrébine mais aussi pour les femmes, pusiqu’il s’agit de la première à accéder à ce poste. Autre ministre issue de la diversité : Fleur Pellerin, d’origine sud-coréenne, est passée du Commerce extérieur à la Culture après un bilan salué à l’Économie numérique sous Ayrault. Avec cette nouvelle équipe pour préparer la rentrée, le président François Hollande pouvait espérer un peu de calme pour quelques semaines.

Le répit n’a en réalité duré qu’une semaine. Alors que l’indignation suscitée par la nomination de M. Macron n’a pas tout à fait cessé, le premier couac est venu du Secrétaire d’État au Commerce extérieur, au tourisme et des Français de l’étranger Thomas Thevenoud, s’est vu contraint de démissionner lorsqu’il a été révélé qu’il avait quelques soucis de nature fiscale : en cause, des revenus non déclarés et des impôts impayés depuis plusieurs années, selon Mediapart. L’homme n’avait pas été tendre avec son collègue Jérôme Cahuzac, ministre du budget et évadé fiscal poussé à la porte en mars 2013, et pour quelqu’un qui clame haut et fort que « chaque citoyen français doit contribuer au financement du modèle social », ce n’est pas tout à fait sérieux de prôner une négligence due à sa « rigueur dans la vie publique ». Et comme si ça ne suffisait pas, c’est aussi la rentrée littéraire et un livre a déjà retenu l’attention : Merci pour ce moment, écrit par Valérie Trierweiler, n’est sorti que jeudi 4 et s’est déjà vendu à plus de 400 000 exemplaires, soit le meilleur démarrage depuis cinq ans, selon la Fnac. La journaliste, ancienne compagne du chef de l’État répudiée en janvier 2014, y évoque la vie privée du président et rapporte entre autres un terme utilisé pour décrire les plus démunis : « sans-dents ». Qu’il s’agisse là de la vérité ou de la prose d’une femme décidée à se venger, la flèche a fait mouche et ne fait rien pour arranger la popularité du septième président de la Ve République, officiellement le plus impopulaire de tous.

Mais parlons plutôt de l’Ukraine. Il semblerait que le conflit qui a ravagé l’est du pays, en particulier à Donetsk, soit proche de sa fin. Après cinq mois de combats et pas loin de 4 000 morts, dont 2 150 civils civils, Kiev et Moscou sont parvenus à une trêve (même si officiellement, les miliciens que combat l’armée ukrainienne ne sont pas censés avoir le moindre lien avec la Fédération de Russie). L’Ukrainien Petro Porochenko et le Russe Vladimir Poutine se sont rencontrés le 26 aout, mais en cas de négociations, le président russe aura certainement le dessus : il a d’ores et déjà réclamé à l’ONU un statut étatique pour sa Crimée récemment conquise et les régions en guerre. De son côté, la France a fini par céder aux pressions de ses alliés de l’OTAN : la vente prévue des deux navires Mistral (le Sebastopol et le Vladivostok) posait problème depuis le début du conflit, mais le président français a décidé d’ajourner la vente du premier des deux navires porte-hélicoptère à novembre, soit un mois après sa date prévue. Ce n’est pas encore une annulation, mais la manœuvre n’en est pas moins risquée : les Russes ont déjà mis la main au portefeuille et si la France allait jusqu’au bout de son refus, elle risquerait de perdre 1 000 emplois et près de 2 milliards d’euros en dédommagements, sans parler de la parole de la France dans ses contrats militaires, qui se trouverait fragilisée. Point positif : cette décision montre qu’il peut y avoir des choses plus importantes que l’argent… mais reste à en faire de même avec les alliés de la France tout aussi problématiques, comme l’Arabie Saoudite.

Un autre grand évènement que j’ai raté ces dernières semaines se trouvait aux États-Unis. À Ferguson, dans le Missouri, le jeune Michael Brown, non armé, est mort le 9 aout, abattu de six balles par un policier qui prônait la légitime défense. Seulement, l’adolescent de 19 ans était noir, et le policier était blanc. L’incident n’est pas anodin, dans un pays resté ébranlé par l’affaire Trayvon Martin (un autre Afro-américain désarmé et abattu par un blanc en Floride, le meurtrier ayant été innocenté). Dans une ville à 67% noire mais où on ne compte que très peu de policiers de cette couleur de peau, l’évènement a remis au goût du jour le racisme et la brutalité policière : des émeutes ont éclaté jusqu’au 25 aout, avec de nombreuses arrestations y compris de journalistes. Sachant qu’aux États-Unis, les polices municipales sont armées avec le reste du matériel militaire de la guerre d’Irak et que le gouverneur Jay Nixon, démocrate, a appelé la Garde Nationale, vous pouvez deviner la brutalité des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Le président Barack Obama lui-même a réagi en condamnant… chacun des deux camps, mettant sur le même plan les destructions causées par certains hooligans et l’assassinat d’un garçon par un policier. La police a communiqué une vidéo montrant Michael Brown braquant une supérette avec un ami. Mais aussi ridicule qu’il soit de tuer le suspect d’un braquage, le policier Darren Wilson n’était au courant de rien au moment des faits. Sa confrontation avec le jeune homme s’est faite parce qu’il… marchait hors des passages piétons. Une levée de fonds a été organisée pour soutenir l’officier de police, y compris au sein du Ku Klux Klan, et il a ainsi récolté 235 000 dollars pour pouvoir payer un éventuel procès… ou bien acheter d’autres balles, comme le voudraient certains de ses admirateurs. C’est plus que ce qu’a récolté la famille de sa victime. Si la situation à Ferguson s’est aujourd’hui calmée, l’affaire et l’émeute qui ont divisé le pays n’ont pas fini d’être discutés.

Enfin, je m’excuse car la plupart du temps, mon cinquième paragraphe est un peu plus léger que les autres. Pas cette fois. Il semblerait que le groupe terroriste Etat Islamique, à cheval sur la Syrie et l’Irak, soit décidé à provoquer sa propre destruction en provoquant le monde entier. Le 19 aout, le journaliste américain James Foley a été décapité dans une vidéo publiée sur Internet, aussitôt retirée et ensuite analysée par tous les services secrets à la recherche d’indices. Il en ressort – si l’on excepte le constat que la barbarie des djihadistes fait passer Al-Qaïda pour des enfants de choeur – que le bourreau parlait avec un accent britannique. Et lesdits services secrets ont pu le vérifier avec une seconde vidéo, le mardi 2 septembre, au contenu similaire. C’était cette fois le journaliste Steven Sotloff qui payait de sa vie l’affront d’être blanc, chrétien et américain. Difficile, avec ça, de pousser mon nouveau collègue Boglib à apprécier les Terriens…

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


15/09/2014
La Vie à Deux

Chaque jour apporte son lot d’invectives. La cohabitation heureuse qui s’annonçait à l’arrivée de Glärb et Boglib sur l’orbite de la Terre a volé en éclats aux premiers débats entre les deux extraterrestres. Comment expliquer au nouveau-venu que le concept de religion terrienne n’est pas indissociable de haine et de violence ou qu’il n’est pas acceptable de hiérarchiser les ethnies entre elles en fonction de leur agressivité. Sitôt les actualités de l’extrême-droite laissées derrière lui, l’observateur doit affronter le constat de son collègue qui en reprend les idées. Son cadet n’est pourtant pas idiot, mais il est vrai que le moment est mal choisi pour avoir une bonne opinion des humains, entre l’Irak, la Syrie, la Centrafrique ou l’Ukraine. Glärb garde l’espoir que quelques actualités éparses, plus positives, redoreront le blason de cette curieuse race aux yeux de son congénère. En attendant, il continuera à se disputer avec lui entre deux rapports.

Vahrüt n°64. 8 Septembre 2014 au 14 Septembre 2014. Calendrier Terrien.

La menace que pose l’État Islamique a le mérite d’entériner certaines rivalités pour faire front face à un ennemi commun. Il n’est pas impossible que les États-Unis et l’Iran soient forcés de coopérer pour affronter les djihadistes qui ont pris le contrôle d’un territoire à cheval sur la Syrie et l’Irak. Le Secrétaire d’État américain John Kerry est d’ailleurs en tournée au Moyen-Orient, en Turquie, en Égypte ou en Jordanie, à la recherche d’une coalition de plus de 40 pays. La France a promis d’apporter sa pierre à l’édifice, menacée comme d’autres pays occidentaux par l’établissement d’un « paradis du djihad ». La Grande-Bretagne a durement payé son soutien avec la mort sanglante de l’otage britannique David Haines , samedi 13, qui n’a fait qu’enflammer les ardeurs de son pays natal. Mais l’hypothèse d’une intervention en Irak continue à poser problème, quand bien même les raisons seraient bien distinctes de celles qui ont poussé les États-Unis à attaquer Saddam Hussein en 2003. De même, la France veut adopter un nouveau projet de lois antiterroristes pour enrayer le départ de djihadistes français. Les Français sont les plus représentés parmi les combattants islamistes en Syrie, avec 349 personnes, et le recrutement se fait principalement via Internet. Le gouvernement a entrepris de renforcer la loi avec des mesures soutenues par l’opposition, comme par exemple la création du délit d’ « entreprise terroriste individuelle ». Mais toute mesure qui restreint la liberté sur Internet, avec l’espoir illusoire que le blocage empêche les sites d’exister, soulève toujours des problématiques du même type que celles posées par la lutte anti-pédopornographie lors du mandat de Nicolas Sarkozy. Le « Patriot Act » américain, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, a servi de prétexte à une surveillance démesurée et des abus de la part des agences de renseignement. Au-delà du danger que pose l’État Islamique et les groupes djihadistes, qui concerne bien plus la France que ne l’estiment certains politiques, le gouvernement doit donc trouver un juste milieu entre lutte antiterroriste et préservation des libertés.

Pendant ce temps, la nouvelle Commission Européenne a été formée sous l’égide de Jean-Claude Juncker, ancien Premier ministre luxembourgeois. Il a adopté pour ce faire une stratégie plutôt étrange, consistant à nommer aux postes-clé du gouvernement européen des représentants des pays qui semblent les moins efficaces sur ce point. Le commissaire à l’immigration est le Grec Dimitri Avramopoulos, originaire d’un pays qui gère de façon calamiteuse la question. Le portefeuille de l’économie, très prisé, revient au Français Pierre Moscovici, alors que son bilan au sein du gouvernement Ayrault est très mitigé. La régulation des services financiers est confiée au conservateur Jonathan Hill, ambassadeur de la City londonienne. La cerise revient malgré tout à l’Espagnol Miguel Arias Canete, commissaire à l’énergie et à l’action climatique qui se trouve avoir des parts dans deux sociétés pétrolières. Conséquence de la crise d’Ukraine, les pays d’Europe de l’Est se trouvent bien plus représentés que sous la précédente équipe : le nouveau président du Conseil Européen étant par exemple le Premier ministre Polonais Donald Tusk. D’autres pays ont pu tirer leur épingle du jeu, comme l’Italie en plaçant Federica Mogherini aux affaires étrangères, le poste-clé qu’occupait Catherine Ashton. Et ce alors qu’elle est soupçonnée d’être un petit peu trop russophile pour sa fonction. Aux critiques qui lui sont adressées pour ses choix problématiques, le Président de la Commission se contente de répondre que « les opinions nationales comprendront peut-être mieux les problèmes s'ils sont exposés dans leur langue ». Et lorsque les électeurs européens voteront pour l’extrême-droite dans cinq ans, on blâmera des défauts de communication, la mauvaise volonté des pays pauvres et la météo exécrable.

Mais quittons l’Europe le temps d’un petit paragraphe. En Afrique du Sud s’est achevé l’un des procès-phares de l’année 2014, déjà entamé l’an dernier. Oscar Pistorius est célèbre pour être le premier athlète handicapé à courir parmi les valides – même si ses prothèses en carbone lui donnent des avantages que les jambes de chair n’ont pas. Il s’agissait d’un héros national, en Afrique du Sud, jusqu’au jour, le 14 février 2013, où il a tué sa petite amie, la mannequin Reeva Steenkamp. Après une nuit de dispute (à en croire les voisins alertés par des cris), la jeune femme s’est réfugiée dans les toilettes, où elle a été abattue par quatre tirs à travers la porte. Pour sa défense, il a assuré avoir cru à l’intrusion d’un cambrioleur (l’Afrique du Sud étant rongée par l’insécurité). Cette défense a touché au but, puisqu’en dépit de l’échange de SMS loin de l’idylle décrite ou bien la propension de l’accusé à utiliser son arme (sur le sol d’un restaurant sans le faire exprès ou par le toit de sa voiture pour manifester sa colère), il a finalement été reconnu coupable d’homicide involontaire. La peine décidée par la juge Thokozile Masipa, qui sera annoncée à la mi-octobre, pourrait aller d’un sursis avec amende à une peine de prison ferme. La suite au moment du verdict, puis des procès en appel.

Et comme on ne passe pas une semaine sans évoquer la crise ukrainienne, allons faire un tour en Europe de l’Est. Un peu plus haut qu’à l’accoutumée, en fait, puisque c’est au niveau des pays baltes que ça se passe. La télévision russe a montré samedi un homme menotté, arrêté par le FSB (le service de renseignement russe) accusé d’être un espion. Eston Kohver, policier estonien membre du service de sécurité intérieur (KAPO), était responsable de la surveillance des groupes criminels responsables de trafics de contrebande autour de la frontière russo-estonienne. La Russie assure l’avoir arrêté sur son territoire, en possession de « matériel apparemment destiné à une mission d’espionnage ». La version de Talinn diffère quelque peu, puisque selon l’Estonie, les communications radio autour du poste-frontière ont été brouillées et un commando protégé par un écran de fumigènes est entré dans le bâtiment pour kidnapper le policier. À ce stade de divergence, on ne peut même plus parler de différences d'interprétation. On ignore encore laquelle des deux versions s’approche le plus de la vérité, mais notons seulement que l’évènement a eu lieu deux jours après que le président américain Barack Obama s’est rendu en Estonie pour rappeler que l’OTAN viendrait en aide à tout état-membre agressé.

Finissons ce rapport au Japon. Trois ans et demi après la catastrophe nucléaire de Fukushima qui a causé plus de 20 000 morts, le gouvernement japonais a rendu public le contenu des auditions de protagonistes. Y figurent celles de l’ancien Premier ministre Naoto Kan, du ministre de l’industrie de l’époque, du porte-parole du gouvernement, ainsi que de Masao Yoshida, qui dirigeait la centrale de Fukushima Daiichi. Mort d’un cancer en 2013, il avait désobéi aux ordres de sa hiérarchie et du gouvernement en faisant arroser les réacteurs avec de l’eau de mer, évitant que la situation empire malgré la menace de sanctions. Déclarant « Je veux juste laisser tomber ce pays et ses politiciens idiots », il avait plusieurs fois mis en garde les hauts responsables de Tepco, qui gère la centrale. Un employé assure même que « la situation était si grave que, s'il n'avait pas été là, on ne s'en serait pas sorti. » Un autre passage du témoignage dit : « Quand a explosé le bâtiment du réacteur 3, nous n'avions, sur le coup, plus de nouvelles de quarante personnes. A cet instant, je me suis dit que, s'il leur arrivait quelque chose, je me trancherais le ventre sur place. » Le gouvernement a été contraint de diffuser ce rapport car des fuites étaient parvenues à la presse et alimentaient les rumeurs. Pourquoi la publication de ce rapport est-elle importante ? Parce que mercredi 10, l’Autorité de régulation du nucléaire a validé le dossier sur la sécurité des deux réacteurs de la centrale de Sendai : le nucléaire a été mis en pause après la catastrophe, mais sous l’égide du Premier ministre très conservateur Shinzo Abe, le Japon renoue avec l’uranium. Du moins jusqu’à la prochaine catastrophe.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.


22/09/2014
The Yes Needs the No to Win Against the No

Il n’a fallu qu’une petite semaine et demie pour que la relation qui lie Glärb et Boglib évolue jusqu’à atteindre un nouveau palier : le silence complet. Fatigués de passer leurs journées à se disputer entre deux observations des mœurs humaines, les deux extraterrestres ont conclu un accord tacite consistant à ne plus s’adresser la parole. Il n’a suffi que d’une poignée de jours pour qu’ils s’aperçoivent que la cohabitation forcée se passe bien mieux lorsqu’on ne s’échange que des regards, des gestes et quelques soupirs de temps à autres. Au moins, cette fois-ci, Glärb pourra écrire son rapport sans s’arrêter toutes les minutes pour répondre à son colocataire.

Vahrüt n°65. 15 Septembre 2014 au 21 Septembre 2014. Calendrier Terrien.

Cette semaine s’est tenu un évènement d’une importance capital pour les Terriens : les électeurs écossais ont été priés de se rendre aux urnes le 18 septembre pour répondre à la question « Pensez-vous que l’Écosse devrait être un pays indépendant ? ». La création d’un pays est quelque chose d’historique en soi, mais plus encore quand il s’agit d’une région de la Grande-Bretagne, qui se retrouverait privée de 8% de sa population et de son PIB, avec le pétrole qui git dans les eaux septentrionales. Ajoutons à cela qu’un pays, certes riche, qui se serait divisé de la sorte perdrait énormément de crédibilité sur le plan international. Les raisons de cette volonté d’indépendance sont notables : par exemple les différences culturelles ou politiques. Les Écossais votent en grande majorité pour des partis travaillistes et en ont marre que leur argent n’aille qu’aux élites de Westminster sans leur bénéficier. Mais l’Écosse, rattachée au Royaume-Uni depuis environ trois siècles, a choisi le « Non » à 55,3% contre 44,7% de « Oui ». En dépit de la campagne du chef de lice travailliste Alex Salmond, les Écossais qui vivaient ailleurs qu’à Glasgow ou Edinbourg étaient moins enthousiastes que prévu. Le pays reste divisé, car la question n’est réglée que pour une génération. Le « Oui » a en tout cas été beaucoup plus massif qu’on ne l’aurait pensé en début d’année. En cas de victoire, il n’aurait pas seulement plongé le Royaume-Uni dans une crise politique, mais également le reste de l’Europe, car on n’oublie pas le fervent indépendantisme catalan, en Espagne.

Cap vers la France, à présent, où ce qu’on attendait depuis deux ans vient d’avoir lieu : l’ancien président Nicolas Sarkozy revient officiellement en politique. L’ex-leader de l’UMP a bien tenté de noyer plusieurs fois le poisson, mais plus il faisait croire à son retrait définitif, plus il était remis sur le devant de la scène par le biais des nombreuses affaires dans lesquelles il apparaît, les plus récentes étant celle de Bygmalion, dans laquelle il se pose en victime, et celle du supposé trafic d’influence en faveur de Gilbert Azibert, qui n’est bien entendu qu’un odieux complot orchestré contre lui par les juges rouges. Lui qui voulait se poser en sauveur de la nation, il ne deviendrait finalement que sauveur de l’UMP, dont il voudrait changer le nom. Mais encore faudrait-il qu’il remporte les élections qui doivent décider de la présidence du parti : nombre de ses anciens alliés, au premier rang desquels François Fillon, ont définitivement tourné la page et se posent à présent en rivaux. Mi-loup, mi-agneau à la télévision, M. Sarkozy garde surtout comme principal adversaire son propre bilan à la tête de la nation, et s’il joue de sa retraite de deux ans pour assurer qu’il a muri, ce sera aux électeurs de lui faire savoir s’il est crédible ou non.

Toujours en France, la semaine qui vient de s’écouler, tout comme celle qui s’amorce, est placée sous le signe du conflit syndical, et pas un des moindres : les touristes ont de quoi pester puisque Air France a suspendu plus de la moitié de ses vols. La cause tient en deux mots : « Transavia Europe », un projet de filiale à bas-coût qui doit opérer à partir de plusieurs bases, comme en Allemagne ou a Portugal. Le SNPL, principal syndicat de pilotes, ne demande rien de moins que le retrait du projet qui menace de nombreux emplois, avec un « dumping social » et des « délocalisations ». Le taux de grévistes est de 65%, et en dépit de « l’ultime proposition » du président-directeur général d’Air France, Alexandre de Juniac, la grève est censée durer une semaine de plus, alors qu’elle a déjà coûté plus de 100 millions d’euros. Avec huit jours au compteur, il s’agit du conflit le plus long de la compagnie aérienne depuis 1998 (10 jours), mais toujours moins que les 26 jours de celui de 1971.

Heureusement, la grève ne s’est pas étendue aux avions militaires, puisque l’armée française a été sollicitée cette semaine. Des Rafales français ont été mis à contribution dans les opérations qui ciblent les positions de l’État Islamique en Irak. Pas en Syrie, en revanche, où les frappes risqueraient d’arranger un peu trop Bachar El-Assad. Les fameux peshmergas, guerriers kurdes, ont été armés par la coalition montée par les États-Unis, mais cela n’a pas empêché une centaine de milliers de kurdes de fuir leur territoire à l’arrivée du groupe djihadiste. D’ailleurs, celui-ci a crée la surprise en libérant 49 otages turcs qu’ils détenaient : parmi eux, le consul général et son épouse, des diplomates ou même des membres des forces spéciales. Ils ne l’ont fait que contre l’assurance que Recep Tayyip Erdogan ne prendrait pas part à la coalition. La pente islamique sur laquelle s’engage la Turquie depuis que l’AKP est au pouvoir n’y est sans doute pas étranger, et on imagine mal l’Etat Islamique faire preuve d’une telle merci si la France ou le Royaume-Uni s’étaient retirés de la course de la même façon.

Autre continent, autre problème, d’une nature très différente : le virus Ebola poursuit sa progression en Afrique de l’Ouest, et notamment au Libéria où la menace d’un bilan catastrophique devient de plus en plus tangible. L’OMS a déjà fait part de ses critiques envers les pays occidentaux qui ont eu la main un peu légère sur l’aide à apporter aux organismes de la santé. Peut-être la France se joindra à ces efforts mondiaux à présent qu’une de ses ressortissante a été infectée : cette volontaire de Médecins Sans Frontières, dont l’identité n’a pas été révélée, a été placée en isolement mardi 16 dès que les premiers symptômes ont été signalés. Elle a été rapatriée en France, où des protocoles extrêmement stricts empêcheront bien entendu la maladie de s’y répandre. À ce jour, on compte plus de 2300 mots pour cette résurgence du virus Ebola, avec un taux de mortalité supérieur à 50%.


29/09/2014
Les Deux Facettes du Jihad

Une semaine entière sans prononcer le moindre mot, ce n’est finalement pas si bonne idée. Soucieux de couper court à toute dispute, Glärb et Boglib refusent de se parler et ne discutent plus que par gestes et hochements de tête. C’était sans compter sur les approximations du langage corporel et les quiproquos qui en ont découlé : à présent les deux Mwandishi, incapables de se comprendre l’un l’autre, s’assassinent du regard et se lancent des gestes obscènes. Les mêmes disputes qu’auparavant, avec le son en moins. Rien pourtant qui puisse empêcher l’aîné des deux observateurs de se mettre au travail.

Vahrüt n°66. 22 Septembre 2014 au 28 Septembre 2014. Calendrier Terrien.

La guerre contre l’État Islamique (ou Daesh) est déjà bien engagée, et la France y tient un rôle important en tant que principal allié européen des États-Unis. Il fallait fatalement s’attendre à ce que des ressortissants français soient pris pour cibles par les groupes djihadistes. C’est dans ce contexte qu’Hervé Gourdel, guide de haute-montagne qui sillonnait les montagnes de Kabylie, dans le sud de l’Algérie, a été enlevé par un groupe allié de Daesh : le Jund al-Khilafa, ou les Soldats du Califat. Ces derniers ont donné un ultimatum de vingt-quatre heures au gouvernement français : renoncer à prendre part à la coalition ou bien déplorer la mort d’un otage. Sans surprise, François Hollande n’a pas cédé et les terroristes algériens ont mis en ligne mercredi la vidéo de la décapitation, renforçant davantage la volonté du gouvernement de mettre le groupe terroriste hors d’état de nuire. Pour éviter d’être comme toujours stigmatisés et pointés du doigt, les musulmans de France se sont indignés d’une même voix à travers des marches silencieuses, une tribune titrée « Nous sommes tous de sales Français » ou le hashtag #NotInMyName venu de Grande-Bretagne. Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, a appelé « les musulmans et leurs amis » à se rassembler vendredi devant le lieu de culte où il officie. Ce n’est pas la première fois que la communauté musulmane est forcée de se justifier pour les actes barbares de personnes avec qui elle n’a rien de commun sinon le même dieu. C’est quelque chose de très Terrien.

Mais nous n’avons pas fini de parler de djihadistes. Cette semaine a été une nouvelle occasion pour constater, au choix, l’incompétence du ministère de l’Intérieur français, la soif de scoops des médias ou la duplicité des autorités turques. Au centre de l’affaire, trois djihadistes : Imad Djebali, Abdelouahed El Baghdadi et Gaël Maurize, proches du tristement célèbre Mohamed Merah (le premier est son ami d’enfance, le second son beau-frère). Ils se sont rendus en Syrie pour rejoindre, comme bien d’autres, l’État islamique, mais la violence du groupe a fini par les faire fuir : selon un de leurs avocats : « Ils se sont aperçus là-bas que ce n'était pas ce qu'ils pensaient et ont dû prendre la fuite pour rentrer ». De retour en Turquie, ils se sont rendus à la police qui a entrepris après trois semaines de les renvoyer en France. Le ministère de l’Intérieur a été mis au courant et les attendait donc mardi à l’aéroport d’Orly, à Paris. La chaîne i-Télé a aussitôt assuré que le trio avait été arrêté, immédiatement reprise par le reste de la presse. Sauf que c’est faux : la Turquie a omis de les informer qu’ils les avaient finalement mis sur un autre avion, à destination de Marseille. Les trois djihadistes ont donc eu la surprise de ne pas se voir arrêtés à leur arrivée et ont passé la sécurité. Ils se sont rendus le lendemain à la police, et ont été mis en examen samedi pour « association de malfaiteurs en vue de préparer un attentat terroriste », ce qu’ils réfutent. De quoi donner beaucoup d’eau au moulin des opposants à la politique sécuritaire socialiste, souvent jugée laxiste.

Sautons à plusieurs milliers de kilomètres de là, au Japon, où le volcan Ontake est entré en éruption samedi. Situé à 200 km de Tokyo, ce mont est apprécié par les randonneurs, avec son sommet à 3 000 mètres. Certains grimpeurs se sont retrouvés pris au piège lorsque de la cendre a été projetée à jusqu’à 10 000 mètres d’altitude. Environ 550 pompiers, policiers et militaires ont été mobilisés, et les corps de 30 personnes ont été trouvés dimanche mais les secours ont été contraints de redescendre à cause du gaz et de la poussière. La dernière grande éruption de l’Ontake datait de 1979.

Retour en Europe, à présent. Non, je ne parlerai pas des élections sénatoriales françaises du dimanche 28 que la droite a gagné sans surprise avec une majorité de quinze sièges (malgré l'arrivée des frontistes Stéphane Ravier et David Rachline, respectivement maires du VIIe secteur de Marseille et de Fréjus). Ce qui retient mon attention se trouve au-delà des Pyrénées. Voilà des mois que l’opposition au gouvernement conservateur de l’espagnol Mariano Rajoy fait tout pour entraver son nouveau projet de loi censé restreindre l’accès à l’avortement : approuvé en décembre 2013 par le conseil des ministres et porté par le ministre de la justice ultraconservateur Alberto Ruiz-Gallardon, il ne prévoait plus l’avortement que dans les cas de viols ou de difficultés psychologiques. Mais le projet de loi tant décrié a fini par être abandonné, par volonté de ne pas plus diviser le pays. On peut y voir un lien avec les velléités indépendantistes de la Catalogne ou les élections législatives prévues en 2015, que le Premier ministre sortant n’a certainement pas envie d’aborder en bas des sondages.

Et puisqu’on parle des droits des femmes, le discours d’Emma Watson aux Nations Unies a beaucoup fait parler de lui. Nommée ambassadrice de l’ONU Femmes, l’actrice britannique, célèbre pour son rôle d’Hermione Granger dans les adaptations d’Harry Potter, a lancé la campagne #HeforShe. Elle a déploré la mauvaise réputation du féminisme et loué les « féministes qui s’ignorent », les hommes qui lui ont permis de s’élever là où d’autres femmes subissent un plafond de verre à cause de discriminations persistantes. Son discours a été salué par de nombreux médias, mais la pilule a plus de mal à passer auprès de certains milieux très masculins, dont le forum 4chan n’est qu’un exemple. Après les insultes entendues au sein de cette communauté à la mauvaise réputation, le site « Emma tu es la prochaine » a été lancé avec un compte à rebours au terme duquel des photos volées étaient censées être mises en ligne. En réalité, cette fausse annonce venait d’une société spécialisée dans le buzz qui a souhaité s’attirer les projecteurs pour assurer sa promotion. Dans le même temps, elle avait ainsi lancé une autre campagne « stop4chan » pour fermer le site polémique. Un pompier pyromane promotionnel, en somme, qui a réussi son coup de pub mais va certainement devoir s’expliquer devant un tribunal.

Je vous recontacterai au prochain vahrüt. Amitiés. Observateur Glärb.